Histoire de Bonneval & Visite

 

Ville de Bonneval, la petite venise en Beauce

Bonneval est une ancien petit village entouré d'eau venant du Loir, il est possible de faire le tour de Bonneval en petit bateau. L'abbaye de Bonneval, aujourd'hui détruite lors de la Révolution Française, dont il reste quelques ruines comme la porte de l'abbaye et un logis. L'abbaye Saint-Florentin-et-Saint-Hilaire fut détruite principalement sous la révolution française après qu'elle soit mise en vente 1791 comme bien national. 

Quelques monuments à voir : l'église Notre-Dame, élevée entre le XIIe et le XIIIe siècle, le Logis des Trois Marchands, les fortifications, quelques vieilles maisons.  Bonneval est surnommé  " Petite Venise de Beauce" par la présence du Loir qui alimente les fossés autour de la cité médiévale.

 

Voir aussi :  Fortifications de Bonneval enceinte médiévale

 

Historique & Histoire 

 

 

BONNEVAL ET SON ABBAYE AU MOYEN AGE

texte de Sidoisne Albert, publié en 1939 la première fois ( tombé dans le domaine public et  disponible  ici sur Gallica ),  très légèrement modifié par montjoye.net

C’est avec le IXe siècle que commence réellement l'histoire connue de Bonneval; c’est alors qu’apparaît pour la première fois le nom de notre ville : Bona Vallis.

 

Abbaye Saint-Florentin de Bonneval, ancienne porte

 

L’abbaye de Bonneval fut fondée entre le 23 septembre et le 24 décembre 857, par un chevalier nommé Foulques, sous les auspices de Charles, roi de Provence, ou de Bour­gogne, arrière-petit-fils de Charlemagne. Elle prospéra rapi­dement et fut primitivement dédiée aux saints Pierre et Marcellin, martyrisés à Rome en 299. Peu de temps après, Aurélien, plus tard archevêque de Lyon, mais qui n’était alors que simple abbé de Saint-Martin-d ’Ainay, en la même ville, voyant son abbaye en détresse, s’adressa à l’abbé de Bonneval, Ingelaire, et lui demanda des moines pour la restaurer. Il les obtint et quand, leur œuvre terminée, les religieux demandèrent à retourner à Bonneval, Aurélien, en récompense des services rendus, leur donna une partie des corps des saints Hilaire et Florentin, martyrisés à Suin, en Bourgogne, et dont il avait naguère pieusement recueilli les restes.

Les Bénédictins s’embarquèrent à Roanne, descendirent la Loire jusqu’à Orléans et de là regagnèrent à pied leur couvent. Il s’opéra tant de miracles sur leur parcours et les deux saints devinrent si populaires, que l’abbaye prit leur nom et même, dans la suite, ne fut plus connue que sous le seul vocable de Saint-Florentin. Tous les ans, on célébrait au monastère l’anniversaire de cette translation, le qua­trième dimanche après Pâques; c’était la fête des Corps- Saints, la plus grande solennité de notre ville jusqu’à la Révolution.

L’abbaye dut, dans ces temps, souffrir des invasions nor­mandes. Chartres fut ravagé en juin 858, février 886 et juil­let 911 ; il est plus que probable que Bonneval ne fut pas épargné.

Sous les premiers Carolingiens, le pays est administré par des comtes ou des ducs amovibles- comme ce Lambert, comte de Châteaudun, bienfaiteur de l'abbaye; puis tous ces offices deviennent inamovibles et héréditaires : c'est la féodalité. Vers le milieu du Xe siècle, domine dans nos régions le fameux  Thibault le Tricheur, aux origines inconnues, comte de Chartres, de Dunois, de Blois et de Tours; il fut lui aussi l'un des bienfaiteurs de Saint-Florentin.

A l’ombre du monastère, Bonneval est né et grandit ; il fait alors partie du comté de Dunois ; il y restera uni jusqu’aux premières années du XIIIe siècle, pour être alors rat­taché au comté de Chartres.

Le fils de Thibault, Eudes Ier (975-996), fut le grand res­taurateur de l’abbaye. Le comte Etienne-Henri, mort en 1102, fit encore davantage pour la prospérité de la ville grandissante lorsqu’il établit, vers 1095, avec l’assentiment des moines, le marché du lundi, qui a persisté jusqu’à nos jours.

XIIe siècle

Au XIIe siècle, siècle de ferveur et de foi profonde, l’Eglise toute-puissante va essayer d’adoucir des mœurs restées rudes et brutales.

A Bonneval, trois grands abbés y contribueront : Robert, vers 1100, restaurateur de la discipline ; Bernier, vers 1107, homme d’action, à qui nous devons sans doute la recons­truction de l’église abbatiale ou, à tout le moins, de la portion orientale; Ernaud, enfin, entre 1130 et 1158, ami de saint Bernard, dont il retraça la vie, auteur de divers traités sur des matières religieuses encore estimés aujour­d’hui.

Louis VI, par politique, s intéressa a notre abbaye. Le 14 septembre 1110, il la prend sous sa protection; en 1122, il est médiateur entre les religieux et Hugues du Puiset, vicomte de Chartres, qui abandonne ses prétentions abusives; ce qui n'empêcha pas le roi, quelques années plus tard, au cours «lune guerre contre le comte de Chartres, de s'emparer de Bonneval et de le brûler, à l'exception toutefois du cloître des moines.

En 1141, Louis VII interviendra à son tour et arrêtera les empiétements d’Ebrard  du PUISET sur les terres et les droits de l’abbaye.

Entre temps, les comtes de Chartres traitaient avec les Bénédictins de Saint-Florentin. En 1118, Thibault IV recon­naît que le marché a été concédé à son père par les moines et que lui-même n’a d’autre justice à Bonneval que celle des quatre cas : meurtre, viol, incendie, trésor trouvé et recélé. En 1131, les religieux lui concèdent, moyennant un cens, un terrain pour se construire une maison, qui d’ailleurs recevra des agrandissements en 1210; cette maison, la Salle au Comte, a disparu; mais, sur la Grève, où elle s’élevait, subsiste toujours le souvenir du Vieux Château.

Au nord de Bonneval, sur le bord du grand chemin, s’éle­vait une maladrerie dédiée à Saint-Jean-l’Evangéliste, Saint- Leu et Saint-Gilles ; le premier « maître et administrateur » connu se nommait Martin, en 1181. Les comtes de Chartres en furent les bienfaiteurs insignes ; en 1183, Thibault V octroya aux lépreux 100 sols de rente annuelle sur la bou­cherie de Bonneval et, en 1189, une foire qui devait durer trois jours et que Jean de Châtillon, en 1262, prolongea de trois jours encore, témoignage évident de l’activité des tran­sactions à cette époque. C’est notre foire actuelle du 1er sep­tembre, qui, jusqu’à la Révolution, se tint sur les terrains de la maladrerie, vers Pulois.

 

XIIIe siècle, le siècle dit de Saint-Louis.

La fin des guerres privées, le grand mouvement des croisades ont permis au commerce et à l’industrie d’atteindre à un haut degré de développement et de richesse. A Bonneval, la pros­périté générale se manifeste par la construction de solides maisons de pierre, dont le Dauphin, la Lanterne, les Trois- Rois, le Cheval-Blanc sont restés les témoins; les nobles d’alentour y ont leur maison de ville. L’église Notre-Dame s’achève. Les marchands de Bonneval ont leur place à la célèbre foire du Lendit de Saint-Denis, tandis que le quar­tier Saint-Michel se peuple d’artisans, tanneurs, corroveurs, cardeurs, tisserands, foulons, potiers, ce qui nécessite l’exten­sion de l’enceinte fortifiée; sept portes y donnent accès : portes Chartraine, Hérisson, de la Grève, d’Entre-Deux- Ponts, Saint-Michel, Coustière et porte Blanche, aujourd’hui porte Boisville. Il nous reste de ce temps la porte Saint- Michel ou Saint-Roch avec les deux ponts qui la précèdent, quelques tourelles, dont la tour du Roi, qui était le donjon et servait de prison.

Une nouvelle classe est née, celle de la bourgeoisie; elle aspire à une place dans l’Etat. Les féodaux, dont les inté­rêts sont liés à la prospérité économique de leurs sujets, leur octroient, non pas des chartes de franchise comme dans le nord de la France, mais des chartes copiées sur les fameuses coutumes de Lorris, qui, spécifiant les droits et devoirs réciproques des parties, mettaient un frein à l’arbi­traire. proqucs des parties, mettaient un frein à l'arbitraire. C'est ainsi qu'en juin 1265, Jean de Châtillon, comte de Chartres et de Blois, pacifiant par un accord général ses différends avec les moines de Saint-Florentin, y insère toute une suite de dispositions judiciaires, militaires, financières et adminis tratives réglant le statut des bourgeois de Bonneval et il ajoute qu'il veut, volo, que ceux-ci aient copie, s'ils le jugent à pro pos, des articles qui les concernent spécialement.

 

Cette bourgeoisie aisée a aussi le désir de s’instruire. Ne soyons donc pas étonnés de rencontrer, en novembre 1262, un maître Olivier, « rector » des écoles de Bonneval, alors qu’il donne aux religieux, pour un anniversaire, plusieurs maisons, dont la maison des Ecoles, située rue aux Prêtres, aujourd’hui Général-Ferron, et qui lui venait de sa femme.

L’abbaye de son côté prospérait; ses immenses domaines étaient mis en valeur. Sous l’abbé Girard, vers 1202, ce ne sont qu’acquisitions de toutes sortes.

En novembre 1256, le roi saint Louis prend le monastère sous sa protection; il sera à Bonneval au mois de janvier 1270, l’année même de sa mort.

Au mois de juillet 1286, Jeanne de Cliâtillon, comtesse de Chartres et de Blois, veuve de Pierre de France, fils de saint Louis, vendait à son neveu, Philippe le Bel, son comté de Chartres et sa terre de Bonneval, c’est-à-dire sa dot, pour

  1. livres tournois de rente annuelle, plus une somme de livres tournois à déduire de sa dette envers le roi.

Jeanne mourut le 29 janvier 1292; l’avant-veille, elle avait dicté son testament, par lequel elle faisait de grandes libé­ralités aux pauvres de ses domaines; elle laissait, entre autres, 100 livres à l’Hôtel-Dieu de Bonneval, qui apparaît pour la première fois; il était alors situé au bout du grand pont de Saint-Jacques, entre le grand chemin et le gué, qui, pour cette raison, fut longtemps appelé le gué de la Vieille- Aumône.

Le roi Philippe IV était à Bonneval le 14 janvier 1301. Il avait apanagé sa nouvelle acquisition, le 23 juin 1293, en faveur de son frère, Charles de Valois, qui mourut le 16 décembre 1325; son fils Louis lui succéda à Chartres et à Bonneval. A la mort de Louis, arrivée en 1329, ses biens passèrent à son frère Philippe VI et furent ainsi réunis de nouveau à la couronne pour deux siècles environ.

 

DE LA GUERRE DE CENT ANS AUX GUERRES DE RELIGION

 

 

Porte Saint-Roch, Donjon, Tour du Roi, Bonneval

Une des portes ( celle de Saint-Roch ) qui défendait la ville de Bonneval avec le donjon, dite la tour du roi, plus au fond à droite.

 

XIVe

Avec l’avènement des Valois, vont commencer les années d’épreuves ; le règne du roi Jean fut particulièrement désas­treux. La mauvaise gestion des finances nécessita la réunion à Paris des états généraux, en décembre 1355. Après la défaite de Poitiers, le 19 septembre 1356, un grand désordre s’ensuivit, à la faveur duquel des bandes armées parcou­rurent le pays. Dès janvier 1357, Philippe d’Evreux, frère du roi de Navarre, s’était avancé du Cotentin jusqu’à Chartres et Bonneval, dévastant tout sur son passage. A la fin de l’année, une bande de routiers, encore plus redou­tables, tenait toute la région entre la Seine et la Loire, cou­pant les communications, forçant les villes, dont fut Bonne­val, et les livrant au pillage. Puis c’est Edouard III lui- même qui descend d’Angleterre et s’avance jusqu’à Chartres, Bonneval et Vendôme, tandis que son fils négocie la paix qui sera signée à Brétigny, le 8 mai 1360.

La contrée n’en fut point pacifiée pour cela, car nous voyons Jean sans Peur, duc de Bourgogne, assiéger le château de Poireux, le 25 juillet 1364, et s’en emparer le len­demain. En 1370, un autre aventurier, Robert Knolles, parti d’Angleterre, ravage tout le nord de la France ; Bonneval éprouva probablement sa fureur. Charles Y lança à sa pour­suite le connétable Bertrand du Guesclin et Jean de Vienne, grand amiral de France ; ce dernier passait à Bonneval une revue de troupes, le 11 octobre 1370. Le roi avait cependant donné à la ville un capitaine, Pierre Séquart, contre quoi d’ailleurs les religieux réclamèrent, comme attentatoire à leurs droits ; satisfaction leur fut donnée le 18 mars 1377.

Enfin, en juillet 1380, Thomas, duc de Buckingham, der­nier fils d’Edouard III, tentait encore une expédition en France, parcourait la Beauce et s’emparait de Bonneval au passage. Quelques années de tranquillité suivirent ; le 21 octobre 1391, le roi Charles VI traversait la ville. La sourde rivalité des princes allait tout gâter.

L’Assassinat du duc Louis d'Orléans à Paris en 1407, dressa les factions face à face. Le roi voulut les calmer. Venant  de Tours, il arrive à Bonneval le 10 février 1409, y couche et repart le lendemain pour Chartres où il a convoqué le duc de Bourgogne et les enfants du duc d’Orléans ; à sa demande, ils jurent la paix; paix précaire qui provoqua des mur­mures et des mécontentements et, dès lors, on pouvait pré­voir des troubles graves.

Les Bonnevalais, alarmés, songèrent à assurer leur sécu­rité. L’enceinte du XIIIe siècle englobait, nous l’avons vu, ce qu’on appelait alors le fort Notre-Dame et le fort Saint-Michel; sa trop grande étendue la rendait vulnérable. Déjà les habitants du fort Notre-Dame avaient obtenu de Charles V la permission de se séparer du fort Saint-Michel; un fossé avait été creusé, l’actuel fossé du Mail, et peut-être un mur construit. Ils songent maintenant à compléter ces défenses et à élever une porte munie de tours. Les habitants du fort Saint-Michel, soutenus par les religieux et le duc d’Orléans, s’y opposent et en appellent au Parlement de Paris; des mandements royaux des 24 juillet 1410 et 4 sep­tembre 1411 nous montrent qu’à cette époque les travaux étaient suspendus. Ils furent repris cependant et, sous l'im­pulsion de Geoffroy de Givais, pour lors prévôt royal, menés à bonne fin. La porte de la Tranchée sépara dès ce moment les deux forts; au XVIe siècle, on l’appelait porte Saint- Michel; c’est aujourd’hui la porte Saint-Roch.

 

XVe

A Paris, les excès des Cabochiens, amènent une réaction, à la faveur de laquelle les princes rentrent dans la capitale; devant l'invasion anglaise, on en vint à signer la paix, le 4 septembre 1414, ce qui n'empêcha point le désastre d'Azincourt, 25 octobre 1415, ni plus tard, en août 1417, Henri V d'envahir la Normandie. D'ailleurs, le duc de Bourgogne intriguait toujours.

En juin 1417, la reine avait été reléguée à Tours; il vient à son secours. Le 31 octobre, il couche à Bonneval; en repart, délivre Isabeau de Bavière et la ramène à Chartres, eu passant par notre ville, où tous deux séjournent les 7 et 8 novembre; « et avoit la Royne, dit un vieux chroni queur, quatre chariots en sa compaignie de dames et damoiselles, et si avoit tant seulement avec elle ung chevalier, nommé messire Robert de Cyne ». Les Bourguignons rentrent à Paris le 29 mai 1418. Le dauphin s'enfuit et la guerre civile recommence. Les troupes delphinales, aidées d'un contingent écossais, reprennent Bonneval. avant le 16 avril 1419.

L'assassinat de Jean sans Peur, le 11 septembre de cette même année, conduisit au traité de Troyes, signé le 21 mai 1420, qui livrait la France au roi d'Angleterre. Celui-ci dut rejoindre Bonneval peu de temps après, avant de retourner à Londres. Profitant de son absence, le dauphin bat son frère, le duc de Clarence, à Baugé, le 23 mars 1421, s'avance jusqu'à Chartres et Gallardon, en juillet, et s'empare de notre ville. Henri V revient précipitamment, fonce sur les Français et. on passant, assiège Bonneval, qui se rend à composition, sur la fin du mois d'août 1421.

Après la signature du traité de Troyes dans la Cathédrale de Troyes le 21 mars 1420, le roi d’Angleterre s’en empare à son tour. Henri V enfin, devant un retour offensif du dauphin, assiège Bonneval, qui se rend à composition à la fin du mois d’août 1421.

Charles d’Orléans, par ses lettres du 10 octobre 1422, auto­rise les sergiers de Bonneval, vu la désolation de leur ville, à exercer leur métier à Orléans, tout au moins pendant deux ans.

En avril 1425, le comte de Foix fait bien une tentative contre les Anglais ; il arrive jusqu’à Bonneval, mais se retire aussitôt sans autre résultat que de gâter un peu plus le pays ; tandis que les 4, 6 et 8 juillet 1426, le comte de Warwick passe des revues de troupes dans notre ville. Pour nous débarrasser des ennemis, il faudra la délivrance d’Orléans et l’épopée de Jehanne la bonne Lorraine. C’est d’ailleurs en Angleterre que sévit maintenant la guerre civile, la guerre des Deux Roses. Charles VII, petit à petit, reprend possession de son royaume. Des temps nouveaux vont s’ou­vrir ; la France renaît, respire et s’organise.

Nous voyons les habitants, dans leurs assemblées, délibé­rer sur les affaires de la ville ; ils délèguent leur autorité à quatre échevins, « les quatre de la ville », qui surveillent l’emploi des revenus.

L’abbaye se relève avec peine. A la fin du XVe siècle, l’abbé René d’Illiers, évêque de Chartres, construit le logis abbatial sur des soubassements du XIIIe.

Louis XI signa des lettres à Bonneval les 1er juillet 1462, 4 juillet 1467, 13 août 1478, 3, 4 et 24 juillet 1481 ; il fit plusieurs séjours à Meslay et  Donjon du Château d'Alluyes.

 

XVIe

Louis XII et la reine Anne traversèrent la ville le 9 mars 1505. Sous François Ier, le duché de Chartres et la châtelle­nie de Bonneval furent de nouveau apanagés et, cette fois, en faveur de Renée de France, seconde fille de Louis XII, à l’occasion de son mariage avec Hercule d’Este, duc de Ferrare, le 28 juin 1528.

Le 10 avril 1532, la reine Eléonore, seconde femme de François Ier, fit son entrée à Bonneval; à cette occasion, elle délivra trente prisonniers. Elle y repassa une autre fois avec le roi, qui était accompagné de ses enfants : le dau­phin, les ducs d’Orléans et d’Angoulême, les princesses Madeleine et Marguerite et de nombreux seigneurs; ils arri­vèrent le 9 décembre 1534 et repartirent le lendemain pour Illiers. Le roi visitera encore la ville le 26 mai 1545.

Le début du XVIe siècle connut une nouvelle éclosion de prospérité générale ; de cette époque datent le Chapeau- Rouge, la Sirène, le logis des Coulons. La flèche du clocher fut refaite en vertu d’un marché passé le 8 février 1522.

Cette prospérité fut bientôt détruite par les guerres de religion, qui éclatent en 1562. Lors de la première, Orléans étant aux mains des protestants, ce fut, par notre ville, un incessant passage de troupes allant de Paris sur la Loire, ce qui ne se fit pas sans déprédations de toutes sortes. Cathe­rine de Médicis date une de ses lettres de Bonneval, le 9 août 1562.

Après quelques mois de tranquillité, les hostilités recom­mencèrent en 1567. Au mois de mars 1568, Condé met le siège devant Chartres et dévaste les environs ; notre abbaye fut en partie brûlée. La paix se fit à Lonjumeau, le 23 mars 1568.

La guerre s’éloigna de notre région pour plusieurs années et gagna le midi ; mais en 1575 nouvelle alerte. Le duc d’Alençon, frère du roi et chef du nouveau parti des « Poli­tiques », s’évade de la Cour le 15 septembre. Le duc de Nevers est envoyé à sa poursuite et séjourne à Bonneval du 27 septembre au 4 octobre, sans pouvoir aller plus loin, arrêté par les négociations de la reine-mère. Bien qu’il tînt la main à la discipline, le pays n’en fut pas moins « foulé » par ses troupes.

Un danger bien plus redoutable allait d’ailleurs, onze ans plus tard, menacer la ville. Une armée allemande, levée par les protestants et forte de 35.000 hommes, chiffre énorme pour l’époque, envahit la France, en août 1587, traverse la

Lorraine et la Bourgogne se dirigeant sur  la Charité sur Loire pour rejoindre les protestants du midi. Elle trouve le passage barré; les chefs décident de descendre la rive droite de la Loire, vers les riches plaines de la Beauce. Le roi, à la tête d’une armée, les suit sur la rive gauche. Le 12 novembre, et 11 novembre : campe à Bonneval, d’où il négocie avec les Suisses de l’armée ennemie, escomptant une victoire facile sur les reîtres affaiblis, qui sont maintenant arrivés à Auneau; mais le duc de Guise, plus rapide, les surprend et les écrase le 24 novembre, se posant ainsi en sauveur du pays.

Le roi, à son retour à Paris, fut froidement accueilli. Les

  1. et 13 mai 1588, les barricades s’élèvent. Henri III se retire à Chartres ; après un court voyage à Rouen, il y revient le 28 juillet, pour en repartir, accompagné de son rival, vers Blois, où se doivent tenir les états généraux. Il repasse à Bonneval, le 29 août 1588, et y couche ; les deux reines sont du voyage. La suite est assez connue : l’assassi­nat des Guise, le 23 septembre, les excès de la Ligue, l’alliance avec le roi de Navarre, le 30 avril 1589. Le succès couronna les efforts des deux rois. Tout d’abord, les Pari­siens furent battus devant Senlis et, le 18 mai 1589, il se livra, au nord de Bonneval, vers Vitray, un âpre combat, qui eut un grand retentissement à l’époque. Les ligueurs étaient commandés par Saveuse, gentilhomme picard; les royalistes par Sourdis, Châtillon, fils de Coligny, et Sully lui-même. La lutte fut sanglante et acharnée; les ligueurs furent vaincus. Saveuse blessé, emmené à Beaugency, refusa de se laisser panser et préféra mourir; son fils, devenu plus tard seigneur de Mémillon, fit élever à sa mémoire une croix, à l’angle de la grand ’route et du chemin de Luplanté ; la croix a disparu, mais le terroir a conservé son nom : la croix de Saveuse.

Le 2 juin suivant, le sieur de Marolles, maréchal de camp de l’armée du roi de Navarre, partit de Bonneval vers Char­tres et surprit, à la porte des Epars, deux compagnies de chevau-légers, qu’il fit prisonnières.

Henri III est assassiné à Saint-Cloud le 1er août 1589. Peu de temps après, Henri IV s’empara de Bonneval et, par arrêt du 23 octobre de la même année, y transféra toutes les juridictions de Chartres, bailliage, présidial et autres; elles y restèrent jusqu’en avril 1591, c’est-à-dire jusqu’à la prise de Chartres par le roi.

Entre temps, le 14 décembre 1589, Bréhainville, gouver­neur pour la Ligue à libers, avait tenté un coup de main sur Bonneval; il tombe dans une embuscade où il est tué.

Le 10 février 1591, Sourdis, gouverneur de Chartres, char­geait le régiment d’un nommé La Croix, composé de plus de trois cents hommes, en tuait quelques-uns et s’emparait du reste en un village entre Chartres et Bonneval. Ce fut, ici, le dernier épisode des guerres de religion.

 

XVIIe ET XVIIIe SIECLES

Maison du Cheval Blanc

Maison dite du Cheval Blanc

Le calme renaissant, on répara les ruines ; l’abbé de Bon­neval s’y employa de son mieux. C’était alors Renaud de Beaune, ancien curé de Saint-Sauveur, archevêque de Sens et grand aumônier de France; c’est lui qui avait reçu, le 25 juillet 1593, l’abjuration du roi. Enfin, le 14 mars 1597, Claude Mallier, seigneur du Houssay (aujourd’hui Montboissier), et Marguerite Lionne, sa femme, constituaient, au profit de la ville, une rente de cent écus pour la fondation d’un collège, qui fut installé dans la maison du Colombier, maintenant la poste, et qui ne fut supprimé que le 6 novem­bre 1825, sauf interruption pendant la Révolution.

Vers la mi-octobre 1605, Marguerite de Valois, première femme de Henri IV, fuyant Paris et la contagion, arrivait à Bonneval, où elle tomba malade; elle y resta deux semaines, logée à l’hôtellerie du Cheval-Blanc, maintenant numéro 3 de la rue Hérisson.

Le 26 septembre 1619, c’est Louis XIII qui traverse la ville avec sa mère, Marie de Médicis; le lendemain, suivent son frère Gaston et sa sœur Henriette, future reine d’Angleterre, qui passent la nuit à YOrme de Paris.

Par contrat du 26 août 1623, Louis XIII dégagea Chartres et Bonneval des mains du duc de Nemours, petit-fils de Renée de France, et les réunit, en 1626, à l’apanage de son frère Gaston; ils resteront dans la maison d’Orléans jusqu’à la Révolution.

Les troubles de la Fronde, qui illustrèrent la minorité de Louis XIV, eurent leur écho à Bonneval. Le duc de Beau- fort, le fameux « roi des Halles », y séjourne le 21 février 1652 et y installe même son quartier général ; ses troupes indisciplinées pillent et ravagent la contrée. Une calamité d’un autre genre allait encore accabler la ville ; le 21 février 1665, une terrible inondation, emportant ponts et maisons, ravinant les rues, envahissant les églises, laissa derrière elle des dégâts et des ruines, qui ne furent que très lentement réparés.

Louis XIV est à Bonneval en septembre 1682 ; le 6 sep­tembre 1685, il s'arrête sous les halles. Il allait d’ailleurs rendre à la ville un service signalé. Par édit de décembre 1672, sous l’impulsion de Louvois, toutes les maladreries, Hôtels-Dieu et autres lieux pieux du royaume avaient été confiés aux chevaliers des ordres de Notre-Dame du Mont- Carinel et de Saint-Lazare de Jérusalem. Après une expé­rience désastreuse, qui dura plus de vingt ans, au cours de laquelle les chevaliers négligèrent complètement leurs devoirs hospitaliers pour ne songer qu'à leurs intérêts per­sonnels, l’édit de mars 1693 leur enleva tous ces établisse­ments. Les maladreries, devenues inutiles, faute de lépreux, furent réunies aux hôpitaux voisins. C’est ainsi que, par lettres-patentes du roi, délivrée en décembre 1696, la mala- drerie de Saint-Gilles était unie à l’Hôtel-Dieu de Bonneval qui, l’hospitalité y étant rétablie, hérita de tous les domaines et revenus de l’établissement supprimé. C’est encore aujour­d’hui le plus beau fleuron de son patrimoine.

La famine de 1694, le rigoureux hiver de 1708-1709, l’inon­dation du 17 février 1711 signalent tristement la fin du grand règne ; mais la prospérité générale que l’on constate partout au xviii6 siècle, allait aider la ville à se relever de tant de désastres. Au point de vue économique, la cons­truction de la grand ‘route, commencée en 1759 et poursuivie avec plus ou moins d’activité dans les années suivantes, lui procurait un avantage fort appréciable; le pont de l’Isle, si remarquable, date de cette même époque. Au point de vue politique, une autre amélioration allait répondre aux aspi­rations de la nation en général. Jusqu'alors, à Bonneval, le prévôt royal, agent de l’Etat, avait une action prépondé­rante. Son autorité fut diminuée.

 

 LA REVOLUTION jusqu'en 1940

Le 1er mars 1789, l’assemblée générale des habitants rédi­geait son cahier de doléances. Dans la nouvelle organisation de la France, Bonneval perdait sa prévôté royale et deve­nait chef-lieu d'un canton du district de Châteaudun. La Révolution y fut calme et n’v fit point de victimes.

Un décret de la Convention Nationale, en date du 26 juil­let 1793, autorisait le citoyen Clavaux et sa société à ouvrir un canal pour joindre les rivières d’Eure et de Loir. Ce projet resta lettre morte, comme tous ceux qui l'avaient précédé.

Le grand élan qui en 1792 entraîna les Français vers les frontières menacées, ne trouva pas Bonneval indifférent. De nombreux volontaires partirent, dont beaucoup ne revin­rent pas.

Sous l’Empire, Napoléon Ier traversa Bonneval à quatre reprises, notamment le 30 juin 1815, sur le chemin de l’exil.

L’abbaye avait été vendue, en 1793, comme bien national, à Pierre Dutartre, qui y installa une filature de coton; cette manufacture fonctionna: pendant la Révolution et l’Empire. Cédée à Alexandre Dufrayer, elle périclita et le matériel fut mis en vente au mois de juillet 1820. Elle fut alors rem­placée par une fabrique de tapis et couvertures avec impres­sions sur étoffes, sous la raison sociale Demenou et Cie; établissement éphémère, qui ne dura que de 1820 à 1825.

Le 13 mai 1827, Dutartre vendait le domaine au marquis d’Aligre, qui, le 16 mai 1828, l’échangeait avec le départe­ment contre l’ancienne abbaye de Josaphat, sous condition de faire de Bonneval « un établissement utile à l’huma­nité ». Après quinze ans d’oubli, le Conseil général, dans sa session de 1843, décida d’y installer une colonie agricole pour les enfants abandonnés; l’institution ouvrit ses portes en avril 1845 et ne les ferma qu’en 1861, pour faire place à l’asile d’aliénés, devenu l’actuel hôpital psychiatrique, avec ses nouvelles constructions sur l’ancien verger des moines et ses services neufs et modernes. Signalons en passant l’inauguration du chemin de fer Paris - Vendôme en 1865.

Cinquante-cinq ans s’étaient écoulés depuis les événe­ments de 1815; de nouveau Bonneval allait connaître les tristesses de l’invasion. Après leurs écrasants succès dans l’est, les Allemands arrivent, le 18 octobre 1870, devant Châteaudun, qui fut pris et brûlé. Le surlendemain, 20 octobre, Bonneval les voyait défiler se portant sur Chartres. Puis, quelques éclaireurs alertèrent de temps à autre la popula­tion ; Coulmiers, le 9 novembre, nous en débarrassa. Ils n’étaient pas loin cependant, car, le 18, le Perruchay flambe et le 27, un corps d’armée, sous le commandement du grand- duc de Mecklembourg, se présentait, arrivant de l’ouest. Pour se venger de quelques coups de fusil, partis des bois, l’ennemi livra au pillage les immeubles dont les habitants avaient fui; la Louveterie et une maison voisine sont incen­diées et, le lendemain, un Bonnevallais, surpris cachant son fusil, est passé par les armes. Après Loigny, le 2 décembre, de nombreux blessés furent soignés à Bonneval. Puis le théâtre des hostilités se déplaça vers Vendôme et Le Mans, qui vit l’irrémédiable défaite.

Quelques éphémérides encore : en octobre 1883, ouver­ture de l’Ecole primaire supérieure, aujourd’hui Collège d’enseignement général ; le 9 avril 1899, inauguration du tramway de Bonneval à Lèves et, le 28 juin 1908, inaugu­ration de celui de Brou, tous deux remplacés aujourd’hui par des cars départementaux. Fruits de la paix, témoins d’une ère de tranquille labeur et de prospérité croissante dont on ne voyait- point la fin. Et cependant des jours d’épreuves sans précédents dans notre histoire allaient fondre sur la petite cité.

La grande guerre de 1914-1918 lui enleva la fleur et l’élite de sa population. De nombreux blessés furent soignés dans ses hôpitaux ; les tombes s’alignent au cimetière. Sur le Mail, un monument s’élève, œuvre du sculpteur Charpen­tier; il fut inauguré le 16 juillet 1922. Aux cent vingt-huit mentions qui s’y inscrivent et nous disent tout l’héroïsme des enfants de Bonneval se sont ajoutés les trente-quatre noms de ceux de la guerre 1939-1945, soldats, déportés, résis­tants, qui ont lutté pour le triomphe de la Justice et du Droit, et sont morts pour la défense de la Patrie.

Lors de la seconde guerre mondiale, elle est libérée le 15 août 1944, avec l'arrivée des premiers soldats de l'armée du général George Smith Patton, Jr.

 

 

Source : texte de Sidoisne, Albert (1869-1943). Publié  le 1er septembre 1939. Légèrement modifié.

 

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