Ruines du château et de la collégiale des Roches-Tranchelion

 

 

Les Roches-Tranchelion possèdent de très belles ruines romantiques d’une collégiale du XVIe siècle et quelques éléments de l’ancien château médiéval du XVe. De belles balades, randonnées et une visite gratuite ouverte à toute heure. Elles sont situées aujourd'hui dans le village d'Avon Les Roches, aux origines Gallo-Romaine, dans le chinonais, situé sur l’ancienne route qui menait vers Tours et l’Île Bouchard.

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Historique & Histoire 

 

 

Toponymie : si La Roche s’explique assez bien par sa situation géographique, la Tranchelion est plus légendaire et ses origines ne sont pas certaines, trois légendes agrémentent son histoire :

La légende de L'Ecuyer : revenant des Croisades, le chevalier des lieux apprit que sa jeune et belle épouse avait cédé aux avances d’un écuyer durant la longue attente. Confié au « jugement de Dieu », celui-ci fut enfermé avec un lion et son épée. Grâce à laquelle il lui coupa la tête et fut gracié.

Le Serf captif, le seigneur des Roches ramena de Terre Sainte un lion qu'il enferma et auquel il donnait en pitance les serfs à châtier. Jusqu’à ce que l’un d’eux, ayant dissimulé une hachette sous ses vêtements, ne tranche la tête du fauve.

Le Seigneur, la dernière version attribue au seigneur le geste « léonin » qui, pour montrer sa force, trancha la tête d’un lion ramené de croisade. Les Roches-Tranchelion...

La légende des lions tués au combat est courante après les croisades et lors des combats contre les musulmans dans les pays de l’Est, par exemple Régnier Pot, seigneur de la Rochepot, avait pour devise « A la Belle, tant elle vault » : elle viendrait de  son combat avec un lion après avoir été capturé par le Sultan Bajazet en Hongrie.  Jacques Pot était notamment en conflit sur le château du Lion en Indre et Loire à Preuilly-sur-Claise.

 

 

 

1254, La Roche Tranchelion est située sur un éperon rocheux, lui-même en léger contrebas d’une colline, la première mention connue date de 1254 : Esterlas de Tranchelyon, dont les diverses légendes ne permettent pas de connaître son origine.

Contrairement à ce qu’on pourrait penser aujourd’hui, ce type d’emplacement, en contrebas d’une vallée, d’une colline ou autre, est très courant du XIe au XIIIe siècle. En effet les armes de l’époque n’avaient pas la précision ni la puissance nécessaire pour atteindre les défenses, mais avec l’évolution des armes, notamment des mangonneaux et autres trébuchets dès le XIIe siècle et du début des armes à poudre au XIVe siècle, vont rendre difficile la défense de ces fortifications. Elles deviendront quasiment inutile au XVe siècle face à un ennemi bien équipé et motivé.

1420, Guillaume Ouvoie est le premier seigneur connu de la Roche-Tranchelion. Sa fille épouse Guillaume seigneur de Palluau ( Palluau-Frontenac aujourd’hui ) en Indre, qui deviendra Guillaume de Tranchelion.

1440, Guillaume de Tranchelion fonde la chapelle castrale, sous le vocable de Marie-Madeleine, et obtient de Charles VII, dont il était son chambellan, de fortifier la forteresse. Hugues ,ou Guillaume, de Tranchelion va restaurer le château de Palluau sur Indre ( Palluau Frontenac ) et le transformer avec les dernières évolutions militaires de l'époque.

1448, pour une raison inconnue, les terres reviennent à Hardouin de la Touche.

 

 

Grand conseil de Guerre de Charles VII

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1449, 17 juillet,  sont réunis autour de Charles VII jusqu'à mille personnages dont les plus influents de l'époque tels le Duc d'Anjou le Duc d'Alençon, Pierre de Brézé Sénéchal du Poitou et chef du Gouvernement, le Grand Argentier Jacques Cœur, les grands Capitaines, comme le cousin du roi, Jean de Dunois,  Jean de Bueil les puissants évêques et archevêques. On y trouve aussi les partisans du Duc de Bourgogne et des  ambassadeurs du duc de Bretagne.

C’est donc probablement à la Roche-Tranchelion que Charles VII entérine la reconquête de la Normandie, qui sera mené par le Comte de Dunois, et de la Guyenne.On peut être étonné d'avoir choisi cet endroit notamment par le fait de son éloignement des grandes cités comme Chinon ou Tours, mais c'est probablement cet élément qui a déterminé ce choix, sachant qu'il y avait des représentants de diverses nations dont l'Angleterre.

Le 31 juillet, alors que la guerre de Cent-Ans est quasiment sur la fin, Charles VII rassemble son conseil : « Le derrenier jour de juillet, l’an de grace CCCC XLIX (1449), le roi (Charles VII) estant au Rochestrenchelyon, fist assembler en sa présence les gens de son conseil » ;

La scène est racontée dans « le Jouvencel », le roman de Jean de Bueil : « Après dîner, le roi se leva de table ; il se tira en sa chambre ; la reine vint, plusieurs dames et damoiselles en sa compagnie et firent moult grand’chère et beaucoup de beaux ébattements comme il était de coutume. Entre les autres, une moult belle dame parla et dit au roi : « Sire, j’ai ouï dire que vous avez ouï bonnes nouvelles ; Dieu merci ! Menez-nous à la guerre, vous en serez plus vaillant et toute votre compagnie. Notre heur vous vaudra tant que vous ne sauriez penser ! » Le roi répondit : « Si tout n’était gagné, ce serait bien fait de vous y mener, car je sais bien que par vous et autres belles dames qui êtes ici, tout se conquerrait, mais le Jouvencel a tout conquis et gagné, nous n’y aurions jamais honneur ! ».

Les ambassadeurs anglais présents sont notifiés de la décision. Charles VII y reviendra à deux reprises.

Le château à la fin du XVe siècle.

1468, Un aveu le décrit ainsi : un  hostel fort renfermé de hautes murailles à mâschicoulis avec pavillon, guérites et deffends avec douves ou fossés et cour » s'ajoutent une « basse cour dans laquelle sont bastis ma chapelle, mon pressouer, fenil au-dessus, un bastiment de cinq chambres... une métairie, avec garenne et clous de vigne, le tout contenant douze arpents et renfermés de murailles ».

Hardouin de la Touche devint ensuite panetier de Louis XI, qui séjourna aux Roches-Tranchelion en 1472.

1508, Lancelot de la Touche, fils d’Hardouin de la Touche, fit construire, à la place de la chapelle, un prieuré, qui fut modifié et transformé plus tard en collégiale.

 

Construction de la collégiale actuelle

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1510 - 1527, édification de la collégiale actuelle par Lancelot de la Tousche, Seigneur des Roches-Tranchelion et de Villaines, construit la collégiale, dotée de cinq chanoines. C’est un beau spécimen du style gothique flamboyant dont il reste l'arc triomphal encadrant la porte. « La Renaissance, dit l’abbé Chevalier, n'a rien produit de plus parfait en Touraine. » (Promenades pittoresques en Touraine, p. 516.) Elle est consacrée par l’archevêque de Tours, Martin de Beaune. Elle servira aussi de crypte afin d’y mettre les sépultures familiales.

Lancelot s'était engagé à ériger « près son hôtel et maison des dites Roches-Tranchelion... une belle et notable esglize. de somptueux bâtiments et édifices... en l’honneur de Dieu et de la benoiste Vierge JMarye et de Monseigneur Saint Jean Baptiste »  promettant en outre de « meublerr et fournir la dite église... d'une chappe de velours blanc et une autre de velours rouge, une autre de velours velouté, une autre de velours noir... deux chasubles... et quatre calices, un encensoir et une croix,  le tout d'argent... aussi des livres, aubes et autres ornements et estements à l’église nécessaires... ».

 

Gabriel Ier de Montgomery

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Un des nombreux refuges de Gabriel de Montgommery, ici à Pontorson.

Le fils de Lancelot, François de la Touche épousa Charlotte de Maillé, fille de Guy de Maillé et sœur de Simon de Maillé, archevêque de Tours ; ils eurent une fille : Isabeau de la Touche qui devint dame des Roches-Tranchelion et qui épousa un fils du second mari de sa mère : Gabriel de Montgommery, capitaine de la Garde écossaise.

1559, Gabriel Ier, comte de Montgommery, capitaine de la Garde écossaise du roi, époux d’Ysabeau de la Tousche, se réfugie dans les combles de la collégiale, après le fameux tournoi où Henri II trouva la mort (2). Il a laissé un graffiti dans la tour d’escalier de la collégiale.

Montgomery sera en effet en cavale malgré qu’Henri II lui avait pardonné et avait demandé à ce qu’il ne soit rien fait contre ce dernier. Il prit notamment et mit à sac la ville de Bourges en 1562, il émigra ensuite en Angleterre, puis se fit protestant et se mit du côté des huguenots pendant les guerres de religion ; avant d’être fait prisonnier et exécuté en 1574 après s’est réfugié au château de Domfront et fait capturé par Matignon.

1639, Ce fief avait un revenu annuel de 80 livres; le seigneur était alors Gueldome ou Gueldemne de Durfort, marquis de Duras, également seigneur des fiefs de la Fontaine-Besnon, de Lallay[4] et d’Oigné, descendant de Jacques de Durfort. Par la suite la seigneurie passa à un allié de la famille des de Durfort : Gabriel Henri de Beauvau.

 

Abandon et ruine de la Collégiale

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Malgré les revenus conséquents, la collégiale et son château sont abandonnés après les guerres de religions, le manoir seigneurial est déjà en ruine à cette époque. L’ensemble est loué à des fermiers de Tours. La Révolution Française n’aura pas d’impact, le domaine n’est pas vendu comme Bien National.

Plusieurs souterrains-refuges datant peut-être du Moyen-Âge mais utilisés avec certitude aux XVIeème et XVIIeme siècle, existent sur le territoire d’Avon ; l’un d’eux, dans le bourg, au nord de l’église, comprend un puits et trois salles, dont une servit de pressoir.

1669, un acte notarié d'état des lieux établi en 1669 en vue de travaux sur l'édifice menaçant ruine, fait état d'un manoir comprenant quatre niveaux, avec, au rez-de-chaussée une grande salle, une antichambre, un petit cabinet et des latrines ; au premier étage une grande salle, la chambre de Madame, une chambre du trésor, un escalier extérieur en pierre donnant sur une « galerie ».

1825, le village du Soulier, fut alors rattaché à Avon. Une tuilerie fut construite en 1857 au Petit Bois par Louis Potard-Huault, alors tuilier à Panzoult et elle fonctionna jusqu’en 1935. L’école de garçon, le presbytère et la salle de mairie furent construits en 1862 par l’architecte diocésain Gustave Guerin[5] ; l’école de filles, à l’entrée sud du bourg, date de 1884.

1914, Les ruines du château et de la collégiale (cad. ZK 204, 205) : classement par arrêté du 9 mai.

1980, les Roches-Tranchelion appartenaient à M. le Comte de Bréon (3).

 

 

 

 

sources : Guy-Marie Oury, 1978 Extrait de « la Touraine au fil des siècles •, C.L.D. éditeur
Touraine Insolite :: La Collégiale des Roches Tranchelion (clicforum.fr)
AVON PATRIMOINE: LES ROCHES TRANCHELION EN IMAGES

 

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