Château de Crissay sur Manse

 

Le château de Crissay-sur-Manse fut édifié au XVe pour une grande partie et une autre partie du XIVe. Le village fut renforcé par une enceinte et des portes de défenses au XVIe siècle. Une grande partie des dégradations du château actuels sont du XVIIe siècle, néanmoins il est possible que fut utilisé au XVIe siècle les pierres du château pour construire l'église Saint-Maurice. Il a appartenu du XIIe siècle au XVIe siècle à la famille Turpin puis à la famille de Beauvau. Crissay-sur-Manse fait partie de la très enviée sélection des "Plus Beaux Villages de France".

 

chateau Crissay sur Manse

Le château est actuellement en vente ( 2016 ) pour 235.000 euros.  source : la nouvelle république 

En 2017, il fut racheté par le propriétaire actuel Paul Godron.

 

 

Historique Crissay-sur-Manse
source : site officiel, documentation sur place, source principale : Bulletin de la Société Archéologique de Touraine par Christine Meyer.



 

Des traces d'une première villa romaine permettent de penser qu'il y avait une activité humaine à l'époque gallo-romaine. Néanmoins celle-ci était en contrebas du village, vers l'église. Son ancien nom était Crisseium ( là où se dresse une forteresse ).

Le château a la réputation de n'avoir été jamais terminé et peut-être jamais habité, ce qui parait peu vraisemblable à moins qu'on est une histoire analogue au château de la Ferté-Milon qui ne fut jamais vraiment terminé après la mort du duc d'Orléans. Néanmoins on peut constater que les cheminées ne semblent pas avoir été utilisées ou très peu. Il est donc probable qu'une seule partie fut inachevée et donc inhabité, mais que les parties plus anciennes et récentes achevées ont été probablement habitées.

On remarquera que le logis principal contient un grand nombre de cheminées, une chaque étage ou presque, ce qui indique une nécessité de confort et à moins d'avoir eu un incident majeur qui aurait conduit en pleine guerre de Cent-Ans, pour une partie de la construction, on comprendrait mal son inhabitation.

850, première mention connue de Chryseio  dans le cartulaire de Cormery : XVIII. "Praeceptum Caroli Calvi quo confirmat donationem de Cambone, Favariis, Luriaco et Chryseio, a Viviano, Abbate Sancti Martini , Cormaricensi monasterio factam." Charles le Chauve confirme l'appartenance de la châtellenie de Crissay à l'abbaye de Cormery.

1084, Crissay apparaît également dans le cartulaire de Noyers.

Les premiers seigneurs connus de Crissay sont les Bouchard de l'Isle cités en 1084 dans une charte. Puis les Turpin cités en 1120 et présents jusqu'au 17ème siècle.

XIème siècle, construction de la chapelle seigneuriale.

XIIIe, construction d'un premier donjon, probablement sous le règne de Philippe-Auguste, dont il resterait quelques éléments aujourd'hui. Peut-être édifié par Herbet I et Isabelle de Perrenay entre 1221 et 1240.

 

 chateau forteresse XVe XIIIe Crissay sur Manse

Diverses époques de constructions que l'ont peu observer ici. Tour maîtresse et logis du XIVe et XVe, partie droite, au centre une tour du XIIe ou XIIIe.



1308, un linteau de porte en haut d'un escalier sous le donjon actuel permet de dater son existence, il permettait d'accéder à un souterrain utilisé comme refuge , tout comme celui du château de Brézé et celui par exemple du château de la Celle-Guenand

 

souterrain de crissay

source du document : Touraine Insolite

fin XIVe – début XVe le château évolue au gré de la guerre de Cent Ans, avec une certaine précipitation. La charpente des écuries du château serait datée de 1350 – 1400. 

1356, Guy Turpin de Crissé, réussi à s'extraire vivant  bataille de Poitiers en septembre, il survit également à la peste de 1360. (2)

Lancelot Turpin de Crissé devient chambellan de Charles V et de Charles VI. Il épousera Denise de Monmorency. Son fils Antoine Turpin sera chambellan de Charles VI puis de Charles VII. Le petit fils, Jacques Turpin sera à son tour chambellan de Louis XI.

cheminees medievales1410 – 1411, construction du Rez-de-chaussée et un corps de logis contre un autre qui serait alors en ruine. On peut penser que la construction d'un autre logis accolé sur un ruiné est probablement à un manque de préparation dû à l'instabilité en période de guerre, il fallait faire au plus pressé. Daterait de cette époque ladite la Salle Rouge mais fortement remaniée depuis.

1429, février, Jeanne d'Arc a probablement utilisé le chemin passant par Crissay sur Manse, c'était entre Sainte-Catherine-de-Fierbois et Chinon. C'était l'un des chemins les plus courts et surtout l'un des plus sécurisés, le château appartenait à l'époque à un proche de Charles VII. On sait notamment qu'en 1499 il existait un péage à Panzoult sur le " grant chemin tirant de Chinon à Crissé et à Sainte-Catherine-de-Fierbois".

1432, 10 février, Charles VII passe au château de Crissay-sur-Manse. Il écrit une lettre aux habitants de Reims.

1490, Jacques Ier se marie avec Louise de Blanchefort. Il est l'un des secrétaires du roi Louis XI. La guerre de Cent Ans ayant pris fin depuis quelques années, les revenues et la paix s'installant, s'ouvre alors une nouvelle période de construction dans un but de rendre plus confortable les châteaux médiévaux. La Salle Rouge, ou Chambre Rouge, est remaniée, les poutres sont de 1496.

"Les datations établies par dendrochronologie ont permis de repérer deux phases principales de construction. L’une commence vers 1408-1411 avec l’édification du logis proprement dit, épaulé d’un corps de bâtiment au sud-ouest (souvent appelé à tort « donjon »). La seconde phase est due à Jacques Ier Turpin, chambellan du roi, qui épousa en 1490 Louise de Blanchefort. La façade sur cour du logis est alors totalement reconstruite et l’on bâtit, vers 1507, une élégante galerie voûtée d’ogives reliant le logis au mur d’enceinte ouest. A l’intérieur, Jacques Turpin a fait reprendre la disposition de la grande salle, chauffée par une large cheminée surmontée d’une frise peinte et sculptée de tours." (4)

1530, les menuiseries des fenêtres à triples meneaux et les poutres de la charpente sont de cette époque. Néanmoins la façade du château n'est pas terminée faute de moyen.

1545, François Ier autorise Jacques II Turpin de Crissé à entreprendre la restauration des murailles, quatre portes fortifiées (portes de la Motte, de Saint-Epain, du Puits Auger et Bigot) et  tours de la ville. Il ne reste aujourd'hui que deux portes, fortement dégradées.

Rabelais fait peut-être référence à Jacques Turpin deuxième du nom dans le Pantagruel (Livre III, Chap XLII):

"Lors le guascon au bout du camp se coucha, pres les tentes du gros Christian chevalier de Crissé, et s'endormit."

S'agit-il de Jacques Turpin, seigneur de Crissé, qui épousa Catherine du Bellay fille de René du Bellay et de la marquise de Laval, et parent du cardinal Jean du Bellay ? Le cardinal du Bellay (1498 - 1560) fut un mécène de Rabelais, la famille du Bellay est une famille puissante à l'époque, on peut faire aussi un lien avec Rabelais, Guillaume de Bellay et Philibert de l'Orme. Le cardinal eut une grande influence sur François I er puis Henri II par sa connaissance des affaires italienne, anglaises et allemandes. (3)


1632, 1er juillet, les terres et le château de Crissay sur Manse sont saisis. Augustin d'Évrard, sieur de Haïccourt et de Jouy en fait l'acquisition. La famille Turpin présente à Crissay depuis le XIIIe siècle perd donc ses terres. 

Au 1er juillet 1632, la propriété est saisie par décret à l'encontre de Charles Turpin et adjugée à Michel-Augustin d'Évrard, capitaine gouverneur de Chinon et protégé de Richelieu. Michel d'Evrard seigneur de Haiecourt, de Crissay et de Jouy, capitaine d'une Compagnie de Chevaux-Légers, gouverneur des villes de Brest et de Chinon, épousa par contrat Louise de la Baume-le-Blanc le 9 septembre 1642. (2)


1665, Crissay sur Manse est racheté, tout comme Mongauger, Neuil et les Roches-Tranchelion, par Jacques de Beauveau. XVIIIème quelques actes portent le nom de Crissai. En seconde noces, après la mort de son mari, Louise de la Baume-le-Blanc épouse le 17 avril 1646 Jacques de Beauveau, seigneur de Rivennes, grand maître des eaux et forêts de Chinon. Son fils, Gabriel Henri de Beauvau héritera des terres de Crissay.

La seigneurie passa ensuite des mains de Gabriel Henri de Beauvau, marquis de Beauvau, comte de Crissé, seigneur de Montgauger, à la mort de celui-ci, dans les mains de Hubert de Choiseul, époux de Louise Henriette de Beauvau, fille de Gabriel de Beauvau. (1)


XVIIe, destruction partielle du château pour des raisons inconnues.

 La propriété restera dans la famille Choiseul-Praslin jusqu'à la révolution. 

XXe, le village prend le nom de Crissay-sur-Manse pour éviter les confusions postales avec Cussay.



village forteresse Crissay sur Manse
Le château dominait la vallée et le village, ainsi que la route qui menait à Chinon

 

sources :

dictionnaire Géographique, Historique et politique de l'Abbé Expilly, tome second, MDCCLXIV (1764) (1)

informations sur place

(2) « Regard sur la Touraine, la France et Crissé au XIVe siècle », Michel Mirault. 350 pages. 25 €.

(3) (Le Cardinal Jean Du Bellay - Diplomatie et culture dans l'Europe de la Renaissance - Cédric Michon, Loris Petris - Presses universitaires de Rennes). (1)

(4) Martine Lainé, chercheur au service Patrimoine et Inventaire de la Région Centre-Val de Loire

voir aussi la reproduction 3D ici : 3D

 


 

Photographies

 

Recherche dans le site