Château de Nesles en Tardenois

 

Château de Nesles

 

Il est situé entre le château de Château-Thierry et la cathédrale de Reims.

L’entrée du château de Nesles est protégée par deux tours en grès formant un châtelet d’entrée, adjoint de 6 tours dont 3 d’angles, plus le donjon construit à l’extérieur de la fortification entouré de fossés sec. La différence notable avec celui de Dourdan et de Bouvreuil à Rouen c’est que le donjon permettait la défense de l’entrée principale alors que ceux de Dourdan et Rouen sont à l’opposée. Cette particularité doit surement son existence à la situation géographique en plaine quasiment isolé de tout lieu d’habitation, obligeant les éventuels assaillants à contourner le château.

 

Voir aussi. le château de Fère en Tardenois à quelques Km et le Château de Pernant.

 

 

Thibaut-le-Grand possédait la terre de Nesles dès le XIe siècle, mais c’est seulement à l’avènement de Robert III , comte de Dreux, que le territoire va prendre une réelle importance dans la région. Situé sur la route des sacres des rois de France entre Paris et la cathédrale de  Reims, la situation du château en plaine sur l'actuelle D2, mais entouré au Moyen-Âge de marécages [L19], jouxtant la route avait donc une utilité stratégique et économique.

Robert III édifie  le château actuel en 1226 dans la tradition des châteaux Philippiens, comme le château de Dourdan et le château de Rouen par exemple, avec l’accord du Comte de Champagne Thibaud.

En 1280 le château tombe aux mains des Châtillon par alliance avec le mariage de d’Isabeau de Dreux avec Gaucher de Châtillon alors connétable de France.

1370, le château est cédé à Jehan de la Personne, vicomte d’Acy, compagnon de Duguesclin et 1er gouverneur de la tristement célèbre Bastille en 1385. Guy de la Personne en hérite par alliance par le mariage avec Jeanne de Nesles.

De 1421 à 1423, le château est assiégé pendant 2 ans par les anglais. Un acte de reddition au comte de Salisbury se trouve aujourd’hui à la BNF. Néanmoins le château de Fère en Tardenois tiens tête aux Anglais.

1430, Guillaume de Flavy assiste impuissant à la capture de Jeanne d'Arc à Compiègne dont il est le capitaine.

1435 ou 1436, Blanche d’Overbreuk, d’Aurebruche ou de Sarebruche âgée seulement de 9-10 ans, fille de Robert d’Overbreuc, qui a hérité du château se marie avec Guillaume de Flavy ancien gouverneur de Compiègne, alors qu'il a environ 40 ans, pendant la capture de Jeanne d’Arc le 23 mai 1430, il y demeure alors que ses autres châteaux ont été soit détruits ou pris par les Anglais.

En juin de la même année, 1435, il prend avec les troupes royales la ville de Saint-Denis. Il fait enfermer le père et la mère de Blanche au donjon de Pernant et y meurent. ( source propriétaire du Château de Nesles  )

Les Flavy sont en fait séparés en deux, d’un côté Jean, Hector et Raoul de Flavy les frères de Guillaume sont du côté du Duc de Bourgogne, de l’autre Guillaume et ses deux autres frères Louis et Charles sont du côté du roi Charles VII. Cette situation est très fréquente pendant la guerre de Cent Ans, on peut le voir avec la famille d'Harcourt  en 1346, le 26 août, s'affronte à la bataille de Crecy deux frères Geoffroy d'Harcourt dans l'armée Anglaise et le comte Jean IV d'Harcourt, gouverneur de Rouen, dans l'armée Française. Jean IV est tué dans la bataille et son frère pris de remords revint plus tard du côté français.

 

 

Château vu de la route vers Reims, actuelle D2

 

Château vu de la route vers Reims, actuelle D2


1440, Guillaume de Flavy fait enfermé Pierre de Rieux, alors Maréchal de France, dans le château, il y meurt. Le seigneur de Nesles obtient cependant le pardon du roi. [ L10- P713]

1445, en procès avec l’héritier de Pierre Rieux ce dernier accuse Guillaume Flavy d’avoir trahi la Pucelle d’Orléans. Vu la situation il faut donc garder une certaine prudence sur ces accusations, c’est la première trace d’une éventuelle trahison de Flavy, mais qui à l’heure d’aujourd’hui semble plutôt compromise par un manque de preuve évidente d’autant que ce n’était pas dans l’intérêt de ce dernier de la livrer aux Anglo-Bourguignons. La réputation tyrannique de Guillaume de Flavy n’est surement pas étrangère à cette rumeur.

1449, 9 mars, Guillaume de Flavy est assassiné par le bâtard d’Orbandas et de Jean Bocquillion barbier, sous les ordres de sa femme avec l’aide de l’amant de cette dernière Pierre Louvain. [L19-P106]
Après avoir réussi à écarter par la ruse la fidèle garde de Guillaume, Bastoigne et Jean d’Aubigny, Blanche fait entrer en douce le bâtard d’Orbandas qui l’assomme à coup de souche en bois tandis que Jean Bocquillion égorge avec sa lame Guillaume de Flavy. Les deux criminels s’échappent au château de Pierre Louvain tandis que ce dernier rapplique rapidement au château de Nesles pour éviter que les frères de Flavy ne reprennent le château. Le meurtre de Guillaume de Flavy n’est pas sans conséquence pour la ville de Compiègne dont le capitaine devient alors Charles de Flavy frère de Guillaume.

C’est après sa mort que les rumeurs sur une éventuelle trahison de la pucelle d’Orléans vont naître, notamment lors du procès sur l’assassinat de ce dernier. En effet très probablement pour se défendre les accusés vont colportés un nombre incalculable d’histoires atroces à son sujet rendant difficilement crédible les accusations. Alain Bouchart écrit « les grandes chroniques de Bretagne » en 1498 dans lequel il aurait rencontré des personnes affirmant que Guillaume Flavy aurait vendu la pucelle aux Anglais, vu que la prise à Compiègne était en 1430, cela voudrait dire que les deux témoins auraient eu alors plus de 85 ans minimum rendant peu fiable ce récit.

Pierre Louvain qui a collaboré au meurtre de Guillaume Flavy est pourchassé sans relâche par les frères de Flavy, il est tué en 1464 par Raoul.

Blanche se marie avec Pierre Puy, ce dernier est enfermé au Donjon accusé notamment par les beaux-fils Louvain de vouloir s’accaparer l’héritage des lieux. Il est libéré tout en étant dénoncé comme traître de Louis XI…il en ressort donc pour être à nouveau enfermé, cette fois-ci pendant 7 ans.

En 1529 le château est acheté par Anne de Montmorency, qui possède déjà une centaine de château dont celui d’Ecouen et de Fère en Tardenois à quelques centaines de mètres de Nesles.

Le château est démantelé au XVIIe, puis transformé en exploitation agricole.

En 14-18, occupé par les allemands il n’est libéré que le 31 juillet 1918 par la 42e division US commandée par le général Mac-Arthur. 

1922, il est classé monument historique. Il est restauré par la famille Cottin et reste encore aujourd’hui une demeure privée.


 

Blanche d'Aurebruche

source : « Blanche d'Aurebruche, vicomtesse d'Acy, et ses trois maris », par G. du Fresne de Beaucourt, publiée à Amiens en 1863 et Emile Gaillard dans le Bulletin de la Société historique de Haute-Picardie 1929, modifié par montjoye.net

 

 

Blanche d'Aurebruche et Guillaume de Flavy 

 

Malgré l'âge de Blanche ( environ 10 ans ), on se disputait déjà sa main. Un bourguignon anglais, enrôlé sous la bannière de Jean de Luxembourg, Jacotin de Becqtune, avait déjà fait des ouvertures à Robert d'Aurebruche, quand se mit sur les rangs un seigneur renommé, Guillaume de Flavy, l'un des plus célèbres capitaines de son temps, le même dont la conduite a été suspectée lors de la prise de Jeanne d'Arc en 1430, accusation qui, cependant, semble devoir être abandonnée aujourd'hui définitivement. Guillaume avait 37 ans, il appartenait à une famille importante dans le pays ; il était fils de Raoul, seigneur de Flavy et de Basentin, qui, de Blanche de Nesles, avait eu six fils : Jean, Guillaume, Charles, Louis, Hector et Raoul. Jean, Hector et Raoul appartenaient au parti bourguignon ; les trois autres furent les champions de la cause royale.

Les Flavy portaient : « d'hermine à la croix de gueules, chargée de cinq coquilles d'or ».

Guillaume était d'un caractère violent et cruel et représentait le type de ces chevaliers sans foi ni loi, sans pitié, ni remords, mais pleins de cette bravoure féroce qui épouvanta la France pendant les terribles luttes des Armagnacs et des Bourguignons.

Le mariage fut en « pourparlé » au commencement de 1436. En raison du jeune âge de Blanche, Guillaume prit l'engagement d'attendre trois ans avant de l'épouser.

On célébra les fiançailles en juillet 1436. Trois mois après, s'il faut en croire l'avocat de Blanche d'Aurebruche, Guillaume, en dépit de ses promesses, consommait le mariage. Toujours est-il que Blanche apparaît dans les actes des 16 février et 4 septembre 1439, comme femme de Flavy.

Un tel mariage n'annonçait pas chez Guillaume des vues élevées et il ne la prenait que pour avoir ses biens. L'union fut bientôt troublée par les démêlés les plus fréquents. Chacun eût ses griefs, ses torts, ses emportements. Blanche « estoit fort sur« sa bouche et mesmement au regard de boire et souvent « elle estant à table, quant avoit bien beu, elle retenoit du « vin dans sa bouche et le gectoit ès visages de ceulx qui « estaient présens », ainsi s'exprime Poignant, l'avocat de Flavy.

Quant à Guillaume, il se fit donner, par les père et mère de Blanche, toutes leurs terres, moyennant une rente de 300 livres qu'il ne payait pas ; de plus, il « leur mena dure « vie et de desplaisance; ladicte mère cheut en maladie, dont « ala de vie à trespas ».

Le père n'ayant de quoi vivre, « fist un rôle » pour adresser ses plaintes au roi afin d'obtenir provisions. Mais ce rôle tomba "entre les mains de Guillaume, qui battit son beau-père et le fit enfermer au château de Pernant, où il mourut de faim. Dans une plaidoirie du 3 mai 1464, Popaincourt, l'avocat de la vicomtesse d'Acy, ajoute ce trait : « Print « aussi le père et le détint au chastel de Pernant, où, par rage « de fin, l'a fait mourir, le tenait enchaîné et par rage de « fin mangea ses souliers, voire encore sa fiante et finalement « mourut de faim ès dictes prisons, sans avoir des sacrements « de sainte église. » Il est possible que les faits racontés soient largement exagérés, car se fut nié par les Flavy et selon une pièce des Archives nationales, Robert d'Aurebruche serait mort de maladie et avec l'assistance d'un prêtre.

Guillaume de Flavy ne fut pas meilleur époux qu'il n'avait été bon gendre. Il fit vendre à Blanche pour environ vingt mille écus de ses terres et la maltraita pour avoir son consentement ; il la tint même enfermée l'espace de trois mois, menaçant de la faire mourir. Il voulait qu'elle donnât une partie de ses biens, notamment la terre de Janville, à deux de ses rejetons qu'il avait fait légitimer et dont l'un était né pendant leur mariage.

L'avocat Poignant réfute ces accusations en disant que « Flavy était depuis plusieurs années impotent de ses mains « tellement qu'il ne pouvait mettre ses gants ; par quoi n'eut « peu battre ladite Blanche ».  En effet, il était impotent et obèse.

Malgré tout, un enfant nommé Philippe avait été le fruit de cette union. L'enfant vécut peu et ce lien, quelque fragile qu'il fut, ne vint pas retenir l'infortunée Blanche sur la pente fatale où elle allait s'engager.

Petite et frêle d'apparence, elle n'apparaît pas sans énergie, et il est assez naturel qu'elle eût songé à échapper à son tyran en se délivrant, pas tous les moyens possibles, d'un pareil époux.

Nous sommes en 1444. Blanche doit avoir 18 ans. C'est ici que commence l'épisode dont le dénouement sera si tragique. En cette année, Pierre de Louvain, jeune soldat de fortune, originaire du Puy-en-Velay, seigneur de Berzy et de Vierzy, nommé par le roi à la charge de cent lances, vint se loger à Noyon.

Il ne pouvait manquer d'entrer en relations avec le capitaine de Compiègne. Il vit ainsi Blanche d'Aurebruche ; elle était jeune, belle et aussi mal mariée que possible ; il n'en fallait pas plus pour faire naître entre eux un sentiment dont la nature se devine aisément.

Flavy et sa femme résidaient à Pernant. Louvain alla se fixer à Soissons, où, comme seigneur de Berzy, il reçut à hommage Guillaume pour la terre de Pernant. Bientôt le château de ce lieu servit d'abri aux entrevues des deux amoureux. Quand la crainte d'être surpris empêchait Louvain de se rendre à Pernant, un certain Jean Boquillon, barbier, son affidé, déposait ses lettres sous la racine d'un gros arbre et un certain d'Orbendas, autre affidé, allait les prendre et les remettait à la dame. Ces deux entremetteurs ne tardèrent pas à devenir complices.

Blanche devint dans une position intéressante et, au cours d'une, partie de chasse que Louvain vint faire autour de Pernant, on commença à machiner la mort de Guillaume de Flavy.

 

Mort de Guillaume de Flavy

le 9 mars 1449

 

Après avoir donné le jour à un enfant qui reçut le nom de Charles, Blanche fut envoyée à Nesles (i) par son mari, en compagnie d'Orbendas, du barbier, d'un nommé Jacotin le Paige et d'une demoiselle appelée Jeanne.

Prévenu du voyage par le barbier, que lui avait dépêché Blanche, Louvain partit de Soissons à la rencontre de là vicomtesse de Pernant, qu'il atteignit aux bois de Nesles, et là, derrière un buisson, on renoua le complot de la mort de Flavy. Blanche reçut cent mailles d'or des mains de Louvain.

Aux Brandons de l'année 1448, Guillaume vint rejoindre sa femme à Nesles. Aussitôt elle s'entendit avec d'Orbendas et le barbier sur le moyen de lui ôter la vie. Les conjurés durent s'y reprendre à plusieurs fois. En premier lieu ils avaient voulu étouffer le mari sous un oreiller pendant son sommeil, mais le cœur leur avait manqué au moment de l'exécution, non par la faute de Blanche qui, à l'instant où d'Orbendas entrait dans la chambre de Guillaume, lui avait crié : « Tu as peur, il faut faire ce qui a été conclu ». Un potage empoisonné lui fut servi ; l'ayant trouvé trop salé, il ne fit que le goûter et n'en éprouva aucun mal.

Un onguent corrosif appliqué au nez où il avait mal ne produit que peu d'enflure. Un jour, enfin, on recourut de nouveau à l'oreiller et pour le coup le meurtre fut définitivement consommé.

C'était après son dîner, Guillaume venait de compter avec ses gens et était allé dormir en sa chambre « en laquelle avoit « ung huis, yssant sur les murs qui estoit scellé ».

C'est par cette ouverture que Blanche, après avoir renvoyé Bascoigne, serviteur que Flavy avait constamment près de lui, « faignant de vouloir dormir avec son mari », introduisit d'Orbendas. Celui-ci, muni d'un oreiller, le jeta sur la tête de Guillaume en même temps qu'il le frappait d'un bâton: pour l'assommer. Le malheureux cria, Bascoigne accourut à son secours, mais dut fuir devant la menace des assassins.

Pour empêcher ses cris, d'Orbendas lui enfonça son couteau dans la gorge et avec l'aide de Blanche, finit par l'étouffer sous l'oreiller. Aux clameurs de Bascoigne, les serviteurs entrèrent dans la chambre et trouvèrent d'Orbendas à terre auprès du lit, et « Blanche assiz sur le visage de son mari et sa robe « entortillée autour le corps de Flavy » avec les mains pleines de sang...

 

Salle de Seigneur

C'est très probablement dans cette salle que Guillaume de Flavy fut mort étouffé dans son lit.

Le meurtre avait été commis le 9 mars 1449, entre cinq et six heures du soir. Le lendemain matin, Pierre de Louvain, auquel Blanche avait dépêché d'Orbendas, occupait avec ses gens le château de Nesles. Charles de Flavy, l'un des frères de Guillaume, accouru à la première nouvelle de l'assassinat, trouva les portes fermées ; il recueillit seulement le corps du défunt, qu'on menait à Compiègne « sur une charrette, bien « simplement et pouvrement habillé et accompaigné. »

Après avoir rendu les derniers devoirs au corps de Flavy, ses frères ne tardèrent pas à s'occuper de venger sa mort. Ils portèrent l'affaire devant le Parlement, et' le 26 mai 1449, la cour autorisait Hector et Charles de Flavy à faire la poursuite au nom du mineur Charles, alors âgé de cinq ou six mois.

Blanche d'Aurebruche et Pierre de Louvain furent assignés, mais, ayant hésité à se présenter, ils furent pris et jetés en prison, où ils restèrent quelque temps.

Mais Louvain avait l'oreille des hauts personnages, il commandait une compagnie de cent lances, avait la charge de capitaine du Puy. La vicomtesse de Pernant et d'Acy était belle, sa fortune opulente. On prétend qu'André, seigneur de Villequier, bien en cour, se laissa toucher par les douze mille, écus que Blanche lui offrit, et lui fit expédier des lettres de rémission par la chancellerie royale.

Mais l'entérinement de ces lettres fut refusé par le Parlement et la cause allait ' suivre son cours, lorsque Louvain fit si bien que la connaissance de cette affaire fut retirée au Parlement moyennant quatorze mille écus donnés habilement à qui de droit, pour obtenir ainsi que la cause fut évoquée au 'Grand Conseil. Elle y vint dès le 7 août 1449 et, le Ier septembre, elle était entendue.

Plus d'un an après, le 14 septembre 1450, Charles VII, tout en réservant l'intérêt des parties, déclarait entérinée en son Grand Conseil, en présence des seigneurs de son sang, la rémission octroyée à Blanche d'Aurebruche.

Pendant que Blanche recouvrait ainsi tous ses biens, Louvain se voyait privé de sa capitainerie de cent lances. Quant à la tutelle du jeune Charles, elle fut confiée à Charles de Flavy, seigneur de Ronquerolles, l'un de ses oncles, et à Guy de Nesle, seigneur d'Offémont, son grand-oncle.

 

Blanche d'Aurebruche et Pierre de Louvain

 

Le veuvage de la dame de Flavy ne fut pas de longue durée, la chronique assure que, Blanche épousa Pierre de Louvain, clandestinement, trois jours après le meurtre, tandis qu'une autre version affirme que le mariage eût lieu en 1450, de l'exprès commandement du roi et à la requête des parents et amis de Blanche. Leur vie, toutefois, ne fut ni heureuse, ni paisible ; les frères de Flavy ne leur laissèrent guère de relâche. Elle fut troublée par de perpétuelles angoisses ; tantôt Louvain n'échappait qu'avec peine aux coups des émissaires de Flavy ; tantôt il était poursuivi, emprisonné pendant plusieurs mois, et pour lui arracher des aveux, on allait jusqu'à lui infliger les horreurs de la torture. En même temps, mourait le jeune enfant conçu \ dans la haine et dont le berceau avait été si effroyablement ensanglanté. En vain Pierre de Louvain rentra-t-il en possession des honneurs et fut-il, dans la campagne de Guyenne, armé chevalier. Blanche devait mener une triste existence.

Elle eut encore à se plaindre de son second mari. Dans un procès du 3 mai 1464, qui a jeté de si vives lueurs sur l'histoire de la vicomtesse d'Acy et de Pernant, l'avocat Oudrac, dit en propres termes que « Louvain puis aucun temps en « ça a fait enchainer Blanche en une chambre ».

Elle subissait la peine du talion.

Mais, Blanche ne souffrit pas longtemps. Le 15 juin 1464, elle était veuve ; messire Pierre de Louvain, chevalier, seigneur vicomte de Berzy, Acy, Pernant, avait été tué dans une rencontre avec Raoul de Flavy, qui le faisait tailler en pièces par ses serviteurs, tandis que lui-même lui coupait la gorge, lui crevait les yeux. Après quinze ans, l'un des derniers survivants d'entre les frères de Guillaume vengeait enfin sa mort. Du même coup il délivrait la veuve de son frère d'un joug qui lui devenait odieux.

Le meurtre de Pierre de Louvain ne resta pas impuni. Raoul de Flavy, Enguerrand du Boys, et ses autres complices furent condamnés à mort (la peine fut commuée en bannissement) dans le cours de l'année 1464 et obligés de payer 8.000 livres -aux enfants de Louvain et 2.000 livres à sa veuve. 

 

Au moment où cet arrêt fut rendu, le veuvage de Blanche d'Aurebruche avait déjà cessé.

A deux hommes de. Guerre renommés, parvenus aux honneurs et à la fortune, elle avait fait succéder un homme de robe obscur, un maître des requêtes de l'hôtel du roi, mais qui avait pu lui rendre plus d'un service dans l'exercice de sa charge.

 

 Blanche d'Aurebruche et Pierre Puy

 

 

Par traité du 9 septembre 1464, Blanche avait donné sa main à Pierre Puy, conseiller au Parlement. Mais l'inconstante ne s'accommoda pas mieux de la robe que de l'épée.

En 1470, elle plaide avec son nouveau mari. Le Ier mars de cette année, la vicomtesse d'Acy requiert « qu'il soit défendu audit, sur peine de privation de son office et autres grandes peines, qu'il attemptast en la personne de ladite suppliante par voie de fait, ne autrement et qu'il ne la contraigne par menasses à passer aucun contrat, se non de son bon gré et consentement. » La cour faisant droit à sa demande met Blanche et ses enfants « ou seur et saufconduit de ladicte court, et signifie audict Puy sur peine, etc... qu'il ne attempte en la personne de ladicte dame Blanche et de ses enffants... Et pour ce que ledict Puy a fait ses défenses, et incontinent icelle faicte a dit qu'il battrait sa femme, la cour le fait constituer prisonnier en la Conciergerie... »

Deux jours après, la Cour fit comparaître Pierre Puy en présence de Blanche et lui interdit l'aliénation des biens immeubles de sa femme et  de ses enfants, lui défendant également de contraindre .Blanche à passer aucun contrat d'aliénation sans le congé et la licence de la cour. Puy fut ensuite mis en liberté.

 

la fin de vie de Blanche

 

Après la séparation des époux Puy, que devint Blanche ? Peut-être occupa-t-elle la terre de Montalmas, que Puy lui avait cédée en échange du château de Nesles. Quant à Pierre Puy, qui était seigneur de Chéry-Chartreuve, il résidait le plus souvent à Nesles et parfois à Beu, autre château qui lui venait de sa femme.

Blanche conserva le titre de vicomtesse d'Acy et dut même rentrer, par la suite, en possession de la terre de Nesles, car un dénombrement du fief des Fossés, sis à Chouy est rendu par le chapitre de Soissons, en 1487, à Blanche d'Aurebruche, dame de Nesles et vicomtesse d'Acy. Celle-ci, en 1492, était toujours la femme de Pierre Puy, — un troisième veuvage du vivant même de son mari.

Quelle fut la fin de cette orageuse existence ? Il est difficile de préciser, car sans doute on entre dans le roman avec la note suivante que nous reproduisons textuellement d'après l'Histoire de la maison d'Harcourt, par Gilles-André de la Roque : « Denis de Chailly, seigneur du Mesnil-Aubry, l'an « 1443, dont Monsieur Jean, seigneur de Chailly, de la Motte « et du Mesnil-Aubry, qui espousa damoiselle Blanche d'Outrebreuve, vicomtesse Dacy, veuve de Pierre de Louvain, « l'an 1464. Elle était héritière de Guillaume de Flavy, « vicomte d'Acy. »

Blanche d'Aurebruche convola-t-elle à de quatrièmes noces ? Il faudrait admettre alors qu'elle se remaria à 66 ans passés...

En tous cas, les historiens affirment qu'elle vivait encore en l'an 1500. On pourrait donc croire que si elle consentit une dernière fois à se remarier, c'était pour se mettre à l'abri de la haine des Flavy et des Louvain ligués contre elle depuis son union avec Puy, au point que terrifiée par leurs menaces de représailles, « la petite vicomtesse d'Acy » n'osait plus, raconte-t-on, sortir de chez elle.

On ne connaît pas exactement la date de sa mort. De ses divers mariages, la vicomtesse de Pernant eût plusieurs enfants. De Guillaume de Flavy : Philippe et Charles, morts jeunes. De Pierre de Louvain, cinq fils : Claude, Antoine, Gilles, Nicolas et Berthelot. Et de Pierre Puy, un dernier fils nommé Louis.

 

 


 

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