Château des Ducs d'Argentan

 

 

 

 Histoire & Visite

 

Il fut l'une des résidences des comtes et ducs d'Alençon  mais aussi des Gouverneurs. Le premier à vraiment édifier des fortifications d'importantes à Argentan est Henri Ier Beauclerc, roi d'Angleterre, avant de tomber sous Philippe-Auguste en 1202, comme un grand nombre de place forte à cette époque. La construction actuelle serait datée de 1370 à 1415, modifiée par les Anglais pendant la guerre de Cent-Ans. Le logis-palais fut longtemps utilisée par les gouverneurs avant d'être remplacés par la justice royale en 1727-1728, depuis cette époque le Grand-Logis a gardé sa fonction judiciaire pour devenir aujourd'hui le tribunal de Grande Instance d'Argentant, tandis que la chapelle castrale est devenue l'Office de Tourisme. Léonard de Vinci y fera une fête mémorable en l'honneur du roi mettant en scène un lion automate au XVIe siècle.

 

 

Historique & Histoire 
source : source sur place, documentation diverses,  Histoire d'Argentan / Louis Barbay ; préface de M. H. Tournoüer, http://remparts-de-normandie.eklablog.com/, (1) Jean Mesqui châteaux et art royal dans le duché d'Alençon

 

1106, victoire de Tinchebray, Henri Ier de Beauclerc prend la ville et fait relever les murailles de la ville. La cité va comporter jusqu'à quatre enceintes de défenses : Le Bail extérieur ( qui ceinture la ville ), un Bail intérieur ( avec 16 tours rondes ) et deux éléments distincts, le château des Ducs et le Donjon.

1157, Henri II d'Angleterre entreprend à Argentan la réunification de troupes militaires afin de lutter contre le duc de Bretagne, Conan.

1168, le roi d'Angleterre reçoit les légats du pape afin de réconcilier le roi avec Thomas Becket. 

1189, à la mort d'Henri II, Aliénor d'Aquitaine réside régulièrement à Argentan et y reçoit la visite de Richard Coeur de Lion.

1199, Jean sans Terre y tient sa cour pendant la période de Noël.

1202, après la mort d'Arthur de Bretagne , assassiné par son oncle Jean sans Terre, la ville se rend à Philippe-Auguste. Les titres primitifs et en particulier ceux de l'HôtelDieu, qu'on avait déposés pour leur conservation dans le, château, furent brûlés par les Anglais lorsqu'ils abandonnèrent la ville en 1202. Ainsi s'explique la disparition de tous les titres et documents historiques de cette localité antérieurs au XIIIe siècle.

Le domaine d'Argentan, après avoir été entre les mains de Philippe le Hardi et de Philippe le Bel, fut donné par ce dernier à Mathieu de Montmorency, en 1295, à la charge d'une paire d'éperons d'or pour hommage.

1356, lorsque les Anglais pénétrèrent en Normandie,Charles deMontmorency, petit-fils de Mathieu, jouissait du domaine d'Argentan.

Ils prirent et pillèrent cette ville et brûlèrent le château où périrent encore tous les titres publics. (1) La fille de Henri II donna le jour, à Argentan, en 1182, à un fus qui devint empereur d'Allemagne.

Argentan resta sous la domination anglaise jusqu'en 1360. Les Anglais ayant été forcés d'abandonner cette place, Marie de Montmorency eut à son tour le domaine d'Argentan elle s'en dessaisit par vente en 1372, en faveur du prince de Valois, comte d'Alençon, arrière petit-fils de saint Louis.

En 1372, Marie de Montmorency vend la vicomté d'Argentan à Pierre II de Valois, comte d'Alençon.

Le chroniqueur Perceval de Cagny nous apprend que le duc Pierre II fit bâtir de belles chapelles et les châteaux d'Alençon, d'Argentan et d'Essay. Il faut donc inclure  le château que vous voyez encore aujourd'hui et la chapelle Saint Nicolas. Il serait plus exact de dire, avec M. Alfred de Guyon, que Pierre II répara et embellit le château d'Argentan construit par Henri Ier.

Pierre II, comte d'Alençon, lui donna aussi (à Argentan) des preuves nombreuses de sa bienveillance il confirma à l'Hôtel-Dieu le don des coutumes des foires de Quasimodo et de Sain t-Pierre-aux-Liens

il s'attacha à réparer et à embellir le château où il mourut en 1404.

Le château d'Argentan, que les rois d'Angleterre avaient habité, devint alors le principal domicile de Pierre de Valois et des princes ses successeurs. Pierre II, comte d'Alençon, y demeura pendant douze ans. Il mourut à Argentan en 1408 . Sa mère, Marie d'Espagne, dota la ville d'une horloge qui était la plus belle de la Normandie elle fut installée sur la porte du château qui, pour cette raison, prit le nom de porte de l'Horloge.

En 1417, les Anglais repassèrent en France et assiégèrent Argentan. Le commandant du fort, nommé Cormeno, leur livra cette place par capitulation.

Le roi Henri en confia la garde à Guillaume Wimington, officier anglais, et se réserva le palais et le domaine de cette ville.

Le roi anglais, pour mettre en sûreté la ville d'Argentan qu'il affectionnait, fit construire de nouveaux forts en avant de la porte de la ville, du côté du quartier Saint-Martin. On détruisit, à cet effet, l'église Notre-Dame-de-la-Place, voisine de cette porte, on bouleversa les rues du faubourg, qui furent en partie dépavées, et l'on supprima beaucoup de maisons. La construction de l'avant-porte et four SaintJean, bâties sur le petit pont de l'Orne, eut lieu probablement à cette époque.

Les Anglais, restés maîtres de la Normandie jusqu'en 1449, en furent chassés par Charles VII, ainsi que des autres places du royaume dont ils s'étaient emparés. 

Grand Logis et sa chapelle

Le palais et sa chapelle, que l'on peut comparer dans une certaine mesure à celle d'Essay, des ducs d'Alençon. Il semble que les châteaux et chapelles furent édifiées , d'Essay et Argentan, sur une période s'étalant de 1370 à 1415 (1)

 

1449, Charles VII fit une entrée solennelle dans Argentan et enrichit de magnifiques présents l'église SaintGermain.

Après avoir pris la ville d'Exmes, les soldats de Charles VII mirent le siège devant Argentan que la garnison anglaise défendit, mais les bourgeois en ouvrirent les portes aux assiégeants et la garnison, retirée dans le donjon, fut forcée de capituler. Les chroniques de Monstrelet contiennent un compte rendu de ce fait d'armes, nous le reproduisons partiellement

Chronique de Monstrelet 

Après le partement d'Yesmes, s'en alla la dicte armée avec le dict Comte Jean de Dunois - Bâtard d'Orléans devant la ville et chasteau d'Argentan où ils meirent le siège,  tantôt les Anglois, qui dedans estoient, /€:nc<emen< commencèrent à parlementer, combien qu'ils n'avaient aucune voulonté d'eux rendre. Et quand les bourgoys et autres habitants veirent et cogneurent les Anglois ainsi abuser les François à parlementer, cognoissant aussi que leur voulonté estoit d'eux tenir contre la puissance des François et qu'ils disoient au plus loing de leur pensée, les dicts bourgoys et /sans appelèrent aucuns des dicts François du cos~ë où ils ne parlementoient poinct et leur dirent la voulonté des Anglois.

Pourquoi leur demandèrent estendart, bannière ou autre panonceau pour enseigne et leur dirent que là où ils mettroient la dicte enseigne, ils veinssent sûrement et ils bouteroient dedans la dicte ville.

Les Anglais se retirèrent dans le château puis on tira' contre les murailles une grosse bombarde qui fit un trou assez grand pour passer une charrette. Alors les François assaillyrent icelug chasteau et entrèrent dedans parmy le dict trou. Les dicts Anglois, se retirèrent diligemment au Donjon, lequel ils rendirent incontinent de paour d'être pris d'assaut et, combien qu'ils demandassent composition, ilsn'emportèrent chascun qu'un baston en son poing.

 

En 1465, François, duc de Bretagne, revenant de Rome, où il était allé assister à la prise de possession du duché de Normandie par Charles, frère du roi, pilla, à son retour, la Basse-Normandie et s'empara d'Argentan.

Louis XI, à la tête d'une armée, reprit Argentan et, pour faire abandonner au duc breton le parti de Charles, arrêta avec lui un traité en cette ville. Les archives de l'hôpital conservent le souvenir de ces temps dimciles. On y lit Pour le mois de mars 1465 s'est ensuivie granlt despence pour la cause de la guerre.

Jusqu'à cette époque les fortifications d'Argentan avaient été entretenues en état de défense; mais Jean II, duc d'Alençon, ayant eu ses domaines confisqués, ceux-ci furent rendus à René, son fils, vers l'an 1478, à la charge de détruire, en partie, les fortifications des places fortes de son apanage. C'est alors que les doubles fortifications d'Argentan commencèrent à être démantelées et que le donjon eut son couronnement démoli.

D'ailleurs, l'usage de la poudre, dont on commençait à se servir dans les sièges, ne tarda pas à rendre les fortifications antérieures à cette invention hors d'état de lui résister longtemps.

A cette longue période d'oppression, succéda, enfin, pour Argentan, une suite d'années tranquilles.

Donjon Argentan

Ruine du donjon d'Argentan, il ne reste de la base 1/5ème de la forteresse.

 

À la fin du XVe siècle, le château accueillit la bienheureuse Marguerite de Lorraine-Vaudémont, épouse du duc René d'Alençon. Pour fuir cet homme violent, elle se réfugia à Argentan dont elle devint la bienfaitrice. Elle fonda les clarisses d'Argentan où elle mourut le 2 novembre 1521.

1517, François Ier, y séjourne pendant trois semaines afin de rendre visite à sa soeurMarguerite d'Angoulême, femme du duc Charles IV d'Alençon. Le roi chassa notamment dans la forêt de Gouffern. Léonard de Vinci organise et prépare une fête , à la demande de Philiberte de Savoie, et fait construire un lion automate, laissant échapper des fleurs de lys, symbole de la royauté française.

1531, Le château servit une nouvelle fois de résidence royale à François Ier lors d'un second passage du roi à Argentan en 1531. Durant son séjour de moins de deux semaines marquées par fêtes et chasses, le roi était accompagné de Nostradamus et reçut le légat du pape.

1562, Catherine de Medicis qui visitait la Normandie, séjourna à Argentan avec ses cinq enfants et le roi Henri de Navarre.

1570, Charles IX fit un second séjour à Argentan où il reçut le légat du pape.

1586, le comté d'Argentan entre la maison de Lorraine.

1589, les bourgeois de la ville remettaient la clé d'Argentan à Henri IV qui y séjourna jusqu'au siège du Château de Falaise, Guillaume le Conquérant. Au cours de ces événements, il revint à Argentan le 24 décembre 1589 pour fêter Noël.

1680, la tour d'enceinte carrée sur laquelle venait s'appuyer le logis seigneurial est arasée à la hauteur des courtines environnantes. Elle formait dorénavant une terrasse accessible du premier étage. En 1708, les hautes lucarnes des combles sont réduites et la charpente est proposée à une lourde restauration.

Le château, appelé aussi le Grand Logis, devient la "maison des Gouverneurs" jusqu'en 1727-1728. Le château a également sa légende : "Une jeune fille du nom d'Isabeau, enfermée par un méchant seigneur, meurtrier de son amant et dans les fers duquel elle périt elle-même pure et fidèle, y fait de nocturnes apparitions sous diverses formes. On l'appelle « la Damoiselle » ou quelquefois « la Bête du château » .

XVIIe,  les cuisines sont au rez-de-chaussée du logis, les grands chambres et "moyens appartements" sont situés au premier et deuxième étages du corps de logis et des tourelles. Pourverre indiquait à cette époque que, ce qu'on nommait « la chambre du Roi » était situé au deuxième étage et donnait directement sur la chapelle du Roi, placée sous l'invocation de saint Côme et saint Damien. C'est au deuxième étage que se situaient plusieurs pièces seigneuriales privées. Les combles abritaient le surplus des chambres avec une remarquable charpente et des lucarnes hautes.

 

Palais de Justice

En 1727, l'audience et la prison de la ville sont détruites et les services sont transférés au château. Les gouverneurs sont alors délogés. Lors des aménagements intérieurs du Grand-Logis réalisés en cette année, pour y transférer le siège des juridictions, on découvrit un souterrain qui paraissait rallier le donjon.

Jusqu'en 1777, le bâtiment a également accueilli les réunions des assemblées municipales mais l'audience où l'auditoire demeurait une enceinte de justice.

En 1756, Louis XV apporta des modifications dans la composition du bailliage d'Argentan. À partir de cette époque, la justice fut rendue par un bailli de robe courte, un lieutenant-general-civil-et-criminel-enqueteur-examinateur, un lieutenant civil et criminel, deux assesseurs et un procureur du Roi.

En 1752, la ville obtint l'autorisation de détruire la tour arasée située au pignon du Grand Logis.

Entre 1755 et 1848 , probablement en fin de siècle, les jambages et les voussoirs de la porte originelle de la tourelle de l'escalier sont remplacés par un ensemble monumental néoclassique à fronton, puis entre 1845 et 1878 par une porte de style néogothique, au tympan percé d'un quatre-feuille.

1889, le Grand Logis est classé au titre des monuments historiques en 1889.

1944, après le débarquement, le Logis est touché par des bombardements. Le vaste logis rectangulaire (27 x 12,50m) a subi de lourdes modifications de ses volumes intérieurs et de ses travées après la Seconde Guerre mondiale. Sur la façade Est, la baie haute située à gauche de la tourelle de l'escalier est devenue la porte d'accès au hall du tribunal en 1954. Sur la façade Ouest qui ne comptait originellement que quatre travées d'ouvertures réunies en deux couples, l'architecte Prieur crée deux travées supplémentaires en 1955.