Histoire & Visite

 

Château de Chantilly

 

Aujourd'hui Chantilly est connue pour l'hippodrome de Chantilly qui fut inauguré en 1834. Le château actuel, qu'on devrait désigner par le vieux château ( XVIe ) et le château neuf ( XIXe ) avec son jardin initialement dessiné par André le Nôtre , Jardinier du Roi Soleil Louis XIV, est l'un des plus beaux de Picardie. Il ne reste plus grand chose de la forteresse médiévale qui fut l'objet d'âpre lutte pendant la guerre de Cent-Ans.

La légende voudrait que soit le maître d'Hôtel , François Vatel, qui inventa dans le château la crème Chantilly qui porte aujourd'hui son nom. En réalité elle fut importée d'Italie par Catherine de Médicis, puis probablement  utilisée par Vatel au XVIIe siècle à Chantilly lors des repas du Grand Condé. Si il n'est pas l'inventeur de cette crème, c'est probablement ce dernier qui va faire entrer la crème dans l'histoire en l'utilisant lors des banquets royaux. 
 

Historique & Histoire 
source : source sur place, documentation diverses,

 

 

HISTOIRE

Pierre OrgemontParmi les châteaux français qui n’ont point été bâtis ou possédés par nos rois, Chantilly se place au premier rang. Cette résidence a gardé à travers les siècles un renom de luxe princier et de noble hospitalité qui s’est perpétué jusqu’à nos jours, et que le dernier possesseur, le duc d’Aumale, S?cst fait un devoir de justifier. Au XVIIe et au XVIIIe siècle, les familiers de la maison compa­raient volontiers Chantilly à Versailles, et cette ambi­tieuse comparaison n’étonnait pas ceux qui avaient eu l’honneur d’ètre les hôtes des princes de Condé.

Trois noms résument l’histoire du château de Chan­tilly : ceux du connétable Anne de Montmorency, qui l’a transformé; du grand Condé, qui l’a rempli de sa gloire ; du duc d’Aumale, qui l’a restauré. Et pour­tant, bien avant Anne de Montmorency, un manoir s’élevait au milieu des étangs alimentés par les eaux de la Nonette, et l'origine de ce manoir se perd dans la nuit du moyen âge. Il appartint tour à tour aux sei­gneurs de Senlis, aux familles de Laval et d’Orgemont.

C’était une place très forte qui subit plus d’une fois les assauts des Anglais et des Bourguignons, et quant à la fin du XVIe siècle le mariage de Mar­guerite d’Orgemont avec Jean II de Montmorency la fit passer à de nouveaux maîtres, ses vieilles murailles portaient plus d’une noble cicatrice.

 

XVIe

Statue de Anne de Montmorency à Chantilly

 

Les seigneurs de la maison de Montmorency ne paraissent pas s’être occupés particulièrement de Chantilly avant 1522, époque où le grand connétable fit ériger en châtellenie cette terre où il était né. En même temps, il transformait les cours et les apparte­ments du vieux château, auquel il conserva extérieure­ment l’aspect d’une forteresse ; mais, le trouvant trop étroit, il fit bâtir par Jean Bullant le Châtelet, placé sur une île voisine et réuni par un pont-levis aux con­structions primitives. Des bosquets et des parterres furent plantés et dessinés; les futaies de la forêt ou­vrirent aux chasseurs des routes cavalières, et lorsque Charles-Quint, traversant la France, reçut la fastueuse hospitalité du connétable, il put lui dire sans flatterie que son château rivalisait, sinon pour la grandeur, du moins pour le luxe et les commodités, avec les plus belles habitations royales. Ce n’était pas un mince éloge dans la bouche d’un homme qui venait de visiter Chambord et Fontainebleau.

Pendant toute la fin du seizième siècle, Chantilly fut avec Ecouen la résidence habituelle des ducs de Montmorency. Le connétable, en disgrâce, l’habitat souvent pendant les dernières années du règne de François Ier. Le dauphin, depuis Henri II, venait en secret demander des conseils à l’illustre exilé qui, vers la fin de sa vie, reçut dans ce même château le jeune roi Charles IX et la régente Catherine de Médicis. Ses fils François et Henri héritèrent de son affection pour Chantilly. Henri y donna de superbes fêtes à l’occasion d’une visite d’Henri IV, qui lui avait confié, en 1595, l’épée de connétable. En cette même année, était né dans ce château le dernier duc de Montmo­rency, l’infortuné Henri, maréchal de France, qui osa se révolter contre Richelieu, et, vaincu à Castelnaudary, fut jugé et décapité à Toulouse en 1632.

 

XVIIe

Château de Chantilly avant sa reconstruction au XIXe

Le petit château se trouve à l'avant de la gravure, à l'arrière le grand château avant sa restauration, voir sa reconstruction quasi complète au XIXe siècle : source : INHA, gravure de Manesson-Mallet, Allain. Il garde encore un aspect médiéval qu'il perdra au XVIIIe.

 

Cette mort tragique fit passer le domaine de Chantilly entre les mains de Charlotte de Montmorency, sœur du maréchal et femme d’Henri II, prince de Condé. Cette princesse avait été d’une surprenante beauté, et cette beauté fit tant d’impression sur Henri IV que, pour préserver son honneur, le prince de Condé dut s’enfuir à Bruxelles avec sa femme.

Pendant plus de la moitié du dix-septième siècle, l’histoire de Chantilly ne se distingue pas de celle des autres résidences princières. Ce beau séjour voit arri­ver pendant les mois d’été les Montmorency ou, plus tard, les Condé, avec leur suite presque royale. On reçoit grande compagnie, on se promène dans les bos­quets et les parterres, sur les canaux peuplés de carpes familières ; on chasse surtout, car la chasse est le passe- temps favori des grands seigneurs du temps. Mais à partir de 1632, le château prend une animation inac­coutumée. Une brillante jeunesse l’emplit de ses jeux et de ses éclats de rire. Les yeux sont éblouis par les grâces naissantes d’Anne-Geneviève de Bourbon, la future duchesse de Longueville. Le duc d’Enghien, qui sera bientôt le grand Condé, étonne par les brus­ques saillies de son esprit impétueux et prime-sautier. La grande époque de Chantilly va commencer.

En 1646, le duc d’Enghien devient prince de Condé. Pendant les quatre années qui suivent, dans l’inter­valle de ses victoires, il fait à Chantilly de fréquents séjours. Les familiers de l’hôtel de Rambouillet, les Voiture et les Sarrasins sont ses hôtes ordinaires ; Mlle de Scudéry le peint avec complaisance sous les traits du grand Cyrus. Il aime d’un amour chevaleresque Mllc du Vigean, et cette noble fille, qui partage sa passion, s’enferme dans un cloître pour n'y pas suc­comber. En ces courtes années, Chantilly apparaît comme le refuge du bel esprit et des sentiments délicats.

Soudain la Fronde éclate. Condé s’y jette corps et âme et la suite de la duchesse de Longueville. En 1650, il est emprisonné au  Donjon de Vincennes; en 1653, il passe dans le camp des Espagnols. Chantilly ne le reverra plus avant une quinzaine d'années.

Pendant ce temps la cour paraît avoir considéré ce château comme une résidence royale. En 1656, Mazarin s’y installa pour attendre la reine Christine de Suède, qui allait à Compiègne visiter Anne d’Autriche et Louis XIV. Il dîna avec cette princesse. Le roi et Monsieur arrivèrent à Chantilly comme de simples particuliers. Mazarin les présenta à la reine comme deux gentilshommes des plus qualifiés de France. Christine les reconnut pour avoir vu leurs portraits au Louvre, et répondit qu’ils lui paraissaient être nés pour porter des couronnes. Alors le roi, sans feindre plus longtemps, s’excusa de la recevoir trop simple­ment dans ses états. La reine de Suède le remercia et, ajoute Mme de Motteville, « le roi, quoique timide en ce temps-là, et nullement savant, s’accommoda si bien de cette princesse hardie, savante et fière, que, dès ce premier instant, ils demeurèrent ensemble avec agrément et liberté de part et d’autre ».

A sa rentrée en France, en 1660, après la paix des Pyrénées, Condé, encore suspect, est relégué dans son gouvernement de Bourgogne. Louis XIV veut te­nir quelque temps loin de sa cour ce prince orgueil­leux qui lui a disputé la couronne. Après la conquête de la Franche-Comté, il lui permet enfin le séjour de Chantilly. Condé, vieilli avant l’âge, revoit avec joie ces beaux lieux témoins des meilleurs jours de sa jeu­nesse. Grâce à l’habile administration de son inten­dant Gourville, il peut désormais sortir sans trouver dans son antichambre une double haie de créanciers. II va jouir en paix de sa fortune et la consacrer avec amour aux embellissements de Chantilly.

De son temps, les bâtiments du château ne reçoivent que d’insignifiantes modifications, toutes relatives à l’amélioration des dispositions intérieures. Il fait peindre cependant, dans une galerie du petit Châtelet, une suite de tableaux représentant les principales scènes de sa vie. Mais les jardins et les parterres sont l’objet de sa prédilection.

Château de Chantilly , cour intérieure, gravure

Comme on peut le voir le château fin XVIIe et début XVIIIe ne ressemble plus beaucoup à ce que nous pouvons connaître aujourd'hui. Cour intérieure du château de Chantilly.

Louis XIV consent proposer à André le Nôtre , Jardinier du Roi Soleil Louis XIV, pour les tra­vaux de Chantilly. L’illustre jardinier combine un plan à la fois grandiose et original. Il transforme la terrasse qui réunit le château aux bosquets de Sylvie ; il trace le vaste parterre orné de pièces d’eau qui s’étend jus­qu’au grand canal de la Nonette, et, pour compléter la perspective, il dessine sur la colline opposée la belle pelouse du Vertugadin. C’est alors qu’on est en droit de comparer Chantilly à Versailles, encore inachevé, et dont les eaux, amenées à grand-peine de la Seine et de l’Eure, ne valent pas les belles sources qui ali­mentent le parc du grand Condé. Tous ces travaux sont exécutés en quelques années avec une rapidité merveilleuse, et, en 1671, Chantilly est tout prêt pour recevoir le grand roi.

A cette date, en effet, la réconciliation est complète entre Louis XIV et son cousin, jadis rebelle, devenu le plus fidèle des sujets et le plus soumis des courtisans. Pour la sceller, le roi consenti visiter Chantilly. C’est toujours à Mme de Sévigné qu’il faut revenir pour les détails de cette réception fameuse. Dès le 17 avril, elle écrit à sa fille : « Jamais il ne s’est fait tant de dépenses au triomphe des empereurs qu’il n’y en aura là ; rien ne coûte ; on reçoit toutes les belles imagina­tions, sans regarder à l’argent. On croit que Monsieur le prince n’en sera pas quitte pour quarante mille écus; il faut quatre repas; il y aura vingt-cinq tables servies à cinq services, sans compter une infinité d’autres qui surviendront : nourrir tout, c’est nourrir la France et la loger; tout est meublé; de petits endroits qui ne servaient qu’à mettre des arrosoirs deviennent des chambres de courtisans. Il y aura pour mille écus de jonquilles ; jugez à proportion! »

Le 24 avril, la marquise reprend sa narration : « Le roi arriva hier au soir à Chantilly ; il courut un cerf au clair de la lune; les lanternes firent des merveilles; le feu d’artifice fut un peu effacé par la clarté de notre amie, mais enfin le soir, le souper, le jeu, tout alla à merveille. Le temps qu’il a fait aujourd’hui nous faisait espérer une suite digne d’un si agréable commence­ment. Mais voici ce que j’apprends en entrant ici, dont je ne puis me remettre et qui fait que je ne sais plus ce que je vous mande : c’est qu’enfin Yatel, le grand Yatel, maître d’hôtel de M. Fouquet, présentement " Monsieur le prince, voyant que ce matin, à huit heures, la marée n’était pas arrivée, n’a pu soutenir l’affront dont il a cru qu il allait être accablé, et, en un mot, il s’est poignardé. Vous jouez penser l’horrible désordre qu’un si terrible accident a causé dans cette fête. Songez que la marée est peut-être arrivée comme il expirait. Je n’en sais pas davantage présentement. Je pense que vous trouvez que c’est assez."

Le 26 avril, Mme de Sévigné a reçu de nouveaux dé­tails qu’elle communique encore à sa fille : « Le roi, écrit-elle, arriva jeudi au soir ; la promenade, la colla­tion dans un lieu tapissé de jonquilles, tout cela fut à souhait. On soupa. Il y eut quelques tables où le rôti manqua, à cause de plusieurs dîners à quoi l’on ne s’était point attendu. Cela saisit Vatel ; il dit plusieurs fois : « Je suis perdu d’honneur ! voilà un affront que « je ne supporterai pas. » Il dit à Gourville : « La « tète me tourne, il y a douze nuits que je n’ai dormi ; « aidez-moi à donner des ordres. » Gourville le sou­lagea en ce qu’il put. Le rôti qui avait manqué, non pas à la table du roi, mais aux vingt-cinquièmes, lui revenait toujours à l’esprit. Gourville le dit à Monsieur le prince. Monsieur le prince alla jusque dans la chambre de Vatel et lui dit : « Vatel, tout va bien ; rien « n’était si beau que le souper du roi. » Il répondit : « Monseigneur, votre bonté m’achève. Je sais que le « rôti a manqué à deux tables. — Point du tout, dit « Monsieur le prince, ne vous fâchez pas : tout va « bien. » Minuit vint. Le feu d’artifice ne réussit pas ; il fut couvert d’un nuage; il coûtait seize mille francs.

A quatre heures du matin, Yatel s’en va partout. Il trouve tout endormi, il rencontre un petit pourvoyeur qui lui apportait seulement deux charges de marée ; il lui demanda : « Est-ce là tout? — Oui, Monsieur. » Il ne savait pas que Yatel avait envoyé à tous les ports de mer. Vatel attend quelque temps ; les autres pour­voyeurs ne vinrent point ; sa tête s’échauffait; il crut qu’il n’y aurait point d’autre marée ; il trouve Gour­ville, et lui dit : « Monsieur, je ne survivrai pas à cet « affront-ci. » Gourville se moqua de lui. Yatel monte à sa chambre, met son épée contre la porte et se la passe au travers du cœur ; mais ce ne fut qu’au troi­sième coup, car il s’en donna deux qui n’étaient pas mortels. Il tombe mort. La marée cependant arrive de tous côtés; on cherche Vatel pour la distribuer ; on va à sa chambre, on heurte, on enfonce la porte, on le trouve noyé dans son sang; on court à Monsieur le prince, qui fut au désespoir. Il le dit au roi fort tris­tement. On dit que c’était à force d’avoir de l’honneur à sa manière ; on le loua fort ; on loua et l’on blâma son courage. Le roi dit qu’il y avait cinq ans qu’il re­tardait de venir à Chantilly, parce qu’il comprenait l’excès de cet embarras. Il dit à Monsieur le prince qu’il ne devait avoir que deux tables et ne point se charger de tout; il jura qu’il ne souffrirait plus que Monsieur le prince en usât ainsi ; mais c’était trop tard pour le pauvre Yatel. Cependant Gourville tâche de réparer la perte de Yatel; elle le fut : on dîna très bien, on fit collation, on soupa, on se promena, on joua, on fut à la chasse; tout était parfumé de jon­quilles, tout était enchanté. » De Yatel il n’était plus question. Cependant cet accident fut cause que le roi ne voulut plus désormais de ces réceptions somp­tueuses, trop lourdes pour un sujet, fût-il prince du sang. Mme de Sévigné évalue à cinquante mille écus, somme énorme pour le temps, la dépense de cette fête. Il ne paraît pas que le grand Condé en ait été gêné : ce qui prouve que dès lors sa fortune était sin­gulièrement rétablie.

Au reste, il menait à Chantilly une existence royale et tenait une véritable cour, où s’honoraient d’être admis ceux que l’on renommait le plus à Paris et à Versailles. II avait conservé de sa jeunesse un goût

très vif des choses de l’esprit, et aimait à s’entourer des grands écrivains de son temps. C’est ce que le duc d’Aumale a voulu rappeler en plaçant leurs statues dans le parterre, entre autres celles de La Bruyère et de Bossuet. Tous les deux, en effet, furent des familiers de la maison de Condé. Le premier, précepteur du fils aîné du prince, passa de longues années dans la familiarité du maître, heureux d’observer de ses yeux perçants le défilé des courtisans et des gens de lettres, de saisir leurs ridicules et leurs secrets intérêts, d’épier sur leurs visages la joie, la crainte, l’envie, enfin de découvrir les hommes réels sous les masques des ac­teurs qui paradaient devant lui. C’est h Chantilly qu’est né le livre immortel des Caractères.

Bossuet venait souvent visiter à Chantilly La Bruyère, son ami, et le grand Condé retenait volontiers l’illustre prélat. De longues causeries s’engageaient sous l’om­brage des quinconces, et les plus hautes questions de la littérature, de la philosophie et de la religion étaient abordées tour à tour. « On voyait, dit Bossuet dans son oraison funèbre, le grand Condé à Chantilly comme à la tête de ses armées, toujours grand dans l’action et dans le repos. Ou le voyait s’entretenir avec ses amis, dans ces superbes allées, au bruit de ces eaux jaillissantes qui ne se taisaient ni jour ni nuit. »

Parfois Racine et Boileau venaient se mêler à ces entretiens et donner la repartie à La Bruyère. Dès longtemps, ces deux écrivains étaient les protégés de

Condé. Lorsqu’après la représentation de Phèdre, le grand tragique avait failli être, ainsi que Boileau, la victime d’une cabale puissante, Monsieur le prince s’était déclaré « prêt à venger comme siennes les in­sultes qu’on s’aviserait de laire à deux hommes d’esprit qu’il aimait et prenait sous sa protection ». Et ces deux hommes d’esprit lui en avaient gardé une profonde reconnaissance. Boileau ne se lassait pas de célébrer

Condé, dont le seul nom fait tomber les murailles,

Force les escadrons et gagne les batailles.

et lorsque Racine s’irritait contre ses détracteurs, il lui répondait que ses vers n’avaient rien à craindre de leurs critiques,

Pourvu qu’ils puissent plaire au plus puissant des rois, Qu’à Chantilly Condé les souffre quelquefois.

L’éloge était aussi délicat pour le poète que pour le prince, aussi juste que délicat, quoique Boileau, dans les discussions littéraires, ne fût pas toujours de l’avis de Condé. On raconte même qu’en se promenant un jour dans le parc, le prince s’emporta contre le satirique, qui l’avait contredit avec obstination : « Dé­sormais, Monseigneur, dit Boileau avec vivacité, je serai toujours de votre avis quand vous aurez tort. » Condé sourit. Il était désarmé.

L’illustre capitaine meurt à Fontainebleau en 1686. Son fds llenri-Jules établit définitivement à Chantilly la résidence de la famille. Il détruit le vieux château que son père avait conservé malgré ses apparences gothiques, et le remplace par un palais dont le plan reproduit d’ailleurs celui du vieil édifice. Il fait tout pour continuer les royales traditions du grand Condé, et quand il reçoit, en 1698, Louis XIV qui se rend au camp de Compiègne, il déploie une magnificence res­tée fameuse. Cependant il ne put soutenir le haut re­nom de Chantilly. C’était un prince instruit et spiri­tuel, mais son humeur bizarre et brusque effrayait ses hôtes.

 

XVIIIe

 

Château de Chantilly avant la Révolution Française, 1750

  Veüe et perspective du Canal des Jardins et du Châsteau de Chantilly  par Poilly, Nicolas-Jean-Baptiste de (1707-1780). Réalisée en  1750. source : Gallica.bnf.fr 

 

Louis-Henri de Bourbon, qui fut premier ministre immédiatement après la régence du duc d’Orléans, rendit au château tout son éclat. Il avait triplé la for­tune des Condé en s’associant aux spéculations de Law, et tenait à Chantilly une cour digne d’un souve­rain, où régnait la célèbre marquise de Prie, sa maî­tresse. Ce prince avait le dessein de reconstruire le château sur un plan colossal, dont il n’a fait exécuter que ces écuries légendaires, incontestablement plus grandioses que celles des maisons royales. Lorsque le jeune roi Louis XV honora d’une visite son premier ministre, ne dit-il pas, en présence de ce luxe éton­nant, éprouver ce sentiment de mauvaise humeur jadis ressenti à Vaux par Louis XIV, et qui précipita la chute de Fouquet ? ( en réalité Fouquet était déjà dans le collimateur de Louis XIV et Colbert avant la visite au château de Vaux le Vicomte ). Quelques mois après, le duc de Bourbon était disgracié et consigné à Chantilly, où son exil n’eut d’ailleurs rien de bien pénible. Il y mourut en 1746. Louis-Joseph de Bourbon, son fils, continua de résider à Chantilly. C’est un prince aimable, spirituel et brave.

Louis XV et Louis XVI l’eurent en grande estime et virent sans déplaisir la cour dont il s’entou­rait à Chantilly rivaliser avec celle de Versailles pour la magnificence et le nombre. Sous lui s’élevèrent le château d’Enghien et un petit hameau dans le goût de celui de Trianon. Aucun prince étranger ne fût venu en France sans visiter le prince de Condé, et chaque visite était l’occasion de fêtes splendides. Ce n’étaient que chasses, festins, bals et comédies. Le théâtre de Chantilly était remarquable par son architecture et sa décoration. Le fond de la scène, en s’ouvrant à vo­lonté, laissait voir une cascade naturelle ornée d’une figure de nymphe. Par un ingénieux appareil, on pou­vait amener jusqu’à cette cascade huit nappes d’eau d’un effet magique qui, combinées avec les décors, produisaient une impression aussi agréable que sur­prenante.

 

Les rois de Danemark et de Suède, l’empereur Jo­seph II, le comte du Nord, depuis Paul Ier, vinrent tour à tour visiter Chantilly. D’après une tradition contestable, mais ancienne, le prince de Condé eut un soir la fantaisie d’offrir un souper au comte du Nord, sous la grande coupole des écuries, splendidement décorée et séparée des deux ailes par d’immenses dra­peries. Au dessert, le prince de Condé demanda à son hôte où il croyait être : « Dans le plus somptueux salon de votre palais, » aurait répondu le comte.

 

La Révolution fut impitoyable pour cette belle rési­dence.

 

Le 9 août 1789, le château est pris d'assaut par les révolutionnaires et les canons sont pris pour les ramener sur Paris.

1792,  le domaine est mis sous séquestre le 13 juin , suite à la loi sur les émigrés. Le château est envahi par un groupe de gardes nationaux.  Il est vidé de son mobilier, Le Petit Château est transformé en prison sous la Terreur.

Une première partie est vendue par lots entre 1793 et 1795 : l'ancien potager, le jardin des cascades, les derniers terrains disponibles le long de l'actuelle rue du Connétable et autour de l'actuelle petite pelouse ainsi que les maisons de la ville appartenant au Prince. . Le reste du domaine est loti en 1798 et vendu progressivement.

Château Enghien à Chantilly

Il fut édifié en 1769 par l'architecte Jean-François Leroy, il avait comme usage initial de loger les invités des princes.  Son nom est donné par la présence de Louis Antoine de Bourbon-Condé, duc d'Enghien, fils du dernier prince de Condé, qui fut logé dès sa naissance en 1772 avec ses nourrices dans le bâtiment.

 

En 1799, les adjudicataires du château, Damoye et Boulée, entreprennent aussitôt de le démolir pour récupérer les matériaux de construction. ( source wikipedia )

Le grand château commence a être dépouillé dès 1799; le parc transformé en terrains de rapport ; les écuries reçurent un régi­ment de cavalerie. Un hasard inexplicable laissa sub­sister le château d’Enghien et le Châtelet ( dit aussi le petit château ), ce bijou de la Renaissance. En effet les acheteurs ne purent conclurent le marché avant qu'il ne soit retiré de la vente.

Mais dans quel état les retrouva le prince de Condé lorsqu’il revint d’exil, après la chute de Napoléon ! La reine Hortense, qui avait reçu Chan­tilly dans son apanage, n’y fit aucune réparation. Pourtant le prince voulut, en souvenir du temps passé, recevoir dans son château l’empereur Alexandre.

Quel contraste avec les fêtes données au comte du Nord ! Il pleuvait : le czar fut obligé de s’abriter sous un parapluie en parcourant les salles et les galeries du Châtelet. Le prince ordonna quelques travaux que son fils fit continuer après sa mort (1818). Le der­nier des Condé, qui vivait retiré à Chantilly, res­taura et agrandit le Châtelet, rétablit quelques parties des parterres et du parc, nettoya les canaux et cons­truisit une terrasse sur les soubassements du grand château détruit. Chantilly était habitable quand il mourut, en 1830.

Son héritage entier échut au duc d’Aumale, fils du roi Louis-Philippe. Ce prince avait résolu de rendre à Chantilly sa primitive splendeur ; mais la Révolution de 1848 ajourna la réalisation de ses projets. Ses Biens furent confisqués en 1852, comme ceux de tous les membres de sa famille, et le domaine des Condé fut adjugé pour onze millions aux banquiers anglais Coutts . Enfin, par un décret rendu en 1872 par M. Thiers, sur l’invitation de l’Assemblée nationale, Chantilly a été rendu au duc d’Aumale.

Reconstruction et restauration du château "Neuf"

Depuis 1876, on a entrepris, non pas la restaura­tion, mais la reconstruction de ce château célèbre. M. H. Daumet, architecte, membre de l’Institut, a élevé, sur le tracé même du manoir féodal, une déli­cieuse résidence qui, sauf quelques détails, supporte bien le voisinage du Châtelet de Jean Bullant. Le parc a retrouvé sa correction du grand siècle, ses fleurs et ses statues. N’avait-il pas gardé ses belles eaux et ses ombrages séculaires? Le Chantilly du duc d’Aumale se présente aussi bien que celui des Condé. On ne saurait assez dignement apprécier la générosité du prince qui a fait don à l’Institut de France de ce ma­gnifique palais et des incomparables collections artis­tiques et littéraires qu’il abrite.

 

DESCRIPTION

Ecurie de Chantilly, Course Hippique, Hippodrome

 

Lorsqu’on arrive à Chantilly, les écuries frappent d’abord les regards, un peu au détriment du château. Leur immense façade, le pavillon central, avec sa cou­pole, son portique, son fronton aux superbes reliefs ; la rotonde aux proportions romaines, appelleraient un monument comme le Louvre ou Versailles. L’intérieur du palais équestre est en tout digne du dehors. C’est une énorme galerie voûtée, haute comme une cathédrale, coupée par un dôme massif sous lequel se dressent de riches trophées de chasse, puissamment sculptés dans la pierre et rehaussés de couleurs d’un effet original. Des bassins, alimentés par des eaux jaillissantes, en garnissent la base. Cent soixante-dix chevaux peuvent s’aligner à l’aise dans les stalles ‘ménagées sur deux rangs dans les deux ailes. La rotonde, dont nous avons parlé plus haut, forme un manège découvert peut-être unique au monde.

Vers l’extrémité des écuries, la pelouse des courses s’incline subitement jusqu’au canal, qui la sépare du château et du parc. Un pont jeté sur ce canal conduit à une grille flanquée de deux pavillons du dix-sep­tième siècle. A gauche s’élèvent le Châtelet et le châ- teau neuf; à droite, sur une terrasse, le château d’En- ghien; en face, une rampe en pente douce aboutit à une plate-forme au milieu de laquelle se dresse la sta­tue du connétable Anne de Montmorency, par Paul Dubois.

Un pont relie cette plate-forme h l’entrée du château. Cette entrée est formée d’une galerie à jour avec por­tique central surmonté d’un dôme, orné d’écussons, de vases et de lions sculptés. A gauche se dresse la chapelle, délicieux édifice inspiré par les monuments analogues du seizième siècle, couronné de fines plomberies douces et d’une statue de saint Louis, et qui doit au château d’Ecouen ses merveilleux vitraux, son autel et ses délicates boiseries. Un cippe, placé der­rière l’autel, renferme les cœurs des princes de Gondé.

Au fond de la cour d’honneur, d’aspect très élégant, un vestibule conduit au grand escalier, de forme ellip­tique, dont la magnifique rampe en fer forgé, œuvre des frères Moreau, rappelle les meilleurs morceaux des maîtres français du siècle dernier. Par cet escalier on accède aux appartements du Châtelet, au salon des Chasses, à la bibliothèque, aux boudoirs décorés de peintures, souvent reproduites, représentant des scènes de genre, dont les rôles sont joués par des singes et des guenons, galamment costumés en mar­quis et en marquises. Viennent ensuite les apparte­ments du duc d’Aumale et la belle galerie où le prince de Condé avait fait retracer ses hauts faits. C’est dans le Châtelet que se trouve le trophée de Rocroy, glo­rieux faisceau de drapeaux auquel le duc d’Aumale a ménagé une place d’honneur.

En haut du grand escalier, un perron intérieur donne accès dans la galerie des Cerfs, tendue de tapis­series des Gobelins qui reproduisent la série des chasses de l’empereur Maximilien. Baudry a peint dans cette galerie quelques dessus de portes et un remarquable saint Hubert. C’est encore à Baudry que l’on doit les compositions de la rotonde qui termine la galerie de peinture.

 

Galerie des Actions de Mr le Prince de Condé

Galerie des Actions de Mr le Prince de Condé

Une série de cinq salles renferme les trésors artis­tiques de Chantilly, tableaux, dessins et estampes. Il y a dans la collection des morceaux de premier ordre : deux Raphaël : la Vierge d’Orléans et les Trois Grâces; deux Poussin : le Massacre des Innocents et Thésée retrouvant le corps de son père. Signalons encore : -, le Songe de Vénus, par Antoine Carrache; les Foscari, de Delacroix, et la Stratonice, d’Ingres. Il faudrait citer tout le catalogue. C’est la plus belle collection particulière qui soit en France. Ne la quittons pas sans admirer les vitraux qui décorent la galerie de Psyché. Ils étaient autrefois au château d’Ecouen, et Raphaël en a dessiné les cartons. Les sujets sont tous empruntés il la faille de Psyché.                                                                   

Revenons à la plate-forme du Connétable et descen­dons aux jardins par ces vastes escaliers ornés de niches, de statues et de vasques où l’eau ruisselle la nuit et le jour. Devant nous s’étend, avec ses blanches sta­tues et ses bassins d’eau vive, le parterre, encadré de deux allées de platanes ; plus loin, la pelouse du Vertugadin, dominée par une statue équestre du grand Coudé. A gauche, le jardin anglais attire les prome­neurs par ses vastes prairies coupées de nappes d’eau et semées de grands arbres ; à droite, l’enclos du Ha­meau présente un dédale de sentiers et de ruisseaux perdus dans le feuillage, au milieu duquel se cachent les chaumières d’un village d’opéra-comique ; le long de cet enclos, derrière le château d’Enghien, le parc de Sylvie ouvre ses allées aux parois rectilignes, tail­lées à même le taillis et tapissées d’une mousse épaisse, où des troupes de paons familiers laissent noncha­lamment traîner leurs queues éblouissantes. Versailless seul, en France, surpasse cette harmonieuse agglomé­ration de jardins, de bosquets et de parterres.

Une vaste forêt enveloppe ce parc digne d’une mai­son royale. Elle est parfaitement aménagée pour la chasse et commode pour la promenade. Douze allées aboutissent au carrefour central. Tout auprès, au fond d’un étroit vallon dominé par de belles futaies de hêtres et de chênes et par le viaduc du chemin de fer, les étangs de Comelle étalent leur nappe sinueuse, coupée de chaussées aux talus verdoyants. Sur l’une de ces chaussées s’élève le château de la reine Blanche de Navarre, femme de Philippe de Valois. Ces étangs, ce château et les bois qui les enserrent forment un site fait à souhait pour le plaisir des yeux. Les grandes chasses s’encadrent à merveille dans ce décor roman­tique. Lorsqu’au temps du grand Condé Louis XIV courut le cerf au clair de lune, au bord des étangs de Comelle, ne dit-il pas garder de cette nuit un vif et charmant souvenir ?

 

 source : Les palais nationaux : Fontainebleau, Chantilly, Compiègne, Saint-Germain, Rambouillet, Pau, etc., etc. / par Louis Tarsot et Maurice Charlot ( date d'édition inconnue mais probablement fin XIXe ), numérisation et OCR par montjoye.net avec quelques légères modifications.

Vous pouvez néanmoins trouvez un exemplaire sur gallica : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6448891b

 

 

Photographies
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