Forteresse de la Chapelle-Bellouin, le château des cardinaux

 

 

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C'est une fortification à la frontière avec l'Anjou mais aussi à proximité de Loudun. Pour ses parties les plus anciennes, elles sont datées du XIIe siècle et les parties les plus récentes du XVIe siècle. Sa tour porche, ancienne tour de guet ouverte de l'intérieure, fut transformée à la fin du XVe et au XVIe. Les propriétaires les plus connus sont Guillaume Poyet, avocat et membre du Conseil privé du roi, qui  rédige l'Ordonnance de Villers-Cotterêt, intitulée « Ordonnan du Roy sur le fait de justice » et le Cardinal de Richelieu.

 

 

Historique & Histoire 

 

 

Anciennement appelée Bernoin, on trouve en Loudunais aux XIIe et XIIIe siècles une famille Bernoin, alors très puissante ; l'un d'eux, Telivius Bernoin, était en 1140 archiprêtre de Loudun. Difficile de dire si la famille était alors les seigneurs de la Chapelle-bellouin et s’ils ont emprunté le nom de cette seigneurie ou à l’inverse se sont eux qui auraient donné le nom au domaine, voir s’il y a un lien de parenté réel.

La Roche-Rigault est un des fiefs de la puissante seigneurie de Claunay. On sait qu’en 1319,  la Roche-Rigault appartient à Guillaume de Piquigny et Jean de Beauvollier en 1399, puis les familles Velort, ces derniers détiendront aussi la Chapelle-Belloin alors qu’il semble que ces deux domaines ont des seigneurs ou propriétaires totalement distincts selon les époques, pour être au XVIe siècle définitivement scindé en deux, même si la chapelle-bellouin reste dans le village de la Roche-Rigault.

XIIe construction de la tour 

Le donjon, tour d’observation contemporaine de celles de Loudun ou Moncontour, date du milieu du Xlle siècle. Il s’agit sans doute d’une construction réalisée sur ordre de Geoffroy Ie Bel dit Plantagenet ou plus probablement par son fils Henri II de Plantagenêt, qui édifia la tour carrée de Loudun, mort non loin de là au château de Chinon.

 

fin XIVe -  XVe

Simon Cramaux

Au milieu du XIVe siècle, la seigneurie appartenait à Catherine Maillé qui la vend à Simon de Cramaud maître de requêtes de Charles VI le 21 décembre 1369 et chancelier de Jean duc de Berry. C’est probablement à cette époque que le château prend le nom de Chapelle-Bellouin, en référence à l’usage du fils de Pierre de Cramaud, seigneur de Cramaud, paroisse de Biennac, et Marthe de Sardene, il est docteur ès lois après 1369.

Simon Cramaux, né en 1345 au village de Cramaud dans la vicomté de Rochechouart, à deux pas de Biennac. Il devient professeur à la Sorbonne, spécialiste du droit (droit canon à l'époque). En 1377, il siège au Conseil royal où il est maître de requêtes.

Il a tout juste 33 ans quand éclate le Grand schisme qui oppose les papes d'Avignon et de Rome. Il accumule les nominations épiscopales en devenant évêque de Béziers, Agen, Avignon, Carcassonne, Reims et Poitiers. Source : Les mystères de la pierre tombale de l’église de Biennac - Rochechouart (87600) (lepopulaire.fr)

 

 

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Il devient donc évêque d'Agen le 16 juin 1382, puis de Béziers en 1383, puis de Poitiers en 1385. En 1390, il devient patriarche latin d'Alexandrie et en 1391, administrateur du diocèse d'Avignon et de Carcassonne. En 1398 il ouvre l'assemblée du clergé du royaume dans laquelle il plaide pour la soustraction d'obédience. En 1409, il est nommé archevêque-duc de Reims, pair de France et préside la délégation poitevine au concile de Pise, avec Guy de Malesec. Il est créé cardinal en 1413, et est renommé à nouveau évêque de Poitiers où il restera jusqu'à sa mort, il serait inhumé dans la cathédrale de Poitiers.

Il est difficile de connaître les modifications sous Simon de Cramaux, sachant qu’il voyagea beaucoup, d’autant qu’il donne la propriété à Pierre IV de Cramaud, son frère dont on ne sait pas grand chose. Ce dernier épouse Orable de Mauléon, veuve de Huet Odart, seigneur de Ranton.

Néanmoins on reconnait sur la partie arrière du château une construction que l’on retrouve fréquemment notamment à la fin du XIVe et au début du XVe, comme Mehun sur Yèvre entièrement modifié par le duc Jean de Berry lors de son retour de captivité en 1367. Plus proche on peut faire référence à la cheminée d’une des tours, qu’on retrouve souvent au XIVe et début XVe. On est alors en plein de guerre de Cent-Ans, mais le territoire entre Poitiers et Chinon est tenu majoritairement par le parti de Charles VI et par la suite de Charles VII.

 

cheminee XIVe XVe

On peut constater la sobriété de la cheminée, mais aussi que l'intérieur de la tour est hexagonal alors que l'extérieur de la tour est clairement ronde. On a de toute évidence dès la construction de cette partie une volonté défensive mais avec une volonté de construire une partie d'habitation luxueuse pour l'époque et confortable. On retrouve par exemple cette volonté au donjon de Houssoy construit également à la fin du XIVe siècle. Le donjon de Septmonts en Picardie est aussi clairement un donjon défensif mais dont l'usage d'habitation est clairement défini.

logis houssoy chemineeDonjon de Septmonts donjon carree

Le donjon de Houssoy et l'intérieur du donjon de Septmonts, évidemment se sont des fortifications éloignées, dans des régions différentes, mais dont le principe est le même : adapté la fortification aux besoins de l'époque, confort, cheminée, en gardant un aspect défensif et en s'adaptant aux constructions plus anciennes. Par exemple à Septmonts,  le donjon est de 1370 environ, il est édifié à côté d'un autre donjon carré du XIIIe siècle. Plus tardivement un logis renaissance est édifié à côté, c'est le même principe à la Chapelle-Bellouin : la tour de guet du XIIe est conservée, puis on construit ( ou reconstruit ) au XIVe et au XVe de nouvelles fortifications et à la Renaissance on y crée un logis Renaissance et on adapte au mieux les bâtiments anciens.

Selon Viollet-Le-Duc, dans son Dictionnaire d’Architecture Raisonné : « Mais, jusqu’au XIVe siècle, les cheminées des châteaux et maisons étaient, sauf de rares exceptions, d’une grande simplicité, comme tout ce qui tenait à l’usage journalier. Le luxe des intérieurs consistait en peintures, en boiseries et en tentures plus ou moins riches, en raison de l’état de fortune du maître. Ce n’est guère que pendant le XIVe siècle que nous voyons la sculpture, les bas-reliefs envahir les manteaux des cheminées. »

La simplicité de la construction de la cheminée, son manteau penché et biseauté est assez caractéristique des constructions de la fin du XIVe et du début du XVe, elle ne me parait pas être antérieur à 1430. Néanmoins la difficulté réside dans l’absence de jambage ( ou pieds-droits), rendant difficile une plus grande précision. Tout autre élément qui aurait pu exister, tel qu’un blasonnement, ayant disparu également. On est clairement dans un élément de confort assez couteux à l’époque mais d’une grande sobriété, adapté à la tour. Si je devais pencher sur une période, je donnerais une estimation plus proche de 1380-1390, avec une grande incertitude jusqu’à 1420-1430.

Entre 1448 et 1512, le château appartenait à la famille Velort. En 1460, Catherine de Vélort épouse Jean de Dercé, seigneur également de Saint-Loup, de Dercé , qui fait construire notamment le donjon de Saint-Loup. Source :   Dictionnaire historique et généalogique des familles du Poitou. Tome troisième, Dabadie-Gautreau (Seconde éd. entièrement refondue, considérablement augmentée et publiée par H. Beauchet-Filleau et Paul Beauchet-Filleau avec le concours des RR. PP. H. et G. Beauchet-Filleau,... et la collaboration pour la partie héraldique de M. Maurice de Gouttepagnon) / par M. H. Beauchet-Filleau...

Les descendants, endettée, le cède au chancelier Guillaume Poyet.

 

Renaissance

 plan bellouin chapelle

Plan d'après le cadastre au XIXe siècle. source : Gallica.Bnf.fr

Guillaume Poyet

Guillaume Poyet après avoir obtenu les postes d'avocat général (1530) et de président à mortier du parlement de Paris (1534), il devient chancelier de France en 1538.

Sans naissance et sans protection, par son seul mérite et sa réputation, celui-ci était arrivé aux plus hautes dignités ; il avait été choisi comme avocat par Louise de Savoie, mère de François Ier, dans le procès qu’elle intenta au fameux connétable de Bourbon, au sujet de la succession de sa femme, Suzanne de Bourbon ; procès terminé, comme on le sait, par la défection du connétable. C’était aussi un proche du connétable Anne de Montmorency, jusqu’à que ce dernier soit en conflit avec Philippe Chabot de Brion. En 1543, le roi l’avait envoyé auprès du duc de Savoie pour lui réclamer les comtés de Nice et de Piémont, que ce dernier détenait indûment. Poyet n’était pas parvenu à une si haute situation sans s'être fait de nombreux ennemis, parmi lesquels se trouvait la belle duchesse d’Etampes. Ayant un jour refusé d’entériner des lettres patentes accordées par le roi à un protégé de la duchesse, celle-ci vint se plaindre à François Ier lui arracha un ordre d’emprisonnement ; Poyet, saisi dans son lit, fut traîné de la Conciergerie à la Bastille, où il languit trois ans, ses ennemis ne trouvant pas de charges suffisantes pour instruire le procès ; ses plaintes étant enfin arrivées jusqu’au roi, on acheta un juge qui déclara que, dans un certain procès, Poyet avait gêné son suffrage et usé de violence; sur cette seule déposition, le Parlement priva Poyet de sa charge de chancelier, le déclara inhabile à tenir aucun office royal et confisqua ses biens. Quelque temps après (2), François 1er donna à son maître de la garde-robe, Jean d’Escoubleau, la terre de la Chapelle-Bellouin. Suivant Trincant, le château aurait été construit par Poyet; mais les caissons des plafonds du premier étage renferment des écus chargés d’une bande, qui appartiennent sans aucun doute aux d’Escoubleau (3), qui ont pu faire terminer une construction commencée par Poyet. Source du paragraphe : Paysages et monuments du Poitou / [Tome IV], [Vienne]

Vers 1520 à 1530, Guillaume Poyet faisait remanier la vieille forteresse par des constructions Renaissance, dont les voûtes des appartements du rez-de-chaussée sont entièrement garnies de caissons dans lesquels est écrit le monogramme ci-contre et dont le sens est encore à trouver.

Cette terre, érigée d'abord en châtellenie, puis en comte en 1549, fut possédée par Louis et Claude d’Escoubleau; ce dernier la vendit en 1637 à Richelieu, qui l'unit à son duché. La Chapelle-Bellouin relevait du roi à 22 livres 10 sols par an ; la juridiction de la châtellenie s'étendait sur quatre paroisses, elle était exercée par un procureur fiscal, un sénéchal et un greffier.

C’est un bel exemple d’un château de défense transformé pour l'agrément. On distingue deux parties bien tranchées. Dans l'une, qui sans doute renfermait le donjon, on devine encore ce que devait être la forteresse au moyen âge. A ta renaissance, l'autre partie fut modifiée par l'adjonction de plafonds et le percement de fenêtres nécessaires à faire de ce logis un lieu de plaisance. Ce sont, sans doute, ces travaux datant de 1520 à 1530 que fit exécuter Guillaume Poyet. En même temps, il construisait les communs dans le plus pur style de la renaissance. Source du paragraphe : Paysages et monuments du Poitou / [Tome IV], [Vienne]

Poyet assume ainsi la responsabilité de l'ordonnance de Villers-Cotterêts (1539, intitulée exactement « Ordonnance générale sur le fait de la justice, police et finances » ) alors au château Villers-Cotterêts. Elle a pendant quelques temps été appelée Guillemine ou Guilelmine.

Cette ordonnance ordonnait les registres des baptêmes et des décès, et surtout déclaré l'utilisation exclusive de la langue française dans toutes les procédures légales.

 

Jean d'Escloubleau
blason escoubleau sourdis

Blason de la famille d'Escoubleau. 

1534, le roi de France François Ier donne la terre à Jean Escoubleau de Sourdis. Jean d’Escoubleau reçoit probablement cette terre en récompense pour avoir sauvé la vie du roi de France à bataille de Pavie, il avait également le titre de « Maître de la garde-robe ».

Jehan Escoubleau de Sourdis a probablement continué les aménagements commencés par Poyet. Il était seigneur également du château du Coudray-Montpensier, mais également gouverneur et bailli de Blois. Jean ESCOUBLEAU, est né en 1488, décédé le 19 décembre 1572 à 84 ans, marié en 1528 à Antoinette de Brives (1500 -t 1580), fille de Jean et Jeanne de Polignac, seigneur de la Chapelle-Bellouin (dans le Poitou), de Jouy-en-Josas (1540) et du Coudray-Montpensier, chevalier de l’ordre du roi (St Michel) et maître de la garde-robe de François 1er. Il était parmi les proches de Catherine de Médicis et des Guise. source :  Bulletin de la Société archéologique d'Eure-et-Loir Société archéologique d'Eure-et-Loir.

1551, 1558 et 1575 : Delavot Simon serait un des artistes qui aurait travaillé au château, son nom serait gravé en caractères du XVIe siècle sur les murs du château de la Chapelle-Bellouin, soit sous le roi de France Henri II et G1575 donc sous Henri III. Du Seigneur, d’après Didron, il le cite dans ses Notes sur la Sculpture française ; peut-être, cependant, Simon Delavot était-il architecte et non sculpteur. Source : Dictionnaire des sculpteurs de l'Ecole française du moyen âge au règne de Louis XIV / par Stanislas Lami,... ; préf. de Gustave Larroumet,.. Lami, Stanislas (1858-1944).  C’est une période assez longue, on peut donc penser qu’une grande partie des adjonctions de type Renaissance proviennent de cette période.

Isabelle Babou, dame de Chissay et d’Alluye, fille de Jean Babou, gouverneur et bailli de Touraine, et de Françoise Robertet, rendit hommage au roi pour sa terre de Chissay, le 28 avril 1607. Elle avait épousé, en 1591, François d’Escoubleau, marquis d’Alluye, seigneur de Jouy, Launay et du château de Mondoubleau, fils de Jean d’Escoubleau, seigneur du Coudray-Montpensier et de la Chapelle-Bellouin, gouverneur et bailli de Blois, et d’Antoinette de Brives. François d’Escoubleau mourut à Paris, le 20 mars 1602, et sa femme dix ans après. Source : Le Loir-et-Cher historique, archéologique, scientifique, artistique et littéraire

La seigneurie échoie par la suite à son fils François d'Escoubleau en 1494 à la mort de Jean, (+ 1602) marquis d'Alluye, comte de La Chapelle-Bellouin, sgr de Jouy, Auneau et de Mondoubleau.

François, gouverneur de Chartres, était l’oncle et le père adoptif de Gabrielle d’Estrée, maîtresse d’Henri IV. François ESCOUBLEAU, né le 5 novembre 1541, baptisé à Jouy en Josas, marié vers 1573 à Isabelle BABOU de la Bourdaisière, seigneur d'Alluyes, comte de Jouy-en-Josas, de Launay, de la Chapelle et baron de Mondoubleau, gouverneur de Chartres (1579), chevalier des ordres du roi (1585). Il décède le mercredi 20 mars 1602, à l'hôtel du chancelier Cheverny, paroisse Saint-Germain l'Auxerrois à Paris. source :  Bulletin de la Société archéologique d'Eure-et-Loir Société archéologique d'Eure-et-Loir.

Charles, son fils, était gouverneur des pays d’Orléans et de Chartres.

Un frère de Charles, Henri, archevêque de Bordeaux et proche de Richelieu était président du conseil de la marine.Henri d'Escoubleau de Sourdis (20 février 1593 - Auteuil, le 18 juin 1645) est un homme d'Église et officier de marine français du xviie siècle. Évêque de Maillezais (1623-1629) puis archevêque de Bordeaux de 1629 à sa mort. Il est lieutenant général de la marine royale sous Louis XIII et participe à ce titre aux plus grandes opérations militaires de ce règne. 

La propriété a ensuite été acquise en 1637 par Richelieu, cinq ans avant son décès.

1805,  le 6 juillet, ( anciennement 17 Messidor XIII ),  les héritiers de Richelieu vendent la Chapelle Bellouin en même temps que le château de Richelieu.

 

 gravure 1891 par girault

Gravure de 1891 par Girault. source : Gallica.Bnf.fr

Château du XIXe siècle, en 1891, l'ensemble est assez abandonné, on remarque sur cette gravure que la tour porche du XIIe siècle est éventrée, il semble donc qu'elle eut une restauration ultérieure.

1979, il est restauré par les propriétaires et surtout par Christian Galerne, maçon et tailleur de pierre.

 

sources : 

Paysages et monuments du Poitou / [Tome IV], [Vienne]

Dictionnaire des sculpteurs de l'Ecole française du moyen âge au règne de Louis XIV / par Stanislas Lami,... ; préf. de Gustave Larroumet,.. Lami, Stanislas (1858-1944). 

Dictionnaire historique et généalogique des familles du Poitou. Tome troisième, Dabadie-Gautreau (Seconde éd. entièrement refondue, considérablement augmentée et publiée par H. Beauchet-Filleau et Paul Beauchet-Filleau avec le concours des RR. PP. H. et G. Beauchet-Filleau,... et la collaboration pour la partie héraldique de M. Maurice de Gouttepagnon) / par M. H. Beauchet-Filleau... 

Documentation au château. 

Les mystères de la pierre tombale de l’église de Biennac - Rochechouart (87600) (lepopulaire.fr) 

Gallica.Bnf.fr 

 Bulletin de la Société archéologique d'Eure-et-Loir Société archéologique d'Eure-et-Loir.

 

 

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