Jeanne d'Arc à Chinon

 

 
Avant sa rencontre avec Charles VII, elle logea dans une hostellerie probablement la ville forte de la cité médiévale. Par la suite après sa première rencontre avec le roi, elle est logée dans la tour du Coudray où elle subit un interrogatoire et une vérification physique de sa virginité par des dames de la cour, afin de s'assurer de son intégrité physique. A l'époque on pensait qu'une femme vierge ne pouvait être possédée par le "malin". Puis à son retour de Poitiers, elle retrouve le roi au château de Chinon, elle logea alors chez une " bonne femme" ( femme de bien ) juste à côté du château de Chinon.
Aujourd'hui il est impossible, à l'exception de la tour du Coudray, de savoir où fut logée Jeanne d'Arc dans la ville de Chinon. Mais une partie des maisons, hôtel et logis présents à son arrivée existent encore.

rue jeanne darc chinon

 Rue Jeanne d'Arc à Chinon. C'est par cette ruelle que Jeanne serait montée au château, elle aurait posée notamment son pied sur la margelle du puits en face de la Maison Rouge. 

 " J’arrivai sans empêchement auprès de mon roi. Étant au village de Sainte-Catherine de Fierbois, je commençai par envoyer au château de Chinon, où était le roi. J’y fus’ à midi et me logeai dans une hôtellerie. Après le dîner, j’allai vers le roi, qui était dans le château .."

 

Voir aussi : Jeanne au Château de Chinon

 

Période de présence de Jeanne d'Arc dans la cité médiévale

 

Première rencontre : vers le 22 février 1429 jusqu'à fin février.

Deuxième rencontre :  après le 27 mars 1429, date de la fête de Pâques cette année-là.

 

Lors du procès en réhabilitation, il existe plusieurs témoignages de la présence de Jeanne à Chinon. Il est probablement qu'elle arriva vers le 22 février, certain historien parle de la début Mars. A chinon la plupart des affiches, pancartes de commémoration donnent la date du 6 mars.

 

Où logea Jeanne d'Arc à Chinon ?

 Il existe trois endroits où Jeanne d'Arc a pu loger lors de son séjour, assez court, à Chinon. L'ensemble est connu grâce à aux procès de Rouen et réhabilitation.

 

arrivee jeanne darc chinon

Arrivée de Jeanne d'Arc à Chinon, selon un dessin d'Albert Robida en 1912.

1er  logement : Lors du procès à Rouen, Jeanne évoque une hostellerie lors de son arrivé à Chinon. 

2ième logement : Elle y subira dans le donjon un interrogatoire, diverses questions et une vérification sur sa virginité notamment par la femme de Robert le Maçon, seigneur du château de Trèves, Jeanne de Mortimer ( dite la Dame de Trèves ), avant d'être envoyée à Poitiers.

3ième logement, probablement à son retour de Poitiers : Elle déclare lors de son procès à Rouen qu'elle logea chez la "bonne femme" près du château de Chinon. Aujourd'hui il est difficle de connaître l'Hôtellerie en question, ainsi que son logement chez la "bonne femme" ( femme de bien ) , mais on peut sans trop de risque dire qu'elle était dans le centre historique de Chinon, dans la ville-forte, et très probablement dans ou proche de l'axe de la rue actuelle Rue Haute Saint-Maurice, le Grand Carroi.

Il est d'ailleurs pas certain que le logement chez la femme soit dissocié de l'hostellerie dont elle fait mention, néanmoins à Orléans par exemple, on sait qu'elle logea chez un notable de la ville et non dans une hostellerie, Jeanne devait surement faire une distinction entre les deux.

Diverses théories sur les logements probable à Chinon. Si il y a de forte chance que le bâtiment de l'hostellerie existe encore, avec probablement un changement de façade, ainsi que la maison chez la "bonne femme", on a aucune idée de leurs emplacements. Si à Orléans elle logea dans la maison, elle dormait avec des femmes en général. 

Selon Cougny, il estime qu'elle logea dans la puissante famille de la Barre. ( Histoire de Chinon, Richault Gabriel )

 

 

tour donjon du coudray

La tour du Coudray, ou donjon, de la forteresse royale.

 

Ier Etage

Etage où Jeanne d'Arc aurait logiquement résidée après sa rencontre avec Charles VII. Elle priait à l'intérieur de la chambre où elle fut logée, difficile à dire si elle avait accès à la chapelle qui jouxtait le donjon. 

Dans la tour du Coudray, on ne connait pas l'étage où elle séjourna, mais vu la période très froide, elle fut probablement logée dans la salle comportant une cheminée, certainement celle où nous rentrons par l'escalier qui fut transformée en pigeonnier. La tour du Coudray est donc seul endroit aujourd'hui qui a pu être identifié comme lieu où elle a séjourné.

 

chinon le grand carroi

Le grand carroi, en ancien français le grand carrefour, est un des endroits de Chinon les moins modifiés, notamment au niveau des façades qui ont gardé une grande partie des constructions du XVe siècle. Lors de l'arrivée de Jeanne, on peut imaginer que l'ensemble ressemble beaucoup à ce qu'elle a pu observer lors de son séjour. 

 

margelle jeanne darc puits chinon

Margelle où Jeanne d'Arc aurait descendu de son cheval. Il s'agit d'une légende locale. Elle est dans la rue Jeanne d'Arc derrière la Maison Bleue. La maison de la famille de la Barre serait située dans cette même rue Jeanne d'Arc.

 Eglise Saint-Maurice de Chinon, Choeur

C'est dans l'église,  selon la tradition locale, que Jeanne d'Arc serait venue prier. Mais il faut noter que le centre médiéval possédait plusieurs églises ou chapelle, celle de la place de la victoire était du XIVe siècle, fut détruit pendant la révolution française. Néanmoins, comme l'église Saint-Maurice était l'église principale dans cette partie historique de la Ville.

 statue jeanne darc chinon

Statue de Jeanne d'Arc sur la place Jeanne d'Arc, en face de la Gendarmerie. Inaugurée le 13 août 1893 à Chinon, elle reflète surtout l'époque de sa mise en place plutot qu'une quelconque réalité historique. Elle fut réalisée par Pierre Jules Roulleau, elle pèse plus de 5 tonnes. Elle semble représenter l'action menée à la bataille de Patay. Néanmoins on remarquera l'armure assez proche de ce qu'on pouvait trouver à cette époque, à noter que Jeanne d'Arc reçue son armure à Tours soit bien après son passage à Chinon.

 

Procès de Jeanne d'Arc et ses réponses au sujet de son passage dans la ville

22 février 1431

[L’INTERROGATEUR : Racontez ce qui est du fait de la rencontre avec votre prétendu roi.]

JEANNE: J’arrivai sans empêchement auprès de mon roi. Étant au village de Sainte-Catherine de Fierbois, je commençai par envoyer au château de Chinon, où était le roi. J’y fus’ à midi et me logeai dans une hôtellerie. Après le dîner, j’allai vers le roi, qui était dans le château .

27 février 1431

L’INTERROGATEUR: Quelles révélations eut votre roi?

JEANNE: Vous ne les aurez pas de moi encore de cette année. Pendant trois semaines j’ai été interrogée par les clercs à Chinon et à Poitiers. Mon roi eut un signe touchant mes faits avant d’y avoir créance. Les clercs de mon parti furent d’avis que dans mon fait il n’y avait rien que de bon.

[L’INTERROGATEUR: Aviez-vous une épée?]

        JEANNE: J’avais une épée que j’avais prise à Vaucouleurs.

 [L’INTERROGATEUR: N’aviez-vous pas une autre épée ?)]

        JEANNE: Etant à Tours ou à Chinon, j’envoyai quérir une épée qui était dans l’église de Sainte-Catherine-de-Fierbois, derrière l’autel. Cette épée fut trouvée sur-le-champ, toute rouillée.

 13 mars 1431

  Interroguée du jour et de l’eure, R. « Du jour, je ne sçay, et de l’eure, il estoit haulte heure; » autrement n’a mémoire de l’eure; et du moys, en moys d’avril ou de mars, comme il luy semble, en mois d’avril prouchain ou en cest présent moys, à deux ans, et estoit après Pasques.

Interroguée s’elle la mania ou baisa, R. Que non.

Interroguée se l’angle (ange) qui l’apporta venait de hault, ou sil venoit par terre, R. « Il vient de hault; »et entend, il venoit par le commandement de Notre-Seigneur; et entra par l’uys de la chambre.

Interroguée se l’angle (ange) venait par terre et errait (marchait) depuis l’uys de la chambre, R. Quant il vint devant le roy, il fit révérence au ray, en se inclinant devant lui, et prononçant les parolles qu’elle a dictes du signe; et avec celuy ramentevoit (souvenait) la belle pacience qu’il avait eu, selon les grandes tribulacions qui luy estoient venues; et depuis l’uys la (porte) il marchait et errait sur la terre, en venant au roy.

Interroguée quelle espace [y] avait de l’uys jusques au roy, R. « Comme elle pense, il y avait bien espace de la longueur d’une lance; et par où il estoit venu, s’en retourna. »

item dit que quant l’angle (ange) vint, elle l’accompagna, et ala avec luy par les degrés à la chambre du roy, et entra l’ange le premier; et puis elle-mesmes dit au roy : « Sire, velà vostre signe, prenez lay. »

Interroguée en quel lieu il apparut à elle, R. «J’estoie presque toujours en prière, afin que Dieu envoyast lej signe au roy; et estoie en mon lougeis (logis), qui est chieux (chez) une banne femme près du chastel de Chinon, quand il vint; et puis nous en alasmes ensemble au roy; et estoit bien accompagné d’autres angles (anges)’ avec luy, que chacun ne véoit pas. » Et dist oultre, ce n’eust esté pour l’amour d’elle et de la aster de paine des gens que la argüoient, elle croit bien plusieurs gens veirent l’ange dessus dit, qui ne l’eussent pas veu.

 

 

Procès de Réhabilitation, les témoignages de la présence de Jeanne dans la cité médiévale.

Déposition du seigneur Raoul de Gaucourt.

  L'an comme dessus, le 25 du mois de février, noble et puissant seigneur [Raoul] de Gaucourt, chevalier, grand maître de l'hôtel du roi, âgé de quatre-vingt-cinq ans environ, témoin produit, interrogé et entendu sur les mêmes articles, dit et affirme qu'il était présent dans le château et la ville de Chinon lorsque la Pucelle y arriva ; il la vit quand elle se présenta à la vue de la majesté royale avec grande humilité et simplicité, comme une pauvre petite bergère, et il entendit les paroles suivantes qu'elle adressa au roi en ces termes : « Très illustre sire dauphin, je suis venue, envoyée par Dieu, pour porter secours à vous et au royaume ». Alors le roi, l'ayant vue et entendue, pour être plus amplement informé de son état, ordonna de la confier à la garde du maître de son hôtel, Guillaume Bellier, bailli de Troyes et lieutenant dudit déposant à Chinon, dont l'épouse était femme de grande dévotion et d'excellente renommée ; le roi prescrivit en outre que ladite Jeanne serait examinée par des clercs, prélats et docteurs, pour savoir si on devait, ou si on pouvait, vraiment prêter foi à ses dires. source 

 

Déposition de noble homme Jean de Novelompont, dit Jean de Metz, guide de Jeanne.

(..) munie d’un sauf-conduit de Charles, duc de Lorraine, Jeanne s’en fut parler à ce seigneur, et je l’accompagnai jusqu’à Toul. Elle rentra peu après à Vaucouleurs; et, le premier dimanche de carême que nous appelons le dimanche des Bures, — il y aura, ce me semble, vingt-sept ans de cela au carême prochain, — Bertrand de Poulengy et moi, avec nos deux servants, Colet, envoyé du roi, et l’archer Richard, nous partîmes pour la mener au roi, alors à Chinon.

(..) Nous arrivâmes ainsi le plus secrètement possible à Chinon. Là, nous présentâmes Jeanne aux conseillers du roi et elle eut à subir force interrogatoires.(..)

 

Déposition de noble homme Bertrand de Poulengy, écuyer du roi, guide de Jeanne.

Pendant les onze jours que dura le voyage, nous eûmes bien des angoisses. Mais Jeanne nous disait toujours: « Ne craignez rien. Vous verrez comme à Chinon le gentil dauphin nous fera bon visage. » En l’entendant parler, je me sentais tout enflammé. Elle était pour moi une envoyée de Dieu.

Je n’ai jamais rien vu de mal chez Jeanne. Elle fut toujours bonne comme si elle eût été une sainte. Elle ne jurait jamais. Pendant le voyage, elle nous disait qu’il serait bien d’entendre la messe. Mais tant que nous étions en pays ennemi, nous ne pouvions. Il ne fallait pas être reconnu.

Voilà comment nous finies route ensemble sans grand empêchement et arrivâmes à Chinon où était le roi, pour lors dauphin. Une fois à Chinon, nous présentâmes la Pucelle aux nobles et aux gens du roi.

 

Déposition de messire Simon Charles, président de la Chambre des comptes ( en 1429 il était maître des requêtes)

Ensuite, et non sans difficulté, on décida que le roi entendrait Jeanne. Mais quand elle entra au château de Chinon pour venir devant le roi, le roi derechef, sur l’avis des principaux de sa Cour, hésita à lui donner audience. Alors on représenta au roi que Robert de Baudricourt lui avait annoncé par lettre l’envoi de cette femme; qu’elle avait été amenée à travers des provinces occupées par l’ennemi, et qu’elle avait, de manière en quelque sorte miraculeuse, traversé à gué de nombreuses rivières pour arriver jusqu’à lui. Cela décida le roi, qui accorda l’audience.

Informé qu’elle venait, le roi se retira en arrière des autres. Cependant Jeanne le reconnut et lui fit révérence. Elle s’entretint longtemps avec lui. Après quoi le roi se montra joyeux. Mais, ne voulant rien faire sans le conseil des clercs, le roi envoya Jeanne à Poitiers pour y être derechef examinée par les clercs de la ville. Quand le roi connut qu’elle l’avait été et qu’on ne trouvait que du bien en elle, il fit confectionner des armes, lui donna des gens et l’établit chef de guerre.

Déposition de Gobert Thibault, écuyer.

J’étais à Chinon quand Jeanne vint trouver le roi, demeurant pour lors en cette ville. Mais en ce temps je n’eus pas grande connaissance de Jeanne.

Plus tard, je l’ai mieux connue, quand le roi s’en fut à Poitiers et Jeanne avec lui, qui logea dans le logis de maître Jean Rabateau. A Poitiers, Jeanne fut interrogée et examinée.., dans le logis de maître Jean Rabateau.

Comte de  Dunois, le bâtard d’Orléans.

Ils me rapportèrent, en présence du peuple entier d’Orléans, très avide de savoir la vérité sur l’arrivée de cette Pucelle, qu’ils avaient vu Jeanne près du roi, à Chinon ; que le roi, à première vue, n’avait pas voulu la recevoir, et qu’elle avait dû même passer deux jours à attendre une audience, bien qu’elle persistât à dire: «Je suis venue pour faire lever le siège d’Orléans et conduire le dauphin à Reims. Il me faut des hommes, des chevaux et des armes. »

Déposition de Louis de Coules, dit Magot ou Imerguet seigneur de Novyon et de Reugles , page de Jeanne.

L’année où Jeanne vint à Chinon, j’avais quatorze ou quinze ans, et j’étais, en qualité de page, de la suite du seigneur de Gaucourt, capitaine dudit lieu de Chinon.

Jeanne arriva à Chinon en compagnie de deux gentilshommes qui la présentèrent au roi. Plusieurs fois je la vis aller et venir chez le roi. Elle prit logis dans une tour du château de Couldray, près de Chinon ; j’y demeurai avec elle tout le temps qu’elle y resta. J’étais continuellement en sa compagnie pendant le jour ; mais la nuit elle avait des femmes avec elle.

Je me souviens fort bien que pendant que Jeanne habitait la tour du Couldray, des personnes de qualité vinrent pendant plusieurs jours s’entretenir avec elle. Je ne sais ce qu’elle  faisaient ou disaient. Toujours en les voyant entrer, je me retirais.

 Vers le même temps et dans cette même tour où j’étais avec elle, je vis maintes fois Jeanne à genoux. Elle paraissait en prières mais je n’entendais pas bien ce qu’elle disait. Assez souvent elle pleurait.

 

Déposition de frère Jean Pasquerel, aumônier de Jeanne.

Au moment où Jeanne entrait au château de Chinon pour aller parler au roi, un cavalier se mit à dire : « N’est-ce pas là la Pucelle ? Jarnidieu ! si je l’avais une nuit, je ne la rendrais pas telle que je l’aurais prise. —Ha! lui dit Jeanne, en nom Dieu, tu le renies et tu es si près de la mort I » Moins d’une heure après cet homme tomba dans l’eau et se noya. Je tiens ce fait de la bouche de Jeanne et de plusieurs autres personnes qui déclaraient avoir été présentes.

Le seigneur comte de Vendôme introduisit Jeanne dans la chambre du roi. Le roi l’apercevant lui demanda son nom. Elle dit: « Gentil dauphin, j’ai nom Jeanne la Pucelle, et vous mande le Roi des cieux par moi que vous serez sacré et couronné à Reims, et que vous serez le lieutenant du Roi des cieux qui est roi de France. » Après beaucoup de questions du roi, Jeanne reprit: « Je te dis de la part de messire que tu es vrai héritier de France et fils du roi, et il m’envoie à toi pour te conduire à Reims afin que tu y reçoives ton couronnement et ton sacre, si tu en as la volonté. »

A la suite de cet entretien, le roi dit à son entourage que Jeanne lui avait parlé de certaines choses secrètes que nul ne savait ni ne pouvait savoir hormis Dieu, et qu’ainsi il avait bien confiance en elle.

 

 

 

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