Eglises & Abbaye de Ferrières en Gâtinais, Notre-Dame-de-Béthléem, Saint-Pierre-et-Saint-Paul.

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La vallée de la Cléry était connue pour l’exploitation du minerai de fer plusieurs siècles avant J-C. C’est cette particularité qui fit donner le nom de Ferrières en référence au minerai de fer.

Mais c’est surtout au IIIe siècle après J-V que naît Ferrières d’après une légende populaire, en effet trois moines missionnaires venues de la ville de Sens, afin d’évangéliser les païens, firent halte à Ferrières. A l’un deux vit apparaitre une vision sur la naissance de Jésus à Bethléem…ni une ni deux, Potentien s’écria “C’est ici un nouveau Bethléem !. De ces trois missionnaires on retiendra trois noms : Saint Altin, Saint Potentien et Saint Savinien. Ce fait miraculeux fut mentionné dans une charte de Clovis Ier (465-511), et dans un livre écrit par Loup, abbé de Ferrières, en 850. Le pape Grégoire XV le consacra dans une bulle de 1622.

Une petite chapelle, dédiée à Notre-Dame de Bethléem, fut édifiée afin de convertir les habitants. De nombreux pèlerins vinrent sur le sanctuaire.

Vers 451, les Huns d’Attila ravagent la chapelle et massacrent 400 habitants venues s’y réfugier. Les Huns d’Attila après avoir quitté Orléans et sa région seront mis en déroute plus tard vers Troyes avec l'arrivée d'Aetius, généralissime de l'Empire d'Occident.  

Clovis Ier aurait par la suite construit une basilique sur l’emplacement de la chapelle, avant même qu’il ne se convertisse au christianisme. Notre-Dame de Bethléem, fut parait-il très apprécié de la reine Clotilde, l’épouse de Clovis, fut agrandie sous la dynastie mérovingienne, néanmoins tout cela fut peut-être inventé par un moine au XIVe.

Cependant le massacre de la population fut corroboré par des fouilles en 1896, avec la découverte de restes de corps calcinés et de traces de bois brûlés, même si cela pourrait provenir de la Guerre de Cent-Ans.

620, l’abbaye est probablement fondée par le roi Dagobert et Vandelbert, moine poitevin, ce dernier va faire édifier le couvent Saint-Pierre et Paul obéissant à la règle bénédictine.

752, selon les récits Pépin le Bref y vécu un événement qui a marqué les esprits de l’époque dans lesdites « arènes de Pépin le Bref ».

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Arènes de Pépin le Bref à  Ferrière en Gatinais

 

Selon Saint-Gall, chronique écrite en 884, donc un peu plus d’un siècle après les faits, raconte une histoire de la vie de Pépin le Bref : dans les arènes, encore existant en partie, il aurait lancé un défi « "Qui de vous oserait les séparer ? » en montrant le combat d’un lion et d’un taureau. Personne ne voulant s’y risquer, Pépin le Bref aurait alors sauté dans l’arène et tuer le lion et le taureau et s’écria : « Ne suis-je pas digne d’être votre seigneur ? ».

754, 28 juillet, Pépin le Bref, selon la légende, a été sacré roi à Ferrières en Gâtinais, par le Pape Etienne II, il était le fils de Charles Martel et le père de Charlemagne. Mais rien ne dit aujourd’hui que l’Abbaye fut Abbaye Royale sous Pépin le Bref.

793, Charlemagne donne à Alcuin , moine irlandais, l’abbaye. Ce dernier va la transformer en école monastique qui eut le surnom de «  la nouvelle Athènes » en référence à l’excellence de la formation instruite dans le centre monastique.

Cette évolution va permettre à l’Abbaye d’entrer dans une ère de prospérité. De ces nombreux élèves venus de tout l’empire on peut noter Saint Adon, qui devint archevêque de Vienne et écrivit des livres de sciences humaines et plusieurs abbés devenus des maîtres, fondateurs d'abbayes.

821, Adalbert, issu de la formation d’Alcuin, va permettre d’être à la pointe de l’astronomie de l’époque. Tandis que Sigulfe, également élève d’Alcuin, va remplacer ce dernier à la tête de l’abbaye. Ils furent tous deux maîtres de l'école palatine à Aix la Chapelle.

Edification de la Basilique se fait sous Saint Aldric, disciple également de Alcuin. Il fut nommé par Louis le Pieux en 821 abbé de Ferrières, il fit respecter alors l’ordre de Saint Benoît.

Après sa nomination il édifia la basilique carolingienne, sur les plans que l’église actuelle a repris, avec une certaine similitude avec la rotonde octogonale de la Basilique

C'est à cette époque que fut édifiée la basilique carolingienne sur le plan de laquelle s'élève l'église actuelle. La particularité de l'édifice est liée à sa rotonde octogonale construite sur le modèle de celle d'Aix-la-Chapelle. Il fit construire également un étang afin de permettre aux moines d’y pêcher des poissons, assurant leur indépendance nutritive.

829, le 6 juin, Aldric est nommé Archevêque de Sens par Louis le Débonnaire, mais il fut à sa mort tout de même inhumé à Ferrières.

840, Loup Servat devient Abbé de Ferrières.  Né à Ferrières en 805, il étudia dans l’école du monastère jusqu’à 25 ans, puis Aldric l’envoya en Allemagne afin d’étudier à Fulda. Il donna également des cours de lettres grâce à laquelle il acquit une grande renommée. À son retour au royaume des Francs, il devint précepteur du dauphin Charles, futur Charles le Chauve. Relation qu’il garda longtemps avec qui il pouvait se permettre de lui donner des conseils comme « Parvenu à l'âge d'homme, défaites-vous des puérilités passées... ».

Il fut nommé Abbé de Ferrières et permis au monastère d’être un lieu important de science et de la civilisation européenne. Il mit en place une école de copiste de manuscrit afin notamment de rééditer certains ouvrages comme celui de Cicéron, les « commentaires » de César. Il fit même envoyer des moines de Ferrières à Rome afin d’y ramener des ouvrages antiques. Il permet aussi la création d’un atelier d'orfèvrerie.

852, l’abbé fait recouvrir l’abbatiale d’une toiture en plomb venu tout droit d’Angleterre, elle tiendra jusqu’à la guerre de Cent-Ans.

862, l’abbé meurt après avoir été l’un des précurseurs dans la recherche et le développement littéraire Antique, c’est grâce à ces personnages que nombreux textes antiques nous sont parvenus aujourd’hui.

IXe siècle, si le sacre de Clovis ou de Pépin le Bref n’est pas validé aujourd’hui historiquement, il eut tout de même deux sacres des rois à Ferrières, malgré leur règne très bref.

Le 4 septembre 879, grâce au soutien des grands de Francie occidentale dont Bernard d'Auvergne, Hugues l'Abbé, Boson de Provence et Théodoric de Vergy, le couronnement et le sacre de Louis III et de son frère cadet Carloman II sont célébrés en hâte dans l’église abbatiale Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Ferrières, près de Montargis, par l’archevêque de Sens Anségise.

Malgré sa victoire sur les Normands en 881, cela n’empêche pas à Louis III de décéder le 5 août 882 vers 18 – 20 ans après avoir pris un linteau de porte en pourchassant par jeu une certaine Germonde. Charles VIII en 1498 le rejoint quelques siècles plus tard dans les rois morts par linteau de porte….

884, le deuxième roi couronné à Ferrières meurt d’un accident de chasse le 12 décembre. Ils furent probablement inhumés d’abord à Ferrières avant de l’être à Saint-Denis où deux tombeaux les représentent de manière représentative, avec la particularité pour Carloman d’être imberbe.

937, les Hongrois dévastent le Gâtinais, laissant par la suite aux petits seigneurs de prendre des terres à l’Abbaye, au nord pour le comte du Gâtinais et à l’Est pour le comte de Sens en 960.

997, Abbon, abbé de St-Benoît, écrivit au pape Grégoire V pour lui signaler les agissements du comte de Château-Landon qui ravageait les possessions de l'abbaye de Fleury sur Loire. Dans sa lettre, il évoquait Ferrières : "Au reste, je demande à votre Sainteté que vous vous souveniez des choses que le comte Foulques vous a fait savoir par mon intermédiaire : à savoir qu'il préfère restaurer des vieux monastères détruits plutôt que d'en fonder entièrement des nouveaux. Et cela fait allusion, bien qu'il soit devenu inutile et tout à fait dépeuplé, au monastère St-Pierre de Ferrières, voisin de nous, rendu très remarquable dans les temps anciens par la générosité des rois, et dépendance de l'Eglise romaine, mais maintenant tellement rongé par ses vassaux qu'à peine il resterait quelque chose pour faire vivre un très petit nombre de frères."

1068, après avoir été ruinée par les seigneurs du Gâtinais, le domaine entre dans le domaine royal sous Philippe Ier.

1070, abolition des charges, par le roi, imputées à l’abbaye par les seigneurs du Gâtinais.

1137, reconstruction de la basilique Saint-Pierre par L'abbé Amaury .

1163, elle est consacrée par le pape Alexandre III. Chassé de Rome par les révoltes, ce dernier résidait alors à Sens. La cérémonie fut grandiose : selon Dom Morin "La foule des pèlerins fut si grande que le nombre de mangeants et de beuvants se monta à plus de 20000"

1359, jusqu’à la Guerre de Cent-Ans retrouve une prospérité même si elle n’égala pas l’époque Carolingienne. Fin octobre, une autre troupe, venue de Châteauneuf sur Loire par Châtillon sur Loing, commandée par Robin Knowles s’installe à Chantecoq. Ferrières est obligée de payer une rançon, accordée par Charles V, au nom de Jean II le Bon alors prisonnier à la Tour de Londres, le 9 février dans laquelle le roi accepte la rémission de Ferrières afin de protéger la ville et les alentours des pillages de Robin Knowles. Source : 1)

1421, les Anglais reviennent dans la région et s’installent à Ferrières jusqu’en 1427.

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Plan de Ferrières-en-Gâtinais au Moyen Âge (DAO D. Carron).

 

1427, Montargis occupée par les Anglais est assiégée par les troupes de Charles VII, dont le comte de Dunois, La Hire, Poton de Xaintrailles  en seront les vainqueurs. Le comte de la Marche décide avec les troupes et habitants de Montargis de délivrer les villes alentours dont celle de Ferrières. Les Anglais accepteront leur capitulation sous réserve d’avoir la vie sauve. Lors de leur départ ils mettront le feu à la chapelle de Notre-Dame de Bethléem qui se propagea à l’église Saint-Pierre. Ils seront massacrés dans le champ Saint-Macé puisque 2000 d’entre deux seront tués. Le toit en plomb ,d’origine anglaise, mis en place au IXe siècle a fondu lors du feu et une partie de la ville à brûlé.

1480, malgré la renaissance de l’Abbaye par l’abbé de Blanchefort en reconstruisant Notre-Dame de Bethléem et la reconstruction de l’église Saint-Pierre, le déclin de l’Abbaye au XVIe devint inéluctable.

1529, afin de se protéger des brigands et autres bandits de grand chemin, la ville laissée sans fortification depuis les Anglais, ils eurent l’accord de François Ier de reconstruire des murailles. Ils furent terminés sous Henri II.

1568, les Huguenots pillent la ville et la mette à feu et à sang pendant trois jours.   Dom Morin donne l'inventaire de ce qui fut dérobé : "( …) Un reliquaire de cristal fort exquis garni d'or donné par le roy Charles le Chauve en 851 dans lequel étaient des cheveux de la Sainte Vierge. La châsse de Saint Aldéric estimée à quarante mille francs qui en son fond était d'argent doré et toute couverte de riches pierres précieuses et de figures d'or massif(...) ". Les tombeaux des rois Carloman II et Louis III sont détruits également.

1569, les Huguenots reviennent à nouveau avec le chevalier du Boulay, qu'on appelait le "larron du Gâtinais» le 15 août. Dom Morin, qui avait été grand prieur de cette abbaye et presque contemporain de ces faits, raconte les supplices atroces que ces misérables firent subir aux pauvres religieux, avant de les égorger, pour leur faire avouer où ils avaient caché les objets précieux du trésor de la sacristie ; supplices bien inutiles, car l'armée de Condé qui avait pillé cette riche abbaye quelques mois auparavant, avait tout emporté ; ils étaient donc arrivés trop tard. Ce n'était plus, dit Dom Morin, " que des chacals après le repas du lion ". source : (2)

1581, la peste tue 300 habitants déjà peu nombreux.

1595, les troupes du Connétable de Castille demandent aux gardes de Ferrières de passer la nuit dans la ville en payant les dépenses. Probablement méfiant la ville refusa, néanmoins ils campèrent autour de la ville. Le lendemain ils proposent un tonneau de vin aux gardes qui saouls laissent entrer des troupes. Pendant sept jours la ville est pillée. source : (3)

1616, les reliques de Saint Aldric sont placées dans une châsse.

La Révolution Française achève l’abbaye de Ferrières.

1739, le clocher de plomb s’écrase sur la petite nef , si le clocher fut reconstruit ce n’est pas le cas de la petite nef.

Juste avant la Révolution Française, il ne reste plus que neuf moines, dont certains sont des Jansénistes ou d’autres deviennent Franc-Maçons.

1780 Plan de l'Abbaye de Ferrières, selon les recherches archéologiques : Plan de l’abbaye de Ferrières en 1780 (DAO D. Carron d’après l’aquarelle originale Arch. dép. Loiret 1 Fi 93).

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Plan de l’abbaye de Ferrières en 1780 (DAO D. Carron d’après l’aquarelle originale Arch. dép. Loiret 1 Fi 93).

 

1790, les vœux monastiques sont dissous, et chacun est libre de partir. La population s’oppose à la destruction des bâtiments et la municipalité réussit à en garder la possession.

1793, en plein terreur révolutionnaires républicaines, l’abbaye est pillée et l’église Saint-Pierre convertie de force en « temple de la raison », tandis que la chapelle de Bethléem sert de salle de danse et la chapelle paroissiale Saint-Eloy en fabrique de salpêtre pour la poudre à canon tandis que  la chapelle Saint-Fiacre sert de magasin à fourrage.

Par la suite l’abbaye est vendue à dame Duboutoir qui avec son fils vont détruire le palais abbatial, le grand cloître et les logis en 1810. Le massacre patrimonial se termine en 1830.

 

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