Château de Vauguyon

Le château de La Vauguyon est situé à proximité du château de Chinon, la terre de Vauguyon dépendait initialement de la paroisse de Parilly. De nombreux édifices furent construits sur cette rive de la Vienne, comme le château des Brétignolles et le Manoir de la Boulardière. La Vauguyon était aussi appelée l’Hôtel d’Orville, la Gaignerie. Une partie du châtelet serait du XIIIe, vers 1250, tandis que le grand bâtiment serait lui du XVe siècle. Les premiers seigneurs connus sont les Le Petit. C'est aujourd'hui un gîte classé. Les poutres sont en partis d'origines, 800 ans pour les plus anciennes, mais une partie du toit a du être bâché.  A ne pas confondre avec le château de Lavauguyon  qui appartenait à la famille de Malessac originaire du Poitou, situé aujourd'hui en Haute-Vienne.

 

 chateau vauguyon

On peut remarquer le châtelet d'entrée probablement du XIIIe siècle, ses tours porches carrées ( une visible sur la gauche ) avec latrine et/ou assommoir.  

 

Historique & Histoire 

 

1250, construction des parties les plus anciennes.

 chatelet chateau vauguyon

1390 à Guillaume Le Petit, premier seigneur connu.

1432 à Jean Le Petit

1473 à Gilles Le Petit, qui avec son épouse Marguerite de Faye, édifia une chapelle, dite de La Vauguyon, en l'église Notre Dame de l'Epine à Parilly

1544 à René Le Petit

1566 à Louis de Breuil, époux de Françoise Le Petit

XVIIe

 

1610, Claude du Breuil vent la châtellenie à Etienne Pallu, échevin demeurant paroisse Saint-Venant.

1626 à Jacques Bazary, héritier de sa mére Suzanne de Breuil, une petite inscription, assez lisible, rappelle sur une cheminée les dates de naissance de Jacques, Louis et Suzanne de Breuil.

1654 François Sénéchal achète le domaine à Jacques Bazary. On retrouve François Sénéchal au service du cardinal de Richelieu dans un acte de vente à Paris le 17 août 1637.

"Vente par le cardinal de Richelieu et François Sénéchal, sieur d'Estournau, valet de chambre du cardinal, à Jean Thiriot, maître maçon rue Vieille-du-Temple, d'une place à bâtir entre les portes Montmartre et Saint-Honoré." source : archive nationale

Jérome Blouin

Le frère de François Sénéchal, Jean, Valet de chambre du Cardinal de Richelieu, le cède à Jérôme Blouin, lui même Valet de Chambre de Louis XIV, ce dernier épouse notamment Marie Armande Sénéchal.

Jérôme Blouin avait une origine modeste, mais néanmoins il n'était pas un roturier comme l'affirmait Saint-Simon. Il était d'une famille d'origine angevine de petite noblesse de robe, ce qui explique probablement son achat de la Vauguyon  proche de l'Anjou. Son père était notamment seigneur du Pin et c'est dans le manoir éponyme qu'il nait vers 1610.

Il part pour Paris grace notamment avec Noël Herbereau, gentilhomme servant du cardinal de Richelieu. C'est surement avec l'aide de ce dernier qu'il entre dans la maison du Cardinal en qualité d'apothicaire, ce qui démontre qu'il avait une certaine culture artistique.

Le Cardinal de Richelieu écrivit dans son testament le 23 mai 1642, il lui lègue 6000 livres « pour marque de la satisfaction des services qu’il m’a rendus ». Il demanda également à Mazarin de le prendre avec lui.

Il semble que Jérôme Blouin joua un rôle "efficace et discret" pendant les travaux de constructions du château de Versailles et de son parc. Louis Blouin, leur fils, devint gouverneur de Versailles et leur fille Marie Anne  épouse  Louis d'Estrades, maire de Bordeaux. (1) (2)

 

 

1661, Jérôme Blouin vend  le domaine  à Pierre Roque de Varengille, chevalier, seigneur, conseiller du roi secrétaire des commandements, finance et cabinet du duc d'Orléans. Ce dernier est aussi propriétaire de l'Hôtel de Varengille à Paris, aujourd'hui La Maison de l'Amérique Latine, hôtel édifié par l'architecte Jacques Gabriel V (1667-1742).


"Le propriétaire de l’hôtel est Pierre Roque de Varengeville, un homme habile et ambitieux, issu d’une famille de parlementaires rouennais. Sa famille avait fait bâtir l’éblouissant château de Galleville, à Doudeville (Seine-Maritime) au milieu du XVIIe siècle.

Pierre Roque de Varengeville est ambassadeur du Roi à Venise à partir de 1678. Ses deux filles font d’excellents mariages : l’une épouse Claude de Longueil, marquis de Maisons (voir l’hôtel de Maisons), l’autre épouse le maréchal de Villars (voir l’hôtel de Villars)". ( source paris-promeneur )

Le 20 août 1750, il procède à un échange, il échange les terres de Vauguyon avec les chanoines et chapitre de l’église et Sainte-Chapelle royale de Plessis-Lès-Tours, il reçoit en échange les fiefs, terres et seigneuries de Doudeville, le Fresnay, Touffreville, la Corbeline, Noaillé, Varenne et Elinsard, sis au pays de Caux de Normandie.

 Un procès fut intenté entre le chapitre et Pierre Roque et ses héritiers, procès qui se termine en 1787 par la grande chambre du Parlement.

Le domaine fut transformé en ferme et fut donc occupé principalement par des fermiers.

 

1789 à la Révolution, vendu comme bien national, La Vauguyon fut acquise par René Champigny-Clément, qui appartint à la faction Jacobine du groupe dit "Modéré" selon la fiche de l'Assemblée Nationale. Il est député  du 7 septembre 1792 au 26 octobre 1795, soit  pendant les années de la terreur.

Champigny-Clément est initialement un négociant à Chinon lorsqu'il est élu député d'Indre-et-Loire à la Convention nationale le 7 septembre 1792, par 206 voix sur 487 votants. Faisant parti du groupe "Modéré", il  est extrêmement prudent et relativement discret tout au long de son mandat.

Lors du procès de Louis XVI, il se déclare pour la réclusion et la déportation un an après la paix. Le 16 février 1794, un décret de la Convention lui permet de partir en congé pour "maladie". Il ne fait plus parler de lui jusqu'à la fin de la session et n'est pas réélu aux Conseils en 1795.

Il devient maire de Chinon de 1797 à1798 puis de 1799 à 1800.

En 1815, Champigny-Clément prend parti pour Napoléon Ier lors des Cent-Jours, ce qui lui vaut d'être inquiété à la Seconde Restauration. En novembre, il est écroué à la maison d'arrêt de Tours comme Bonaparte. 

Il souhaite briguer un nouveau mandat de maire à Chinon mais en Mai 1815, il fut exclu, comme régicide de l'amnistie accordée à ceux qui avaient servi l'empereur pendant les Cent-Jours. Il se vit donc obligé de quitter le France et décède le 2 août 1819 à Sloten (Pays-bas).

 

1844, la descendante de René Champigny-Clément, Angélina Lemoine en hérita. Très jeune, elle avait quitté la Touraine, à la suite d'un drame qui fit beaucoup de bruit.

1880, Gustave Droz, s'en rend acquéreur et entreprend des restaurations. Gustave Antoine Droz, né le 9 juin 1832 à Paris où il est mort le 22 octobre 1895, est un peintre et romancier français, auteur notamment de Monsieur, madame et bébé qui connut un succès retentissant en Europe et aux États-Unis dans les années 1870.

Antoine Gustave Droz Autor author auteur Maler painter

Photographie par le portraitiste légendaire Nadar ( Félix Tournachon ) de Gustave Droz.

1924, Le petit fils de Gustave Droz, vendra le château à Mme Liébaut.

1937, Les héritiers de celle-ci le revend aux propriétaires actuels. L'architecte Louis Sue est chargé de restaurer certaines pièces du château.

1995,  1995/07/04 : classé MH ; 1995/07/04 : inscrit MH Précision sur la protection de l'édifice Corps de logis principal, avec ses peintures murales (cad. BR 5) : classement par arrêté du 4 juillet 1995. Château, sauf corps de logis classé (cad. BR 3, 5) : inscription par arrêté du 4 juillet 1995

Architecture 

 

chatelet chateau vauguyontourelle chatelet entree avant iere guerre mondiale

A gauche le châtelet de Vauguyon et à droite celui d'Armentières sur Ourcq. Le châtelet d'entrée est typique du XIIe et XIIIe siècle, il s'approche beaucoup d'un édifice à but civil et religeux du château d'Armentières sur Ourcq, à la grande différence que la tourelle de droite de Vauguyon semble d'une époque différente de celle de gauche. Le châtelet d'Armentières est d'une certaine façon bien plus homogène et semble avoir été édifié dans un seul jet, ce qui ne semble pas être le cas ici.

 

entree interieure chatelet

La tourelle de droite, vu de l'intérieur est configurée comme une échauguette dans l'intérieur du bâtiment, comme avec les tourelles d'Armentières avec un encorbellement sur voute mais à l'extérieur, par ailleurs on constate que la voute gothique de l'entrée semble parfaitement intégrée par sa décoration de celle de gauche alors que celle de droite semble déparaillé à Vauguyon. On peut constater aussi que la tourelle de droite est plus grosse alors que  généralement elles ont strictement la même taille et hauteur.

Je n'ai pas d'explication à ce sujet, mais il me semble en tout cas que la construction et l'architecture utilisée ne semble pas fait d'un seul jet, la tourelle de droite ( en regardant face à l'entrée ) semble donc antérieur et construite pour être une tourelle indépendante sans tour jumelle et très probablement sans être un châtelet d'entrée couvert comme aujourd'hui. Seul les flèches semblent avoir été faites au même moment. Il y a eu donc probablement une évolution architecturale majeure mais dans une époque pas si éloignée de la première tourelle. En général les tourelles de ce type sont construites d'une manière uniforme, pour une question de coût mais aussi que l'ensemble soit homogène visuellement. Ici on sent que la nouvelle tourelle voulait respecter une certaine parité mais avec une qualité de construction différente.

On retrouve cette dyssémétrie également au château de  Coussay, qui a appartenu à Richelieu, mais l'usage est différent et là aussi il faut imaginer une modification d'usage et d'architecture :

Château de Coussay

Selon Viollet-le-Duc, le début des tourelles à encorbellement, notamment sur contrefort, sont utilisées à partir surtout et fréquemment du XIIe, "les XIIIe, XIVe, XVe et XVIe siècles même en font un grand usage, et certaines habitations du XVIIe siècle en possèdent encore" explique Viollet-le-Duc. 

 

sources : Site Officiel, Merimee, La Nouvelle République, Vieux logis de Touraine de André MONTOUX, (1) : LEVRON, JACQUES. “JÉROME ET LOUIS BLOUIN: PREMIERS VALETS DE CHAMBRE DE LOUIS XIV ET DE LOUIS XV.” Revue Des Deux Mondes (1829-1971), 1967, pp. 374–384.  www.jstor.org/stable/44592428. , (2) https://gw.geneanet.org

 

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