Donjon d'Etampes

 

   

Donjon château Etampes

 

Le donjon d'Etampes, appelé aussi 'tour de Guinette' est un reste imposant d'un ancien château royal dans l'actuelle région de l'Essonne. Situé sur une colline, le donjon surplombe la ville d'Etampes. Le château remonte au XIIe .

Quasi unique dans sa conception avec un donjon 'quadrilobé' (unification de quatre demi-tours d'environ 13 mètres de diamètre) qui permettait d’avoir un 'centre' de 20 mètres de diamètre, ce qui pour l'époque est exceptionnel. Cette disposition des tours permettait également de faire un donjon élevé en allégeant également le système de voûte qui soutenait l'ensemble. Il est d'ailleurs curieux que cette conception n'ait pas été utilisée pour d'autres nouveaux forts. L'entrée unique était surélevée de 5 mètres environ, accessible uniquement via probablement un petit pont levis ou passerelle amovible. L'ensemble était décomposé en trois étages distincts. La salle du second étage, la plus grande des trois, était traversée par deux grands arcs à diaphragmes qui se croisaient, eux-mêmes portés par des colonnes à chapiteaux.

Le donjon servi de prison pour  la Reine Ingeburge de Danemark pendant 12 ans, de 1201 à 1213, sur ordre de son mari Philippe-Auguste qui la répudia étrangement dès  leur nuit de noce du 14 août 1193.  

En 1411, il subit notamment un siège violent de Jean Sans PeurDuc de Bourgogne. Henry IV détruisit en 1589 l'ensemble du château après une demande des habitants d’Étampes lassées des diverses attaques pour le prendre.

 

Voir aussi :

Comte d'Etampes  - Ingeburge de Danemark

Historique
Sources :  source principale : Léon Marquis, voir bas de page

  


Le premier château connu fut édifié en 1020 sous Robert-le-Pieux sous le nom de Castel d’Etampes. La reine Constance d’Arles avait selon le chroniqueur Helgaud, un « beau palais et un oratoire ». Selon André Châtelain, ce château se situait dans la ville actuelle et probablement pas sur l’actuel lieu du donjon.

Néanmoins le donjon actuel serait du XIIe siècle, soit sous Philippe-Auguste ( entre 1180 et 1200 ) ou pour Viollet le Duc entre 1150 et 1170.[i] Selon André Châtelain, le donjon aurait été édifié par Louis VII en 1140.[ii] Si la datation ne peut aujourd’hui être exacte par manque d’éléments historiques, on peut constater que les chapiteaux à l’intérieur du donjon sont typiques du XIIe siècles et fin XIe siècle.

L’étymologie de Guinette n’est pas très claire aujourd’hui, il pourrait venir du seigneur de Gui, fils de Hugues du Puiset et vicomtes d’Étampes sous Louis VI. D’autres y voit un mot d’origine gauloise et plus récemment Guignette viendrait du mot « guignier » qui se traduit par « voir de loin, observer » qui correspond assez bien à son utilisation et sa position d’observation.

1030, Robert le Pieux y fait un acte.[iii]

1107, Louis VI fait mettre en prison dans la « tour » d’Étampes le seigneur Hombaus du château de Sainte-Sévère en Berry.

1194, Philippe Auguste y enferme Robert, comte de Leicester et seigneur de Pacy-sur-Eure après l’avoir capturé en Normandie.

1201, la reine Ingeburge est emprisonnée à Étampes par Philippe-Auguste, princesse danoise, fille de Waldemar Ier et sœur de Canut VI.

Après le mariage, Philippe-Auguste lors du couronnement de la reine semble être pris d’effroi envers son épouse, sans qu’on en sache la raison. Philippe-Auguste par un subterfuge réussi à annuler le mariage et renvoya Ingeburge au Danemark, mais elle préféra rester dans l’abbaye de Cisoing en Belgique ou elle vécut semble-t-il dans le plus grand dénuement jusqu’à que la famille royale du Danemark intervienne en sa faveur. Le divorce est annulé par le concile de Rome et Philippe-Auguste, interdit de se remarié théoriquement, est obligé de reprendre comme épouse officielle la Reine Ingeburge. Philippe-Auguste enferme la reine à Étampes de  1201 à 1213, lui prodiguant le minimum pour vivre. C’est seulement à la mort du roi qu’elle put reprendre défintivement sa liberté pour finir sa vie au prieuré de Saint-Jean-en-l'île qu’elle avait fondée. Elle meurt le 29 juillet 1236. La plaque en bronze de son tombeau fut fondu à la Révolution en 1796. 

1207, Guillaume Menier était le châtelain d’Étampes. Son sceau en bronze fut retrouvé en 1866.

1227, Guillaume Menier est élevé à la dignité de « bailly pour le roi » et de « capitaine du château d’Étampes ».

1327, Charles IV le Bel fait ériger la Baronnie d’Étampes en Comté.

1373, Louis d’Évreux, comte d’Étampes, fait don de plusieurs biens pour l’église Notre-Dame dans le château.

1387, Jean duc de Berry donne le comté à son frère Philippe-le-Hardi, alors duc de Bourgogne.

1407, le duc d’Orléans est fait assassiné par Jean sans Peur à Paris. Jean de Berry, neveu du duc d’Orléans, autorise Charles d’Orléans, fils aîné du duc d’Orléans assassiné, de prendre la place. On verra plus tard que le comte Jean de Dunois, fils naturel du défunt également, aura un impact décisif par la suite dans la guerre de Cent-Ans.

 

 

Le donjon d'Etampes a aussi la particularité rare de figurer dans l'ouvrage renommé du temps ' Les très riches heures du Duc de Berry'

Le donjon d'Etampes a aussi la particularité rare de figurer dans l'ouvrage renommé du temps ' Les très riches heures du Duc de Berry'

1411, Jean sans Peur et Louis de France, duc de Guyenne, assiègent Étampes après avoir pillé et rasé le château de la Bretonnerie.

Le capitaine de la place est alors le chevalier de Bois-Bourdon ( ou Bos-Redon ), à noter que la ville a offert les clefs aux assaillants en échange d’être bien traité, ce qui bien évidemment ne fut que des promesses sans suites.

Bois-Bourdon va non seulement refuser de donner la place forte, mais luttera avec véhémence plusieurs jours contre les assauts des Bourguignons, faisant même des contre-attaques permettant la capture d’un chevalier Picard, Roncy, et d’autres seigneurs, il leur promit la mort s’il voyait qu’il était sur le point de mourir.

Des renforts viennent de Paris ( bombarde, etc ) face à la résistance du capitaine. Les assiégés sont obligés de se réfugier dans le donjon. Les demoiselles restées aux donjons n’hésiteront pas à narguer les assaillants.

Le siège est long et perdure, il est envisagé de quitter les lieux, mais un certain André Roussel, bourgeois de Paris, propose ses services pour prendre la place qui furent acceptés. Il fait construire une « chatte » qui est en fait une arme de siège permettant de protéger des ouvriers travaillant à saper les murailles du donjon. En 5 jours une brèche est faite dans le donjon.

La place est prise, les soldats du château doivent se rendre sans condition et sont exhibés en plein Paris comme gage de victoire. Le capitaine Bois-Bourbon doit sa vie au duc de Bourgogne qui accepte de lui laisser la vie sauve. Il est néanmoins emprisonné en Flandre mais il est libéré puisqu’il est à nouveau présent en 1213 à la porte Saint-Martin à Paris. En 1417, il est Grand Maître d’Hôtel d’Isabeau de Bavière au château de Vincennes avec qui on lui prête une liaison. Charles VI le fait emprisonner au Grand-Châtelet, il est torturé puis jeté dans la seine dans un sac avec la mention « Laissez passer la justice du roi ». 

1412, sous Charles VI, le chevalier Guillaume d’Arbouville est nommé capitaine des villes et du château d’Etampes.

1432, c’est un certain Jean de Mazis, pannetier du duc de Bourgogne, Philippe le Bon, qui est capitaine de la place. On peut penser des accords ont été passés entre Charles VII et le duc de Bourgogne.

1465, Charles le Téméraire, duc de Bourgogne, s’empare d’Etampes.

 

 

Plan château Etampes

Plan du château par [iv] Léon Marquis.

1478, le domaine entre à nouveau dans le giron des rois de France, mais Louis XI le donne à Jean de Foix qui le donna à son héritier Gaston de Foix en 1500.

1513, Anne de Bretagne, comtesse d’Étampes, est reçue au château en grande pompe.

1514, Roger de Béarn est bailly et capitaine du château.

1589, la Ligue y établit une garnison avec comme gouverneur le seigneur de la Montagne, François d’Isy. Il remplacé par le sieur de Saint-Germain le 7 juin. Mais le roi de France reprend la place le 23 juin de la même année. Le 5 juillet, c’est Paul-Touzin qui nommé par le roi comme gouverneur de la ville et capitaine du château, trois garnisons y seront cantonnées. Mais le château est repris par des camps adverses à plusieurs reprises jusqu’à qu’Henri IV y mette fin définitivement en mois de Novembre.

Fin 1589, afin d’éviter de nouvelles mauvaises surprises, le roi Henri IV, suite à la demande des habitants de la ville, ordonne le démantèlement du château féodal ; Ce qui fut fait mais probablement pas en intégralité.

1652, Jacques de Saulx, comte de Tavannes, campe à Étampes sous les ordres de Condé. Les habitants sont poussés à partir après divers pillages et autres incivilités.

1652, le 4 mai, le maréchal de Turenne, fonce sur Étampes et dans les plaines à l’extérieur de la ville livre bataille contre Jacques de Saulx. Mais les troupes du Condé entrent dans la ville et se réfugie dans les hauteurs. Le Condé perds 2000 prisonniers et 700 hommes tués. Néanmoins les troupes sur les hauteurs résistent et le maréchal de Turenne est obligé de revenir plus tard le 27 mai. De combats sanglants ont lieu entre le 27 mai et le 7 juin, les troupes de Turennes perdent de 3000 à 4000 hommes, soit par combat ou maladies, les fossés de la ville sont jonchés de morts. Le duc de Lorraine approche de la ville et le maréchal de Turenne est obligé de lever le siège pour éviter d’être pris en étau et d’être lui-même assiégé.

XVIIe, si le château et les murailles de la ville ont subis de graves dommages lors du siège de 1652, le donjon tient bon et il est encore utilisé au XVIIe siècle par les vassaux du duché d’Étampes pour rendre hommage à leur duc. Ce fut encore le cas jusqu’en 1793.

XVIIIe, le donjon est utilisé en partie comme colombier, idée du marquis de Cinq-Mars sous Louis XV ( donc bien après la conjuration de Cinq-Mars ).

1772, le chanoine de la Collégiale Sainte-Croix d’Étampes tente un vol du haut du donjon dans un char volant.

1735, des quantités de pans de murs du château sont réduits à néant.

La Révolution Française

1794, 23 août, le donjon converti en Bien National par la République Française, est vendu pour 525 francs à un architecte d’Étampes, Pailhés.

1795, 29 août, Pailhés fait annuler la vente car le donjon est censé être utilisé à d’autres fins : Télégraphe aérien ou tour d’opération pour relever le cadastre.

1796, le 26 août, le département de Seine-et-Oise, le revend à Étienne Delaville, serrurier à Étampes qui revend une partie à Pailhés qui redevient propriétaire uniquement des ruines et du terrain avoisinant, ce dernier va vite s’en débarrasser.

XIXe, le donjon et les terrains avoisinants vont passer de propriétaires en propriétaires, parfois en détruisant une partie des restes du château médiéval jusqu’en 1830 : Pierre Boivin et Véronique Pinet, puis au couple Jacques-Joachim et Marie-Victoire Boivin. En 1812 à Huteau-Boivin, 1829 à André-Dieudonné Guignepin ( Huissier ).

1830, le nouvel acquéreur est Auguste de Grandmaison qui fait faire des fouilles, c’est le premier propriétaire à vraiment s’intéresser au château.

1832, 22 août :  Victor Hugo parle du donjon dans une de ses lettres : « Étampes, c’est une grosse tour entrevue à droite dans le crépuscule au-dessus des toits d’une longue rue… ».

1854 à la veuve Boulé et en 1855 à l’abbé, curé de Notre-Dame d’Étampes,  Pétigny.

1859, 1er mai, les héritiers du curé Pétigny revendent le bois de Guinette à la ville d’Étampes.

1862, La Tour de Guinette est inscrite au titre des monuments historiques. Elle est ouverte au public jusqu'au XXe siècle.

 

 

[i] Notice historique sur le château d'Etampes : suivie d'une description des ruines de Guinette (2e éd. rev. et augm.) / par Léon Marquis.

[ii] https://books.google.fr/books?isbn=2902894163

[iii] Recueil des Historiens de France, Tome X, p623

[iv] Gallica

 


 

 

 
 

Photographies

 

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