Histoire & Visite

 

Abbaye du Bec Hellouin Notre Dame du Bec

L'abbaye est un cas quasi unique puisqu'elle a été fondée par un chevalier du comté de Brionne et non par un moine ou un religieux. Elle fut fondée en 1034 dans un autre emplacement que celui que nous connaissons aujourd'hui qui fut lui crée en 1073. Le bâtisseur Lanfranc de Pavie et le philosophe Anselme d'Aoste firent la renommée de l'abbaye. Elle gardera un certain aura jusqu'à la guerre de Cent-Ans qui va être le début du déclin définitif de l'Abbaye, mais jusqu'à cette période elle sera une des écoles monastiques les plus importantes de Normandie et du royaume de France. La Révolution Française achèvera la destruction d'une grande partie de l'Abbaye qui avait déjà subi les outrages des différentes guerres, dont celles des Religions.

Après avoir été utilisée sous Napoléon, et quasiment jusqu'à la Première Guerre Mondiale, comme caserne militaire notamment pour la Cavalerie, l'Abbaye a repris au XXe siècle son usage monastique. Le village est aussi intéressant à visiter par ses nombreuses maisons à colombages, ses auberges et ses restaurants.

 

 

Historique & Histoire 
source : source sur place, documentation diverses, source principale : eure.gouv.fr par Cathy Emma.

 

Création de l'Abbaye par un chevalier

 

1034,  fondation de l'abbaye par le chevalier Herluin. Agé de 40 ans, il est frappé par la grâce. Il abandonne la cour princière et se réfugie sur le plateau septentrional de la vallée du Bec dans un lieu dénué de tout. De là, il vit une existence érémitique dans la misère la plus complète. Cet exil sensationnel attire autour de lui des vocations, des hommes l’imitent et le rejoignent. Bien malgré lui, Herluin devient abbé.

Les grands réformateurs religieux s’intéressent à ce nouveau groupement, exemple évangélique de pauvreté et de noblesse et en 1035, la chapelle Notre Dame est consacrée. Elle est probablement construite en bois.

1039, Herluin se délocalise car il a le sentiment que l'esprit primitif d'y vivre en tant qu'ermite n'est plus possible depuis que l'abbaye ait pris de l'importance. Il part s'installer à Pont-Authou.

1041, consécration d'une deuxième église.

1045, création de l'Ecole du Bec par Lanfranc, venu de Pavie en Italie, y enseigne les arts libéraux, c’est-à-dire le trivium (grammaire, rhétorique, dialectique) et le quadrivium (arithmétique, géométrie, musique et astronomie). Le prieur Lanfrance espère copier l’illustre école du Mont Saint-Michel. Lanfranc (Lanfrancus), également appelé Lanfranc du Bec, Lanfranc de Cantorbéry ou Lanfranc de Pavie. Il sera aussi  abbé de Saint-Étienne de Caen avant de partir en Angleterre, où il sera un des réformateurs de l'Église d'Angleterre lorsqu'il est nommé archevêque de Cantorbéry de 1070 à sa mort le 28 mai 1089. Cette relation entre l'abbaye du Bec et Cantorbéry perdure encore aujourd'hui.

1073, après de multiple inondation, la communauté monastique déplace leurs bâtiments à l'emplacement de l'abbaye que nous connaissons aujourd'hui.

1077, consécration de la troisième église.

 

XIIème – XIIIème siècle, l’essor de l’abbaye

1078, Anselme intègre l’abbaye et devient abbé. Grâce à son excellence, l’École se développe et voit un essor considérable. Les donations d’églises et les dîmes se multiplient. A partir du XIIème siècle, la réputation de l’École du Bec est solidement établi et voit passer de nombreuses personnalités telles que Robert de Torigny, abbé du MontSaint-Michel et écrivain, Étienne de Rouen grammairien et poète. C’est à la fin du XIIème siècle que la renommée de l’école décline doucement, les écoles parisiennes prenant le dessus, notamment grâce au Roi Saint-Louis, Louis IX.

1141,  construction de la salle capitulaire. Elle a été  détruite sous Napoléon (3 travées, longueur de 30 mètres, largeur de 12 mètres).

1150,  un incendie détruit une partie de l'église.

1149 – 1179,  l'église est reconstruite et d'autres bâtimments sont rajoutés : hôtellerie,  infirmerie,  canalisation et une citerne couverte pour l’alimentation en eau et réfection du dortoir.

1178 , construction et consécratin d'une quatrième église.

1197,  l'église s'effondre, peut-être lié à une mal façon de construction.

1215,  l'église est reconstruite, avec un agrandissement général dont la construction de deux tours.

1223 – 1247, un nouveau dortoir est construit. Une clôture du parc de l'abbaye est mis en place, il intègre le Montmal.

1263,  l'abbaye est reconstuite suite un incendie qui a détruit l'église mais aussi le village et le monastère.

1274,  la tour centrale de l'église s'effondre entraînant la chute du choeur et du transept.

1275 – 1325 : l'église est reconstruite, la nef de l'église précédente est conservée.

1342,  une sixième église est construite.

 

La guerre de Cent-Ans entraîne le déclin de l’abbaye

 

1350, l'abbaye subit les premières exactions de la guerre.

1358 ,  l'abbaye est fortifiée par le Lieutenant du roi Jean II le Bon. l'Abbaye va subit les outrages pour l'organisation de la défense de l'abbaye : les baies du chœur sont murées tandis que l'église est entièrement entourée de fossés et de bastions. On abat trois côtés du cloître et plusieurs bâtiments près du portail occidental de l’église. Afin de financer les travaux, une partie des revenus du monastère sont utilisés pour l’entretien de la garnison française préposée à la défense de l’abbaye.

1391, l’abbé Estout d’Estouteville part et  emporte avec lui l'or et l'argent, ainsi que des beaux manuscrits de la bibliothèque et des meubles.

1410, l'église est restaurée et aussi renforcée au niveau des fortifications : construction d’une muraille épaisse flanquée de quinze tours, dont on peut voir aujourd’hui encore, dans l’axe de l’ancienne abbatiale, un des modestes vestiges ; Afin d'éviter un siège ou de faciliter cette dernière, il est ordonné la démolition de tous les bâtiments alentours extérieurs aux murs d’enceinte ainsi que la chapelle d’Herluin, située dans la cour de l’abbaye. Les revenus sont retenus au monastère pour financer les travaux.

1415 et 1417 : Henri V, roi d’Angleterre, envahit la Normandie.

1418, Thomas de Lancastre assiège  l’abbaye, après sa prise l'abbaye est saccagée.

1419,  Henri V fait son entrée solennelle à Rouen et l’abbé Robert prête allégeance au souverain.

1419 – 1450, l'abbaye est restaurée. 

1450, la Normandie redevient française grâce à Charles VII et aux actions de son cousin Comte Jean de Dunois - Bâtard d'Orléans. Une nouvelle fois l'abbaye est restaurée dont les sanitaires, les canalisations, de l'infirmerie, du moulin, manoirs, granges et de l'aqueducs.

1467,  la tour  Saint-Nicolas est construite afin de recevoir les grosses cloches dont le poids (12 tonnes) ébranlait les tours du portail de l’abbatiale. Il s’agit d’une tour carrée, de 11 mètres de côté et de 60 mètres de hauteur, de style anglo-normand surmontée
d’une flèche de 15 mètres de haut avec lanternon.

1490, la grande porte de l'abbaye est construite.

Le régime commendataire

En 1516, le concordat de Bologne est conclu entre le Pape Léon X et François Ier. Il établit un régime de commende. Les élections canoniques sont supprimées et le roi nomme à la tête des communautés des personnages, qui, pour la plupart du temps, ne songent
qu’aux revenus inhérents aux abbayes. L’un des résultats le plus regrettable de ce système est que les prélats qui ne peuvent résider dans le monastère restent le plus souvent étrangers aux vrais intérêts de leurs religieux. L’abbé commendataire touche la part
principale des revenus, soit les deux tiers.

1551, l'église est fortement dégradée suite à une tempête et peut-être au manque d'entretien du bâtiment.

1562, les Les Guerres de Religion  débutent. l'Abbaye est saccagée par les huguenots ce qui implique l'abandon temporaire du site.

1591, la nef de l'église s'effondre mais faute de moyen elle est rasée. Seules deux travées sont conservées.

1626, 24 mars : Dom Colomban Régnier issu de la congrégation bénédictine de l'Abbaye de Saint-Maur-des-Fossés pénètre dans l’abbaye. Il est accompagné d’une quinzaine de moines. Cette congrégation est issue de la congrégation lorraine de Saint-Varenne et Saint-Hydulphe.
Participant au grand renouveau spirituel qui marque le premier tiers du XVIIème siècle, elle entreprend de réformer la plupart des monastères français par une restauration de la discipline régulière, une vie austère tournée vers le travail intellectuel et les travaux d’érudition.

De gros travaux sont alors entrepris :

1640, démolition du portail occidental de l’église afin d’édifier une face classique.

1644 - 1666 : mise hors d’eau de l’église. la tour Saint-Nicolas de restaurée.

Construction de l’hôtellerie, de l’infirmerie, du dortoir, du nouveau cloître (dominance du style toscan) sur les fondations de celui du XIIIème siècle. Le cloître dessert au nord-ouest l’église

1732 - 1735, Déconstruction du logis abbatial situé à l’extrémité est du dortoir, des cours, des jardins et dépendances qu’occupent l’abbé commendataire, afin agrandir les bâtiments conventuels. Reconstruction du logis abbatiale dans un style Régence. Le logis est construit sur
les anciennes fondations du logis du XVème siècle.

1742 – 1747, Construction du nouveau réfectoire, long de 75 mètres, et du dortoir, long de 66 mètres.

Abbaye en 1788

l'abbaye en 1788, un an avant la Révolution Française

 

Révolution Française

1790, la vie monastique est stoppée par la révolution et les lieux sont envahis par la cavalerie. Le réfectoire, le cloître et le dortoir sont transformés en écurie.

1791, afin d'utiliser le métal  les cloches de la tour Saint-Nicolas sont fondues.

1792, le dernier moine est expulsé, l'abbaye est alors pillée et dégradée : le chartrier est brûlé, la bibliothèque est pillée, les sculptures sont martelées.

1798, le toit est endommagé par un incendie.

 

 

XIXe siècle

1802,  Transformation de l’abbaye en dépôt d’étalons à usage de l’armée.

1809, déconstruction de l’église et de la salle capitulaire. Les matériaux sont vendus comme carrière à pierres. Les bâtiments conventuels sont transformés en écuries et en chambrées de caserne.

1810,  Incendie dans la charpente de la flèche de la tour Saint-Nicolas.

1833 - 1892, L’abbaye devient une succursale du dépôt de remonte établi à Caen.

1901,  Affectation de l’abbaye au ministère de la guerre.

1945,  Cession de l’abbaye au ministère de l’éducation national, service des monuments historiques.

 

Restauration de la vie monastique

En 1947, M. de Laboulaye, ambassadeur de France, crée une société pour la restauration de l’abbaye. Le 3 janvier 1948, une convention est signée entre la société et le ministère de l’éducation national pour le sauvetage de ce qui subsiste de l’abbaye.
L’année suivante, les moines de la communauté de la Congrégation bénédictine de Mont-Olivet, fondée au XIVème siècle sous Bernard Tolomeï, s’installent dans l’abbaye.

Le 29 septembre 1948, la première messe solennelle est célébrée dans le bâtiment des anciens celliers transformé provisoirement en église.

A partir de 1949, l’état prend en charge la réalisation des travaux de clos et de couvert et la communauté les travaux de restauration intérieurs des bâtiments. L’ensemble est coordonné par les services de l’état. Une chapelle provisoire est installée dans l’ancienne
bibliothèque, à l’ouest du cloître. Le réfectoire, les cuisines et la bibliothèque sont aménagés dans la grande aile nord-sud. Les toitures et menuiseries font l’objet d’une réfection.

1950, Restauration de la tour Saint-Nicolas. Mise à nu des soubassements des chapelles rayonnantes et de la grande chapelle de la Vierge de l’église.

1956 – 1959, Aménagement de l’église abbatiale dans l’ancien réfectoire nécessitant la restitution du niveau du sol ancien, la démolition des auges, la réfection des menuiseries. Aménagement d’une grande salle de réunion à l’étage avec consolidation des planchers,
restauration des élévations, réfection du dallage et des menuiseries. Restauration de l’escalier d’honneur. Restauration du cloître et réfection de son dallage.

1959, Retour solennel du corps d’Herluin dans le chœur de la nouvelle église abbatiale depuis l’église paroissiale où il avait été transporté au lendemain de la Révolution.

1979 – 1984,  Aménagement de l’ancien cellier en bibliothèque.

 

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