Histoire & Visite 

 

 

Château de Fontainebleau

 

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Historique & Histoire 
source : source sur place, documentation diverses,

 

 

LES ORIGINES DU CHATEAU



«  Fontainebleau est un lieu assis dans la forêt de Bière, en une plaine, fermé de divers coteaux, rochers et montagnes couvertes de bois de haute futaie. An­ciennement c’était un vieil bâtiment où les rois par quelques fois se retiraient comme en lieu solitaire. Le roi François Ier qui aimait tant à bâtir, considérant ce lieu ainsi fermé de ses rustiques, y prit fort grand plaisir, et, de fait, le fit bâtir comme il est de présent. Les anciens récitent qu’en ce lieu y avait une grosse tour, où de présent et sur les fondements d’icelle est la charpelle, prochaine de la grande salle de bal, et s’est-on servi d’aucuns vieils fondements. La plus grande partie du logis est bâtie de grès avec brique, principalement la basse cour, laquelle en grandeur excède toutes autres cours des bâtiments royaux. En la seconde cour y a source de fontaine, et se dict que c’est la plus belle eau de source qui se voie guère, et que par ce on l’appelait Belle-eau, maintenant Fon­tainebleau.

Le feu roi François Ier qui le fit bâtir, s’y aimait merveilleusement, de sorte que la plus grande partie du temps il s’y tenait, et l’a enrichi de toutes sortes de commodités, avec les galeries, salles, cham­bres, étuves et autres membres, le tout einbelly de toutes sortes d’histoires tant peintes que de relief, faites parles plus excellents maîtres que le Roi pou­vait recouvrer tant de France que d’Italie, d’où il a fait venir aussi plusieurs belles pièces antiques. En somme que tout ce que le Roi pouvait recouvrer d’ex­cellent c’était pour son Fontainebleau, où il se plaisait tant que, y voulant aller, il disait qu’il allait chez soi. Mais depuis la mort du feu roi François le lieu n’a pas été si habité ni fréquenté qui sera cause qu’il ira avec le temps en ruines comme font beaucoup d’autres places que j’ai vues faute de n’y habiter. »

A cette courte description que l’architecte Androuet du Cerceau consacre à Fontainebleau en son livre "Des plus excellents batiments de France" (1579), nous ajouterons que le château, un peu abandonné sous les trois derniers Valois, reprit tout son éclat avec Henri IV ; que sous les Bourbons il fut constamment l'un des séjours réguliers de la cour; et qu’au XIXe siècle il n’a jamais cessé d’être une des rési­dences des maîtres de la France. Nous avons déjà le résumé de son histoire.

Cette histoire remonte au douzième siècle, au roi Robert le Pieux, fondateur probable du château. Plu­sieurs édits de Louis VII sont datés de Fontainebleau. Ce prince aimait ce manoir retiré. Il y fonda une cha­pelle consacrée, sous l’invocation de Saint Saturnin, par l’archevêque de Cantorbéry, Thomas Becket.

Philippe-Auguste habita souvent Fontainebleau. Il y signa de nombreux édits, parmi lesquels on peut citer celui de 1186, attribuant aux pauvres et aux ma­lades de l’Hôtel-Dieu de Nemours tout le pain qui resterait de sa table pendant les séjours à Fontaine­bleau.

En 1191, à son retour de la Palestine, il passa dans ce château les fêtes de Noël.

le Roi Saint-Louis, Louis IX, se réfugiait souvent dans « ses déserts » de Fontainebleau, où il fit bâtir un donjon, la cha­pelle de la Trinité et un hôpital, entretenu aux frais du trésor royal. Joinville raconte que ce roi étant tombé gravement malade à Fontainebleau fit venir son fils aîné et lui adressa ces touchantes paroles : « Biau fils, je te prie que tu te fasses aimer au peuple de ton royaume; car vraiment je aimerais mieux qu’un Escot venist d’Ecosse, on quelque autre loingtain étranger et gouvernast le peuple du royaume bien et loyalement, que tu le gouvernasses mal à poinctet en reproche. »

Philippe le Bel naquit et mourut à Fontainebleau. Ce prince chassait le cerf aux environs de Corbeil. Son cheval le jeta rudement contre un arbre, et ce choc le blessa mortellement. Il demanda à être porté en son manoir de Fontainebleau, y languit quelques jours, reçut les derniers sacrements « et puis, dit la Chronique des Flandres, mourut le beau roi Philippe à Fontainebleau ».

On a quelques traces d’un séjour de Charles IV le Bel au château où le vint trouver sa sœur, Ysabeau de France, reine d’Angleterre et femme d’Edouard II. Cette princesse avait à se plaindre de son mari et ve­nait demander protection à son frère.

De cette époque jusqu’au règne de François I'r la tradition n’a rien conservé. A cette résidence, perdue au milieu des bois, nos rois préfèrent tantôt Vincennes ou Château Vieux de Saint Germain en Laye, plus proches de Paris, tantôt les châteaux des bords de la Loire, si chers à tous les princes Valois. A peine sait-on que Charles V y fonda une bibliothèque, augmentée par Louis XI et transfé­rée à Blois par Louis XII, que Charles VII y fit pein­dre à fresque l’histoire de ses victoires.

Ce vieux manoir était probablement fort délabré quand un caprice de François Ier en fit un palais mer­veilleux.

 

 

DESCRIPTION DU PALAIS de FONTAINEBLEAU

Intérieur

 

Avant de visiter le palais de Fontainebleau, tel qu’il s’offre à nous après trois siècles et demi d’existence, essayons de nous le représenter tel qu’il était à la mort de Henri IV, en 1610, c’est-à-dire à son plus haut degré de splendeur, à une époque où il avait subi déjà bien des changements, mais des changements qui n’avaient en rien modifié les grandes lignes de son plan et détruit l'harmonie de son aspect.

A cette époque, la cour du Cheval blanc était com­plètement fermée. A la place de la grille, parallèlement à la façade principale, s’étendait un corps de logis semblable à Y aile des Ministres, encore intacte, et dont le pavillon central faisant face au grand perron d’hon­neur formait la principale entrée du palais. Sur l’em­placement de Y aile neuve, on admirait la galerie d’U/i/sse, dont les fenêtres encadrées de colonnettes et surmontées chacune d’un fronton, formaient une ordon­nance en rapport avec celle du principal corps de logis. Sur le jardin des Pins, ou jardin anglais, cette galerie présentait une façade à contreforts, avec un rez-de-chaus­sée aveugle et un premier étage où les croisées alter­naient avec des mascarons remplis par la salamandre royale. Au fond de la cour, devant la façade princi­pale, courait un fossé d’eau vive avec deux ponts- levis.

Le perron d’honneur, œuvre de Philibert Delorme, et dont la descente était supportée par des arcades à jour de hauteur décroissante, n’avait pas la lourdeur du célèbre Fer à cheval, bâti sous Louis XIII. Enfin l’on ne voyait dans cette cour ni l’ignoble bâtisse du Jeu de paume, ni les trois fenêtres en demi-lune qui déshonorent la façade prin­cipale sous prétexte d’éclairer des couloirs, le long de la chapelle de la Trinité.

Dans la cour de la Fontaine, au lieu du gros logis ;i mansardes qui termine aujourd’hui l’appartement des Reines-mères, on voyait un élégant pavillon avec terrasse avançant sur l’étang; de même l’Ulysse de Petitot a remplacé une jolie fontaine h dôme abritant une statue de Diane qui lançait dans tous les sens scs eaux jaillissantes. Les autres parties de cette cour n’ont subi que les injures du temps.

Il en est de même pour la cour ovale et pour la cour des Offices, restées telles qu’elles étaient à la mort de Henri IV.

La Porte dorée méritait alors son nom par les vives peintures qui ornaient ses voûtes à tous les étages, avant qu’on ne les eût fermées sous Louis XIV par des châssis vitrés.

Enfin, sur le jardin de Diane, les façades que Louis XV a fait gratter si amoureusement (sauf celle de la galerie des Cerfs) étaient parées d’élégantes lucarnes et de fenêtres à meneaux entre pilastres sculptés dont l’aspect rappelait avec de simpli­cité celui de la galerie de François 1er, vue de la cour de la Fontaine.

Imaginons maintenant sur tous les toits des plom­beries découpées et dorées; sur tous les pignons, des épis ou des girouettes fleuronnées; dans toutes les niches, des statues de marbre ou de bronze, et nous reverrons un instant le Fontainebleau de François Ier et de Henri IV.

En somme, ce palais irrégulier à dessein dans son ordonnance et dans son plan, né d’un caprice royal servi par des artistes ingénieux et inspirés, valait sur­tout par la fantaisie et la grâce, par l’élégance et l’im­prévu des silhouettes, par l’originalité des détails. Il semble que depuis Louis XIII, et surtout depuis Louis XV, ou ait pris justement à tâche d’empâter ces silhouettes, de substituer la régularité à la fantai­sie, de supprimer les détails trop saillants et trop nombreux au goût des Gabriel, des Percier et des Fontaine. Et cependant, même à l’extérieur, ce palais mutilé demeure une des œuvres les plus curieuses de la Renaissance française, et malgré deux siècles de transformations et de restaurations maladroites, il y reste encore bien des merveilles à admirer.

Nous pouvons maintenant pénétrer dans le palais actuel. Voici la cour du Cheval blanc ou des Adieux (152 mètres de longueur sur 112 de largeur). Quatre pavillons à toits aigus et ii deux étages, reliés entre eux par des bâtiments à un étage seulement, forment la façade principale. Ces pavillons, à partir du Jeu de paume, s’appellent pavillon de l’Horloge, pavillon des Armes[4], pavillon des Peintures~, et pavillon des Poêles 3 ou des Reines-mères. Toute cette façade était pri­mitivement en grès et en brique; sous Charles IX, on fit revêtir de pierre et orner de pilastres les pavil­lons des Peintures et des Poêles. Au centre se déve­loppe l’escalier du Fer à cheval, sans proportion avec la petite porte qui le surmonte et trop grandiose pour précéder ces constructions élancées. A gauche de la façade s’étend l’aile des Ministres, d’aspect très élé­gant, malgré sa simplicité; à droite, l'aile neuve, caserne banale dont les deux étages, à peine aussi hauts cependant que l’étage unique de la façade centrale, écrasent cette façade et la font paraître trop basse malgré ses dimensions réellement imposantes. Grâce à cette affreuse aile neuve, aux pans des murs du Jeu de paume, aux fenêtres en demi-lunes de la chapelle, à d’énormes becs de gaz en forme de tor­chères, on est d’abord déçu en entrant dans la cour du Cheval blanc, et il faut un véritable effort d’esprit pour en retrouver les réelles beautés.

La cour de la Fontaine a subi moins d’outrages.

  1. Le maréchal do Biron y fut enfermé. François Ier y avait réuni une belle collection d’armures.
  2. On y voyait les tableaux des maîtres italiens réunis par François 1er
  3. François Ier y avait fait placer des poêles venus d’Allemagne.

Tournons le dos au massif pavillon dont le rez-de- chaussée abrite le musée chinois, et admirons cet élégant escalier à douille rampe accoté à l’ancienne salle de spectacle, ces fenêtres de proportions si pures, ces pilastres aux chapiteaux variés, ces sveltes lucarnes, ces cheminées qui se découpent si finement sur les toits élancés, cette belle terrasse dont les nobles arcades portent le chiffre de Henri IV Serlio donna, dit-on, les plans de cette cour. Nulle part à Fontainebleau on ne sent mieux l’influence de l’art antique interprété par les artistes de la Renaissance italienne.

La porte Dorée n’a pas trop souffert. Cependant on a fermé par des châssis vitrés les belles loges cintrées qui s'ouvrent au premier et au second étage, et dont les voûtes ornées de caissons dorés justifiaient le nom qu’elle a reçu. Le bâtiment a perdu ainsi tout son re­lief; mais il lui reste ses fines proportions, ses toits aigus et les peintures de l’arcade du rez-de-chaussée, dues au Primatice, à moins que ce ne soit au Rosso. Au reste, sous les lourdes restaurations de Picot, on a peine à reconnaître l’œuvre de l’un ou l’autre maître. Indiquons cependant sous la voussure de cette arcade, du côté de la cour ovale, une composition représentant les Titans foudroyés par Jupiter. Par un effet de pers­pective trop vanté mais curieux cependant, l’une des figures paraît tour à tour sur le ventre ou jetée sur le dos, suivant la place d’où on l'examine.La cour ovale, où nous entrons maintenant, n’a point été transformée depuis Henri IV. Jusqu’à ce prince, elle était entièrement fermée. Vers 1599, on détruisit les bâtiments de l'Ouest, une partie de ceux du Nord, et on les remplaça par le pavillon des Chasses et par le Baptistère ou porte Dauphine. C’est à tort que l’on attribue à Henri IV la construction de la galerie à colonnes qui s’étend au rez-de-chaussée, presque tout autour de cette cour. Elle existait déjà en 1579 comme le témoignent les dessins d'Androuet du Cerceau en son livre : Des plus excellens bâtimens de France. Trois morceaux d’architecture frappent surtout les regards. La façade grandiose de la galerie Henri II, avec scs deux rangs de vastes arcades superposées; le portique qui lui fait face avec ses colonnes accou­plées aux chapiteaux étrangement variés; enfin le Baptistère dont le dôme capricieux n’est pas sans jurer avec l’ordre sévère du rez-de-chaussée. Le Baptistère dans son ensemble, et quoiqu’il ait dû être édifié à deux reprises, nous paraît appartenir à l’art franco-italien de la fin du seizième siècle ou despremièresannées du dix-septième. A cette époque, Vignolc est passé dieu. N’était l’époque certaine de sa construction, le Baptistère semblerait avoir été exécuté d’après ses dessins. Quant aux deux façades dont nous avons parlé plus haut, il est absolument impossible d’en nommer les auteurs; cependant un je ne sais quoi plein de fantaisie et d’originalité porterait à en faire honneur à des Français que l’Italie n’avait pas encore tout à fait conquis.

Ne quittons pas la cour ovale sans signaler, au bas de l’escalier de François Ier, une jolie porte dont le cou­ronnement en gresserie s’appuie sur une Minerve et sur une Junon. Ces sculptures, rongées par l’hu­midité, sont pourtant de la meilleure Renaissance.

De la cour Ovale on peut, par le vestibule de la galerie des Cerfs, se rendre dans le jardin de Diane.' Nous avons déjà dit combien Louis XV avait dénaturé la plupart des constructions qui entourent ce jardin. En outre il a détruit la galerie des Chevreuils dont la façade était parallèle à celle de la galerie des Cerfs, et l’orangerie qui reliait ces galeries et fermait le jardin. Il est étonnant que l’on ait respecté l’ordon­nance delà galerie des Cerfs et du pavillon qui la termine, les statues, les bustes et les lucarnes sculptées qui les décorent, et surtout au bas du pavil­lon de l’Horloge, une curieuse porte en gresserie dont les sculptures figurent deux cariatides de style égyptien, qui soutiennent trois groupes d’en­fants d’une rare élégance.

Nous pouvons maintenant pénétrer dans les appar­tements du palais. On entre, sous l’escalier du Fer à cheval, dans le vestibule de la chapelle de la Sainte- Trinité. La décoration de cette chapelle, exécutée sous Henri IV et Louis XIII, est surchargée d’or­nements, et cependant mesquine, comme celle de tous les édifices religieux élevés à cette époque. Le maître-autel, très lourd et très riche, est celui que l’on rencontre dans toutes les églises des premières années du dix-septième siècle, mais il est surmonté de quatre anges en bronze d’un grand style, attribués à Germain Pilon, et le panneau central est occupé par une assez bonne Descente de Croix, de Jean Dubois. La voûte, dont l’effet est diminué par la nudité des murs laté­raux, est ornée des belles peintures de Fréminet, divi sées en cinq grandes compositions, parmi lesquelles il faut surtout signaler celle qui représente la Chute des Anges. Quatre ovales encadrant les Quatre éléments relient heureusement les compartiments principaux de la voûte. Nous aimons moins les tableaux et les grisailles accessoires qui figurent les Rois juifs, les Patriarches et les Prophètes. L’artiste a peiné pour se guinder au style puissant de Michel-Ange. Signalons encore les boiseries ajourées des chapelles et les sculptures en haut-relief qui, dans la tribune royale, encadrent au-dessus des portes les écussons d’Hen­ri IV et de Louis XIII.

Appartements de Napoléon Ier. Un horrible escalier du temps de Louis-Philippe conduit à ces apparte­ments ménagés dans les constructions que Louis XV fit bâtir le long de la galerie de François Ior. Ils sont insignifiants pour la plupart, et garnis de boiseriesblanches sans aucun caractère. Cependant la pre­mière pièce ( antichambre des huissiers ) a gardé de jolis dessus de porte, par Boucher, et une gracieuse horloge Louis XYI en forme de char conduit par l’Amour; la seconde (cabinet des secrétaires), quel­ques bergeries d’A. Yanloo. La salle de Bains est une merveille. Des amours, des oiseaux jouant et voltigeant au milieu des fleurs et des arabesques, se détachent délicieusement sur un fond de glaces. On ignore quel est l’auteur de ces compositions exquises exécutées sous Louis XVI pour Marie- Antoinette. Mais pourquoi Louis-Philippe les a-t-il enlevées du petit Trianon où elles étaient si bien à leur place et complétaient à ravir l’appartement de la reine? Rien à signaler dans le cabinet de /’Abdication, sinon le guéridon sur lequel, paraît-il, Napoléon signa cet acte célèbre, le 5 avril 1814; rien non plus dans le cabinet de travail. Mais la chambre à coucher, décorée sous Louis XV, est remarquable par les délicieux enca­drements des portes et par sa cheminée en marbre blanc. Le lit de Napoléon, le berceau du roi de Rome, le meuble à bijoux de Marie-Louise, œuvre de Jacob, la pendule et ses camées antiques, don du pape Pie VII, sont plutôt des souvenirs historiques que des œuvres d’art.

Salle du Conseil. Ce salon est une fête pour les yeux. Boucher et Vanloo n’ont rien fait de plus élégant. C’estle triomphe de l’art du dix-huitième siècle. Ces allégories, ces amours blancs et roses, ces camaïeux rouges et bleus, encadrés dans des arabesques d’une exécution facile et ingénieuse, forment un ensemble harmonieux et doux à l’œil. Tout cela n’est pas d’un goût très pur, « mais la grâce est la plus forte », et si Louis XV n’avait pas laissé d’autres traces dans le palais, il faudrait être indulgent pour lui. L’ameublement de ce salon est en tapisserie de Beauvais, et l’énorme table (2 m. 50 de diamètre) qui en garnit le milieu est faite d’un seul morceau de bois de Sainte-Lucie.


Salle du Trône

Salle du Trône

 

Le plafond, une merveille, attire tout d’abord les regards. Dans le premier comparti­ment, huit amours soutiennent la couronne royale avec les armes de France et de Navarre, et quatre aigles portent chacun une couronne; dans le second, une coupole aux riches ornements est semée de fleurs de lis et des chiffres de Louis XIV. La salle, avec ses mesquines tentures de soie et son trône de style Em­pire, est un peu écrasée par ce magnifique plafond. Les encadrements des portes et la cheminée, ornée d’un por­trait de Louis XIII, d’après Philippe de Champagne, rappellent un peu la décoration qui devait autrefois compléter cette salle. A remarquer le lustre en cristal de roche, qui a coûté, dit-on, cinquante mille francs.

Boudoir de Marie-Antoinette

 

Boudoir de Marie-Antoinette, Fontainebleau

 

C’est une petite salle dont Barthélemy a peint plafond, Beauvais les dessus de porte. La coloration générale est d’un ton rose, plus étrange qu’harmonieux. Le parquet, d’acajou  massif, réalisé par Molitor en 1787, est un remarquable travail de menuiserie. N’oublions pas la cheminée ornée de bronzes de Goutière, et, sur les petites consoles, de jolis vases en ivoire sculpté, don de l’empereur d’Autriche à Napo­léon. Il est plus que douteux que Louis XVI ait forgé les belles espagnolettes des croisées. L'architecte fut Pierre-Marie Rousseau ( 1751 - 1829 ), utilisée par Marie-Antoinette lors de ses séjours au château. Les peintres sont Michel-Hubert Bourgeois et Jacques-Louis-Francois Touze.

 

Chambre à coucher de la reine

Chambre à coucher de la reine.

 

Magnifique plafond en menuiserie dans le style de celui de la salle du trône. Incomparables tentures en soie de Lyon, brodées à la main. Si l'on veut juger de ce qu’étaient ces tentures (données par la ville de Lyon à Marie-Antoinette, mais restées en magasin) à l’époque où Napoléon les fit poser, il faut examiner le petit paravent dont les pan­neaux repliés ont gardé toute leur fraîcheur. Outre l’ameublement Louis XVI de cette pièce, on distingue surtout deux commodes de Riesener avec cuivres de Goutière. Six reines de France, de Marie de Médicis à Marie-Amélie, ainsi que les impératrices Joséphine, Marie-Louise et Eugénie de Montijo, séjournèrent dans cette pièce. Le lit et le boudoir sont de 1786.

Salon de Clorinde, décoration Louis XV exécutée sous Louis-Philippe. Ensemble insignifiant.

 

Galerie de Diane

 

Reconstruite sur ordre de Napoléon Ier, la galerie de Diane est la plus longue pièce du château.

 

Elle ren­ferme la riche bibliothèque du palais, que pour la si­gnaler comme le plus bel exemple qui soit du goût détestable de la Restauration. Les peintures des voûtes et les tableaux suspendus aux murs sont de la dernière pauvreté. Mais sous cette galerie sans caractère, s’étend la curieuse galerie des Cerfs,  restaurée fin XIXe. Aux murs, sont peintes à fresque les vues des principaux châteaux de France, parmi lesquels nous signalerons Chambord, Château de Saint Germain en Laye, le Louvre et les Tuileries. Les poutres apparentes du plafond sont ornées de cartouches et d’arabesques aux couleurs va­riées, ainsi que les embrasures des fenêtres. C’est une très heureuse reconstitution. Reconstruite sur ordre de Napoléon Ier, la galerie de Diane est la plus longue pièce du château.

Par Vescalier de la Reine, garni sous Louis-Philippe de tableaux de chasses, par C. Vanloo, Oudry et Desportes, on remonte dans les grands appartements situés autour de la cour ovale.

Dans l'antichambre, outre un beau plafond en sapin du Nord avec caissons dorés, on remarque d’anciennes tapisseries des Gobelins.

Le salon des Tapisseries ( autrefois salle des Gardes de la reine) doit son nom actuel à de superbes tapis­series de Flandre, représentant les Amours de Psyché.

Le meuble, moderne, est de style Louis XIII. Sur une table, genre Boule, se trouve un joli vase en porcelaine cloisonnée de Sèvres.

 

Le salon de François 1er

 

Le salon de François 1er fut autrefois l’antichambre des appartements de la reine.

 

Le salon de François 1er fut autrefois l’antichambre des appartements de la reine. Sous Louis-Philippe, on a refait le plafond à compartiments et restauré la cheminée monumentale dont l’ordonnance capri­cieuse date évidemment de François Ier. On attribue au Primatice le médaillon central représentant Mars et Vénus, et que surmonte un petit bas-relief en stuc imité de l’antique. Mais pourquoi a-t-on eu l’idée bi­zarre de mêler des ornements en biscuit de Sèvres aux sculptures de ce curieux monument ? C’est un anachronisme ridicule. Tout autour de la pièce sont sus­pendues des tapisseries de Flandre, figurant des chasses princières. Le Garde-meuble y a placé en outre deux riches bahuts italiens en ébène, et un meuble somptueux en tapisserie de Beauvais.

 

 

Le salon de Louis XIII

Salon Louis-XIII  Cette pièce dite « chambre Ovale », « cabinet du roi » (sous Henri IV) ou encore « salon Louis-XIII » rappelle la naissance de Louis XIII dans cette pièce le 27 septembre 1601,


Cette pièce dite « chambre Ovale », « cabinet du roi » (sous Henri IV) ou encore « salon Louis-XIII » est incontestablement l’un des plus beaux du palais. Louis XIII y vint au monde, et, eu mémoire de cet événement, Henri IV le fit décorer par Paul Bril et par Ambroise Dubois, La pièce est entièrement boisée et peinte dans un ton clair et ri­che à la fois. D’innombrables figures, des médaillons, des fleurs et des fruits mêlés à des rinceaux capri­cieux encadrent les paysages de Paul Bril. Les onze grandes compositions qui garnissent les murs et le plafond représentent des scènes empruntées par Ambroise Dubois au roman grec Théagène et Chariclée. Par malheur la cheminée en marbre n’est pas de l’époque. Admirer, sur une console, le beau coffret d’ivoire où Anne d’Autriche enfermait ses bijoux.

C’est dans le salon de Louis XIII que Biron fut ar­rêté au sortir de la salle du Conseil.

 

salon de Saint-Louis

salon dit de Saint-Louis est lié au fait que Louis IX vint loger dans cette partie du château

 

Il fut à l'origine orné de peintures et de stucs comme la galerie de François Ier. Mais Louis XIV les détruisit, et Louis Philippe a fait peindre en bleu et or ce salon où l’on voit une che­minée, avec statue équestre d’Henri IV qui provient de la célèbre belle cheminée, jadis placée dans la salle de spectacle, et quelques tableaux anciens et modernes représentant des traits de la vie de Henri IV. C'est en réalité la partie la plus ancienne, puisque situé dans l'ancion donjon de Fontainebleau.

Le salon dit de Saint-Louis, doit son nom  au fait que Louis IX vint loger dans cette partie du château, néanmoins il ne reste presque plus rien de cette époque. Pour autant on peut reconnaitre son aspect médiéval par l'extérieur mais surtout par l'épaisseur des murs qui trahissent la fonction défensive et médiévale du site.

 

Salon des Aides de camp

Le salon des Aides de camp

Les aides de camp assuraient à Napoléon Ier une garde rapprochée. Installé à partir de 1806, l'ameublement est plus simple car il correspond au réglement imposé par l'Empereur. Les sièges sont en bois peint couverts d'une papaisserie de Beauvais. Les encoignures ont été exécutées pour les tantes de Louis XVI pour leur château de Bellevue. Les autres meubles datent de la période impériale.

Il n'est séparé du salon de Saint-Louis que par une vaste arcade sans portes. Le plafond et les lambris en sont décorés d’ornements dorés, calqués, paraît-il, sur d’anciens modèles. Aux murs sont suspendus quelques tableaux, dont l’un provient de l’ancien salon de Clorinde et quatre du salon de Louis XIII, où ils complétaient la série des compositions consacrées à Théogène et à Chariclée. Louis XV les fit enlever de leur place pour élargir les portes trop étroites pour les larges paniers des dames de la cour. La pendule de cette pièce, de style Louis XIV, est une réduction du Char embourbé que l’on voit dans les jardins de Versailles.

 

 

La Salle des Gardes

Salle des Gardes, Fontainebleau

 

C’est à Louis Philippe-que l’on doit la salle des Gardes. Il n’y a d’ancien que le plafond à poutres et solives apparentes, couvertes d’arabesques et de car­tels, et la frise, dont les ornements sur fond d’or re­présentent les attributs des sciences, des arts, de l’in­dustrie et du commerce, entrelacés de guirlandes de laurier et de fruits que supportent des enfants. En outre, la cheminée en marbre, œuvre de Jacquet et de son fils, a été refaite avec les débris de la belle che­minée dont nous avons parlé plus haut. On attribue à Francarville les statues de la Paix et de la Force, qui accompagnent le buste de Henri IV. Panneaux peints, cuirs de Venise, parquet en marqueterie corres­pondant au dessin du plafond, tout le reste de la décoration est moderne et l’on ne saurait trop louer l’habileté du décorateur, M. Mœnch, cpii a couvert la boiserie de figures allégoriques, d’emblè­mes, de médaillons, de devises et de chiffres se rap­portant à François Ier, à Henri II, à Antoine de Bour­bon, ii Henri IY et à Louis XIII, dont les portraits en camaïeu sont placés au-dessus de chacune des cinq portes, vraies ou fausses, de la salle.

 

 

Au sortir de la salle des Gardes, on traverse une petite pièce dont la coupole peinte est digne d’atten­tion, et l’on pénètre dans l'escalier du Roi, pratiqué sous Louis XV, dans l’ancienne chambre de la du­chesse d’Etampes. Ce prince iconoclaste a respecté les tableaux et les encadrements en stuc que François Ier avait placés autour de cette salle. Nicolo dell’ Abbate a peint, croit-on, ces tableaux sur les dessins du Prima- tice. Ils représentent des scènes empruntées à l’histoire d’Alexandre. La restauration assez adroite en est due à Abel de Pujol qui a eu le tort de substituer une compo­sition figurant Alexandre coupant le nœud gordien h la Mascarade de Perscpolis, dont la gravure se trouve à la Bibliothèque nationale. Quant aux figures en stuc, Michelet ( non sans vraisemblance) les attribue à Jean Goujon : « Pour orner sa chambre, dit l’historien, la duchesse prit un Français, un jeune homme, la main ravissante de ce magicien Jean Goujon, qui donnait -aux pierres la grâce ondoyante, le souffle de la France, qui sut faire couler le marbre comme nos eaux indé cises, lui donner le balancement des grandes herbes éphémères et des flottantes moissons.» Les caria­tides de cette chambre mystérieuse semblent un essai de jeune homme, essai hardi, incorrect et heu­reux. Oii a-t-il pris ces corps charmants si peu proportionnés, nymphes étranges, improbables, infi­niment longues et flexibles ? Sont-ce les peupliers de Fontaine-belle-eau, les joncs de ce ruisseau, ou les vignes de Thomery dans leurs capricieux ra­meaux, qui ontrevêtu la figure humaine ? Les rêves de la forêt, les songes d’une nuit d’été, qui ne se lais­saient voir que dans le sommeil pour être regrettés au matin, ont été saisis au passage par cette main vive et délicate. Les voilà, ces nymphes charmantes, capti­ves, fixées par l’art ; elles ne s’envoleront plus. »

Ces figures exquises, la reine Marie Leczinska les trouva cependant trop nues et les fit couvrir de sottes draperies. Mais ce n’est pas elle qui fit placer dans les voussures du plafond les médaillons des rois de France, accompagnés d’amours dans leurs niches. Louis- Philippe, ou plutôt Abel de Pujol, est responsable de cette pauvre décoration, ainsi que du Triomphe d!Alexandre qui forme le motif central de la voûte.

 

Salle de Bal ou Galerie Henri II

salle de bal, dite parfois « galerie Henri II », longue de 30 m et large de 10 m, a une superficie qui dépasse 300 m2.

 

Un étroit couloir conduit à la salle de bal, plus connue sous le nom de galerie Henri II. Ici l’on doit admirer sans réserve et l’on a sous les yeux la merveille du palais et de la Renaissance française. C’est une salle de trente mètres de long: sur dix de large. Sur chaque face, cinq énormes fenêtres, à plein cintre, aux profondes embrasures, prenant jour sur la cour ovale et sur le parterre. Au-dessus de la porte d’en­trée, et sur toute la largeur de la salle, des consoles sculptées soutiennent une tribune en menuiserie dont l’appui est sculpté et doré.

En face se dresse la cheminée monumentale. Sur l’entablement l’H de Henri II se détache gigantesque au milieu des croissants et des lauriers, entre des colonnes doriques qui ont remplacé deux satyres de bronze. Ce premier corps est surmonté de colonnes ioniques qui encadrent les armes de France, dans ungrand cartouche entouré de (estons, de guirlandes de fleurs, et surmonté d’un croissant, emblème équivoque de Henri II !

Le plafond est composé de vingt-sept caissons octo­gones, aux robustes reliefs, où se détachent sur fond d’or et d’argent l’éternel croissant, le chiffre du roi et sa devise : Doriec totum irnpleat orbem : « Jusqu’à ce qu’il remplisse tout l’univers. » Le plancher en bois des îles reproduit les dessins du plafond, fout autour de la salle court une boiserie en bois de chêne ciré, à fdets, chiffres et emblèmes d’or.

Mais ce qui rend cette salle infiniment précieuse, ce sont les magnifiques compositions que Nicolo dell’ Abbate exécuta d’après les dessins du Primatice, sur les murailles et dans les embrasures des fenêtres.

Huit grands sujets occupent l’espace compris entre les fenêtres et au dessus. Ce sont, à partir de l’en­trée, du côté du parterre :

1° Gères et les Moisson­neurs.;

2° Vulcain forgeant des traits pour l’Amour sur II ordre de Vénus ;

3° le Soleil parcourant le Zodia- 

4° Phile mon et Baucis récompensés pour avoir donné /’hospitalité à Jupiter, et les Phrygiens punis pour l’avoir refusée, et, en revenant vers l’entrée du côté de la cour ovale

 1° les Noces de Thétis et de Pétée;

2° l’Assemblée des dieux;

3° Apollon et les Muses;

4" Une Bacchanale.

Au-dessus de la tribune, une grande fresque représente un Concert. — De chaque côté de la cheminée se trouvent deux tableaux, parmi lesquels on remarquera Hercule combattant le san­glier d’Erymanthe et un Gentilhomme combattant un loup-cervier. Enfin, dans les embrasures des fenêtres sont peintes cinquante figures de héros et de dieux.

Le temps avait terriblement effacé ccs fresques, exécutées par l’Abbate à sec, avec de la terre et du blanc, et déjà retouchées sous Henri IV par Tous­saint Dubreuil. Louis-Philippe en confia la restaura­tion ou mieux la restitution à M. Alaux, qui, à l’aide des gravures, reconstitua les parties détruites, fit revivre les couleurs en chaulfant avec des réchauds les surfa­ces préalablement enduites de cire, et en somme ren­dit à l’art ces belles œuvres que Ton aurait pu croire à jamais perdues. Ce qu’il faut chercher dans ces fres­ques, ce n’est pas la pureté du dessin et la correction de la composition ; c’est une vive et gracieuse imagination, une touche pleine de sûreté et de fougue; une extraor­dinaire entente de l'effet décoratif A ce point de vue les peintures murales de l’école de Fontainebleau peu­vent rivaliser avec ce que F Italie possède de plus re­marquable en ce genre. Elles méritent la singulière influence qu’elles ont exercée sur l’art français du sei­zième et du dix-septième siècle.

 

La chapelle Saint-Saturnin

 

Chapelle Saint-Saturnin, Fontainebleau, vue intérieur

La chapelle haute est contiguë à la salle de bal. Elle date de François Ier, et vient d’être totalement restaurée ( XIXe siècle ). La voûte un peu surbaissée est ornée de caissons à têtes d’anges, toutes différentes les unes des autres. Au-dessus de la tribune on admire, dans deux nielles, des anges avec palmes, dont on ignore les auteurs.

Au-dessous de la chapelle haute se trouve la cha­pelle basse, décorée à fresque sous Henri II, Henri IV et Louis XIII. Le temps avait respecté ce petit sanc­tuaire. Louis-Philippe s’est contenté de réparer les boiseries, d’établir une tribune assez disgracieuse, et d’orner les croisées de vitraux exécutés à Sèvres sur les dessins de sa fille, la princesse Marie.

En revenant sur ses pas, au sortir des chapelles, on traverse l'appartement de Mme de Maintenon, situé au premier étage de la porte Dorée. C’est une agréable habitation, quoique un peu sombre, et parmi les cinq pièces qui la composent, toutes meublées avec luxe, on remarque surtout le grand salon, formé pour moi­tié de la vaste loge, vitrée maintenant, qui donne tant de caractère à l’ordonnance de la porte Dorée. La boiserie de ce salon, blanche, avec rinceaux d’or, est du meilleur style Louis XIV. L’ameublement en est riche, et parmi les pièces qui le composent, on remarque un petit écran brodé par les demoiselles de Saint-Cyr.

La galerie de François Icr rivalise avec la galerie Henri II Peut-être même la décoration en est-elle plus savante et plus ingénieuse. Elle est étroite, longue ( 64 mètres sur 6 ) et basse, quoique Louis-Philippe ait eu le tort d’exhausser le plafond et d’enlever ainsi toute signification à un certain nombre de figures inclinées dans tous les sens comme pour en soutenir le poids. Le plafond, hâtons-nous de le dire, a été con­servé tel quel. Il est divisé eu sept compartiments, correspondant aux sept travées de la galerie, et se compose de caissons, peu profonds, de formes variées, en noyer avec moulures dorées. Le lambris est garni, par le bas, de boiseries en noyer dont les panneaux sont ornés de trophées, des armoiries, des salamandres et des chiffres de François Ier, sculptés en plein bois avec une étonnante vigueur.

Boiserie de la Chapelle Saint-Saturnin, Château de Fontainebleau

 

Mais ce qui distingue surtout cette galerie, ce sont les trumeaux qui la garnissent sur ses deux faces, tru­meaux composés de tableaux et d’encadrements en stuc. Laissons Michelet décrire cette ornementation unique : « Rosso ôta la bride à son coursier effréné. N’ayant affaire qu’à un maître qui ne voulait qu’amu- sement, qui disait toujours : Osez, il a pour la petite galerie favorite du roi fondu tous les arts ensemble dans la plus fantastique audace. Rien n’est plus fou, plus amusant. Triboulet a donné ses sages conseils. Le beau, le laid, le monstrueux, s’arrangent pour­tant sans disparate. Vous diriez le Gargantua har­monisé dans l’Arioste. Prêtres gras, vestales équi­voques, héros grotesques, enfants hardis, toutes les figures sont françaises. Pas un souvenir d’Italie. Ces filles espiègles et jolies, d’autres émues, hale­tantes, toutes ces figures charmantes, ce sont nos filles de Fra nce, comme Rosso les faisait venir, poser, jouer devant lui. Rougissantes, inquiètes, rieuses de se voir au palais des rois, d’autres boudeuses et pleurantes d’être trop admirées sans doute. C’est la nature, et c’est un ravissement. » Peut-être Michelet attribue-t- il trop facilement au Rosso ce qui appartient au Pri- matice ou à Paul Ponce ; mais, comme il a bien rendu cette mêlée de figures de tout âge et de tout sexe, ces combinaisons étranges de fleurs et de fruits, de guir­landes et de cartouches ! La description est lumineuse. Hâtons-nous cependant d’ajouter que les fresques, du moins pour le dessin, sont bien du Rosso, sauf une Danaè enclavée par le Primatice au centre même de la galerie. Le style du maître florentin, un peu maniéré, mais élégant, se reconnaît surtout dans les compositions suivantes : Côté de l’étang : Protection accordée aux lettres par François Ier ; Vénus pleurant la mort d'Adonis; Combat des Centaures et des La- pithes. Côté du jardin de Diane : l'Education d’Achille ; un Naufrage ; Énée sauvant Anchise.

Le vestibule de la chapelle, qui suit la galerie de François Ier, est remarquable par les riches sculptures de ses portes en chêne massif. Il conduit, à gauche, dans l'appartement des Reines-mères ou du pape Pie Vil, qui fut successivement habité par les reines Catherine de Médicis, Marie de Médicis, Henriette de France, femme de Charles II d’Angleterre, et Anne d’Autriche. Le pape Pie VII y passa le temps de son séjour à Fontainebleau.

Cet appartement, magnifiquement meublé, est sur­tout remarquable par son salon et par la pièce qui servit tour à tour de chambre à coucher aux reines qui l’habitèrent et de chapelle à Pie VI.

On arrive dans ces deux pièces en traversant une antichambre ornée de tentures en imitation de cuir de Cordoue, et une salle de billard, garnie de tapisse­ries des Gobelins représentant la vie d’Esther.

Le salon frappe d’abord par son plafond doré à compartiments, figures allégoriques en relief, chiffres entrelacés de Louis XIII et d’Anne d’Autriche. Mais que dire de la tapisserie qui couvre les lambris ? C’est un morceau unique, tissé, croit-on, sur les des­sins de Jules Romain ou de Raphaël, à l’ancienne ma- nufacture des Gobelins. Le coloris en est harmonieux et brillant comme au premier jour.

La chambre à coucher possède un délicieux pla­fond, peint sous Louis XIII par Cotlelle, de Meaux. De fines arabesques, aux nuances délicates, se marient capricieusement, dans chaque compartiment, aux chif­fres d’Anne d’Autriche et de Louis XIII, et se repro­duisent au-dessus des portes, autour des portraits de cette reine et de Marie-Thérèse. Les murs sont tendus de tapisseries des Gobelins, d’après X. Coypel.

On passe ensuite dans une série de pièces moins intéressantes ayant vue sur l’étang et comprises sous le nom d’appartements de Louis XV, où nous ne voyons à signaler qu’une belle chambre à coucher qui fut, sous Louis-Philippe, celle du duc et de la du­chesse d’Orléans, et un salon de réception où sont placés deux tableaux de fleurs semblables, l’un en peinture, l’autre en tapisserie des Gobelins.

L’on sort de ces appartements par la galerie des Fastes, où sont placés quelques tableaux d’écoles di­verses, entre autres une Diane nue, attribuée au Primatice, et qui serait le portrait de Diane de Poitiers, et l’on arrive enfin dans la galerie des Assiettes, où Louis-Philippe a fait placer, dans la boiserie, des as­siettes en porcelaine peinte représentant les résidences royales, et au plafond, des peintures d’Ambroise Du­bois provenant de la galerie de Diane et qu’Alaux a transportées sur toile avec un bonheur singulier.

Salle de spectacle

 

C'est celle  que l’on visite en dernier lieu, a été construite en 1855 sur les plans de Lefuel. Elle est entièrement tapissée de satin jaune, et pré­sente aux lumières un charmant coup d’œil. Elle n’a servi que huit fois.

 

 

LES JARDINS

 

Le parc du palais de Fontainebleau se divise en quatre parties, parfaitement distinctes les unes des autres. La moins importante est le Jardin de Diane, dessiné à l’anglaise, et qui s’étend au nord du palais, entre la galerie des Cerfs et les appartements de Napo­léon Ier. La seule curiosité qu’il renferme est une fon­taine ornée de têtes de cerfs et d’une copie en bronze de la Diane chasseresse qui est au musée du Louvre.

Vient ensuite le Jardin anglais, tracé sous Napo­léon Ier sur l’emplacement du Jardin des Pins. On y voyait encore, au dix-huitième siècle, la fontaine Be- leau, qui a, paraît-il, donné son nom au palais. Parmi beaucoup d’arbres rares il faut signaler d’admirables cyprès de la Louisiane, qui n’ont leurs pareils que dans le parc de Rambouillet. C’est du Jardin anglais que l’on peut aller visiter, à l’extrémité de Y aile neuve, ce qui reste de la fameuse grotte des Pins. Ce sont quatre figures colossales de Termes, formées de blocs de grès à peine dégrossis et grossièrement joints, en­cadrant, au fond d’une cour de service, trois arcades maintenant bouchées. L’effet est d’une puissance sin­gulière. 11 est fâcheux qu’on ait laissé tomber en ruines ce monument original.

Le parterre, séparé du jardin anglais par l’étang, est une belle esplanade aux charmilles rectilignes en­cadrant quatre massifs de fleurs et un bassin carré. A 1 extrémité Sud se trouve une pièce d’eau en forme de fer à cheval, au centre duquel se trouve le bassin du Tibre. Le parterre offre de beaux points de vue, soit que le regard se porte sur la forêt et les rochers d’Avon, soit qu’on embrasse d’un coup d’œil la ligne imposante et pittoresque des bâtiments du palais. C’est de l’extrémité sud du parterre que ce vaste « rendez- vous de châteaux », suivant le mot connu d’un An­glais, présente l’ensemble le moins disparate. Voici d’abord le pavillon de Sully, avec sou faîtage aigu ; puis la silhouette dentelée des constructions en brique de la cour des Offices; la façade grandiose de la s-a- lerie Henri II, avec ses robustes arcades coupées par les contreforts en saillie de la chapelle Saint-Satur­nin ; la porte Dorée, ses lucarnes, ses cheminées et son toit élancé ; enfin, à demi cachée par les ormes de la chaussée Maintenon, la cour des Fontaines, qui semble borner le palais. L’ensemble est véritablement royal.

Vers l’Est, le parterre se termine par une terrasse dominant un beau canal de 1 200 mètres de longueur, sur les côtés duquel courent deux allées d’ormes deux fois centenaires. On descend dans le parc qui entoure ce canal par une double rampe encadrant un château d’eau nommé les Cascades, et décoré de statues et de vases. Le parc est vaste; des bosquets ombrageux alternent avec de belles pelouses, et les étrangers ne manquent pas de le traverser pour aller admirer la fameuse Treille du roi, qui produit jusqu’à 4 000 ki­logrammes d’excellent chasselas.

A l’extrémité du parc se trouve le village d’Avon que personne ne songerait à visiter, si son église ne renfermait le tombeau de la victime de Christine de Suède, de ce marquis de Monaldeschi dont nous avons raconté la terrible aventure. C’est une modeste pierre, sans aucun ornement, et sur laquelle on lit cette ins­cription tragique en sa simplicité : Cy git Monaldeschi. Au temps du romantisme, vers 1830, cette humble sépulture a attiré dans l’église d’Avon bien des poètes chevelus, en quête d’inspiration pour leurs drames et leurs romans historiques.

 

 

LA FORÊT

Après avoir visité le palais et parcouru rapidement les jardins et le parc, les touristes s’empressent de se diriger vers la fameuse forêt qui rendit jadis si cher à nos rois le séjour de Fontainebleau. Cette forêt est véritablement dia'ne de sa renommée européenne. C’est un magnifique massif d’une conte­nance de 16 900 hectares et de 80 kilomètres de pour­tour. Elle comprend 2 400 kilomètres de routes et de sentiers. Son sol, tout de sablonnage, est coupé de longues chaînes de rochers occupant un espace qu’on peut évaluer à 4 000 hectares. Entre ces chaînes de rochers s’allongent des gorges déchirées et profondes. C’est à ce relief particulier du sol que la forêt de Fon­tainebleau doit le charme sauvage qui l’a signalée de tout temps aux promeneurs et aux artistes. Elle occupe une place à part parmi nos belles forêts du centre de la France, qui s’étendent le plus souvent sur des ter­rains infiniment moins tourmentés. Ses plantations se composent surtout de chênes, de hêtres, de charmes, de bouleaux et de pins du Nord. Sous ce rapport, rien ne la distingue des belles forêts de Compiègne ou de Villers-Cotterets.

Il serait fastidieux d’énumérer les nombreux sites vers lesquels se dirigent habituellement les prome­neurs. Les plus visités sont les gorges de Francliard et d’Apremont, la gorge aux Loups et la vallée de la Solle. Les trois premiers présentent de vastes amas de rochers entassés entre des collines aux lianes abrupts. Dans le hasard de l’éboulement primitif, ces masses de grès d’une teinte grisâtre ont pris des formes tourmentées et fantastiques. L’aspect est grandiose et morne. Entre les blocs énormes ont poussé quelques chênes tordus et des bouleaux au feuillage argenté; mais c’est bien peu pour rompre l’austère monotonie de ces paysages désolés ! A peine aperçoit-on un ou deux sentiers tortueux ; on s’y engage non sans crainte. L’équilibre de ces entassements gigantesques semble d’abord bien incertain ; quelques blocs même trem­blent sur leur base, et le doigt d’un enfant suffit pour les faire vaciller. Parfois, deux ou trois rochers, arc- boutés les uns sur les autres, ont formé une sorte de caverne, où deux ou trois personnes pourraient s’abri­ter. Chaque détour de sentier découvre un relief im­prévu, une silhouette nouvelle et presque toujours curieuse. Franchard est plus solennel et plus vaste; Apremont plus sauvage et plus hérissé; la gorge aux Loups plus encaissée et plus capricieuse. Ces trois sites sont les plus caractéristiques de la forêt.

La vallée de la Solle offre aussi de belles masses ro­cheuses, mais disséminées et perdues entre des mas­sifs verdoyants de hêtres et de chênes. Ces futaies ne sont pas cependant les plus belles de la forêt.La Til/aie, le Bas-Bréau et le Gros-Fouteau les dépassent de bien loin pour la taille et le nombre des arbres de marque. D’ailleurs, on ne saurait ttop le répéter, à ce point de vue Fontainebleau est sensiblement inférieur à Com- piègne, ou même à Yillers-Cotterets.

Mais, comment se diriger dans ce dédale de routes et de sentiers sinueux ? Partout se trouvent des signes indicateurs qui guident le visiteur vers les points les plus intéressants. Nul danger de s’égarer et d'er­rer la nuit sous ces voûtes épaisses, où retentissait jadis le cor fantastique; du grand-veneur.

Car la forêt de Fontainebleau a ses légendes, dont la plus célèbre est celle du « grand-veneur », qui par­courait jadis les landes et les futaies au bruit des aboiements d’une meute invisible.

« Henri II, dit l’Estoile (1598), chassant dans la forêt de Fontainebleau, entendit des jappements de chiens, le cri et le cor des chasseurs, et, en un moment, tout ce bruit, qui semblait être éloigné, se présenta à vingt pas de son oreille. Il commanda à M. le comte de Soissons de pousser en avant pour voir ce que c’était, ne présumant pas qu’il pût y avoir des gens assez hardis pour se mêler parmi sa chasse et lui en troubler le passe-temps. Le comte de Soissons s’avançant, entendit le bruit sans voir d’où il venait; un grand homme noir se présenta dans l’épaisseur des broussailles, et cria d’une voix terrible : « M’entendez-vous? » et soudain disparut.

« A cette parole, les plus hardis estimèrent prudent de s’arrêter en cette chasse, en laquelle ils ne prirent que de la peur; et, bien qu’ordinaircmcnt elle noue la langue et glace la parole, ils ne laissèrent pas de raconter cette aventure, que plusieurs auraient renvoyée aux fables de Merlin, si la vérité, affirmée par tant de bouches et éclairée par tant d’yeux, n’eût ôté tout sujet d’en douter. Les pasteurs des environs disent que c’est un esprit, qu’ils appellent le grand-veneur. Les autres prétendent (pic c’est la chasse de saint Hubert, qu’on entend aussi en d’autres lieux. »

Aucun événement marquant ne signala les nom­breux séjours de la cour à Fontainebleau sous le règne de Henri II, sauf la naissance de quatre enfants de France : un fils, Edouard-Alexandre (Henri III); trois filles, Claude, la plus belle princesse de son siècle; Victoire et Jeanne, ces deux dernières jumelles. Des fêtes magnifiques furent données par le roi en ees diverses occasions.

François II — Henri II tombe dans le tournoi de la porte Saint-Antoine, à Paris. Diane de Poitiers à son tour quitte la cour. Pendant son règne d’un an, François II ne parut qu'une fois à Fontaine­bleau, mais dans des circonstances solennelles. Le chancelier de l’Hôpital aurait voulu réconcilier les ca­tholiques et les réformés par des concessions réci­proques. Dans cet espoir, il convoque à Fontainebleau une assemblée de notables, oii se présentent avec une suite nombreuse Coligny et le connétable de Montmo­rency, ce derniermomentanément allié auxprotestants. L’assemblée s’ouvrit dans le pavillon des Poêles le 21 août 1060, en présence du roi, de la reine Marie Stuart et de la reine-mère. Coligny demande au nom de son parti la liberté d’avoir des temples publics, et le châtiment de la garde royale qui avait si cruellement maltraité les prisonniers d’Amboise. MifUgré les efforts

[2] Do là le nom do cour du Cheval blanc. Ce cheval fut brise en 1020, pendant la nuit, par les soldats do la garde, qu'il gênait dans leurs ma­nœuvres quand ils venaient prendre la garde au château.

[3] Village non loin de Meaux. Catherine do Médicis s’y était fait cons­truire un superbe palais dont Henri IV fit don à Gabrielle d’Estrées. Il n’en reste plus que des ruines.

[4] Henri IV n’a fait que transformer cette terrasse. Avant lui elle était à jour; il en lit murer les arcades et transforma en appartements la galerie ouverte qui s’étendait devant les appartements situés sous la galerie de François Ier. Voir les dessins de du Cerceau : Les plus excellais bâti mens de France (1579).

 

 

source : Les palais nationaux : Fontainebleau, Chantilly, Compiègne, Saint-Germain, Rambouillet, Pau, etc., etc. / par Louis Tarsot et Maurice Charlot ( date d'édition inconnue mais probablement fin XIXe ), numérisation et OCR par montjoye.net avec  des rajouts et modifications du texte initial.

Vous pouvez néanmoins trouvez un exemplaire numérique sur gallica : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6448891b

 

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