- Détails
- Catégorie : Seine-et-Marne - 77
- Clics : 20478
Château de Montceaux-lès-Meaux
Situé en Seine-et-Marne, le château de Montceaux-lès-Meaux est aujourd'hui une ruine romantique qui cache les vestiges d'un passé prestigieux. Surnommé le « Château des Reines », ce monument est indissociable des grandes figures féminines de la Renaissance française. Situé non loin de Meaux, les ruines romantiques du château de Montceaux ( dit également le château des reines ) donnent l'impression de sortir de terre. Il reste encore un pavillon d'angle "de l'Orme" et les dépendances en cours de restauration.

Château de Montceaux-lès-Meaux selon une gravure de Rigaud, retravaillée en IA
Un palais royal oublié
Édifié au XVe siècle mais transformé de manière spectaculaire au XVIe siècle, probablement par Primatice, Montceaux est devenu une résidence royale de premier plan. Il a successivement appartenu à trois reines emblématiques :
- Catherine de Médicis, qui l'achète en 1555 et en fait une demeure de plaisance somptueuse.
- Gabrielle d'Estrées, la favorite d'Henri IV, qui y mène une vie de cour brillante.
- Marie de Médicis, qui en devient propriétaire après la mort d'Henri IV.
L'empreinte des plus grands architectes
Le château ne se contentait pas d'être un lieu de pouvoir ; c'était un chef-d'œuvre architectural. Des maîtres tels que Philibert Delorme, Jacques Androuet du Cerceau et plus tard Salomon de Brosse ont travaillé à son embellissement. À son apogée, il rivalisait avec les plus grands châteaux de la Loire et d'Île-de-France par son élégance et l'ampleur de ses jardins.
Ce qu'il en reste aujourd'hui
Après avoir été démantelé à la Révolution française, le château a servi de carrière de pierres. De sa splendeur passée, il ne subsiste aujourd'hui que :
- Les colonnes corinthiennes de l'avant-corps du logis.
- Le pavillon d'entrée et les vestiges de la chapelle.
- Une partie des fossés et des dépendances.
- Classé au titre des Monuments Historiques, le site est désormais un lieu de promenade chargé d'histoire, où la nature reprend peu à peu ses droits sur les pierres royales.
Informations
- Adresse : Rue du Château, 77470 Montceaux-lès-Meaux
- Téléphone : 06 80 74 14 98
- Email :
- Heures d'ouvertures & Visites en 2026 au moment de la publication ou mise à jour :
Uniquement sur rendez-vous au : 06 80 74 14 98 ouCette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. Visite libre 5 € Visite guidée 10 €
Les ruines actuelles du château font place à un ou deux anciens châteaux. L’un médiéval ( M. Carro Revue des sociétés savantes des départements Par France. Comité des travaux historiques et scientifiques, France. Ministère de l'instruction publique ) démantelé par Louis VII, il fut transformé en une demeure seigneuriale appartenant à Michel Saligot. Sa construction débute peut-être entre 1504 et 1520 par Michel Saligaut ou Saligot. Un acte de 1504 indique que Michel Saligaut, seigneur de Monceaulx et de Montretout en Brye, s'engage à fonder une chapelle dédiée à la Vierge au "chasteau dudit Montcealx". Jean Laguette, receveur des finances extraordinaires du Roi de France, le reçoit par mariage avec la petite-fille de Michel Saligaut, Marie.
En 1547, Laguette est accusé de malversations et se voit contraint de céder le château à Henri II.
Le roi de France donne le château à Catherine de Médicis qui y fit faire d’importants travaux par Philibert de l’Orme en 1558, il s'agit en grande partie des ruines actuelles.
- En 1595, c’est Gabrielle d’Estrées, galante amoureuse d’Henri IV, qui en prend possession grâce à son amant royal Henri IV. Par ailleurs la site servit de cadre à une entrevue importante entre Henri IV et le duc de Mayenne, le 31 janvier 1596.
- En 1597 elle y fit des travaux avec Jacques Androuet du Cerceau. Le frère de Philibert Delorme , Jean de l’Orme, ainsi que Remy Collin, ont refait les pavillons d’angle, on en reconnait d’ailleurs la marque encore aujourd’hui avec le toit si caractéristique des œuvres de l’Orme.
Mais en 1601, donc 4 ans après la mort de Gabrielle d’Estrée, Marie de Médicis en devient la propriétaire après la naissance du Dauphin. Une marque de reconnaissance du roi envers la reine. Le château fut ensuite transformé en partie mais les travaux s’arrêtèrent en 1622. - 1640, il est laissé à l'abandon.
- En 1783 le prince de Conti reçoit le château en donation par la couronne , mais 10 ans plus tard en 1793, il est confisqué en tant que bien national et détruit en 1799. Il servira de carrière de pierre et certaines sont utilisées pour le tunnel ferroviaire d' Armentières sur Ourcq.
Une belle église traditionnelle, à l'extérieur des ruines du château, mais avec un appareillage discret et assez sophistiqué . - 1914, il est réquisitionné par les allemands et sert de siège à l'Etat-major de Von Kluck.
- 2005, le château et son domaine de 17 hectares - devenus une propriété privée - sont classés au titre des Monuments historiques.
- 2009, le château et son domaine sont vendus.
- 2014, les propriétaires lancent souscription publique nationale pour un plan de sauvetage en urgence avec la collaboration de la Fondation du Patrimoine, de la DRAC Ile-de-France et du Conseil départemental de Seine-et-Marne.
Historique complet du château

Château de Montceaux-lès-Meaux selon une gravure de Rigaud, retravaillée en IA
Les Origines et le Château Féodal
L'occupation du site est très ancienne : une hache en silex y fut trouvée et offerte à la Société d'archéologie le 10 mai 1868.
Dès le VIIe siècle, le roi de France Thierry III fait don de ces terres aux moines de Saint-Denis. Plus tard, un premier château fort y est érigé, mais face aux exactions de ses seigneurs qui dépouillent les voyageurs, le roi Louis le Jeune s'en empare et le détruit en 1138.
Plusieurs actes jalonnent l'histoire de la seigneurie locale : en 1167, André, Simon et Eudes vendent des biens ; vers 1190, Geoffroi se qualifie seigneur de Montceaux ; et en janvier 1202, André de Montceaux offre des bois au monastère de Saint-Fiacre.
Un arrêt du Parlement du 6 avril 1315 atteste que la seigneurie appartient à Guillaume Flotte, fils du chancelier tué à la bataille de Courtrai en 1304. La fille de ce seigneur, Françoise, mourra en 1337.
En 1404, l'évêque de Meaux (frère du nouveau propriétaire Bernard de Dormans) meurt, et le domaine passera ensuite à une dame de Dormans, attestée en 1487.
En 1498, le château n'est plus qu'un vieux manoir délabré abritant le seigneur Michel Saligot. Ce dernier y fonde une nouvelle chapelle par un acte du 20 janvier 1504. Son fils, Arthus Saligot, comparaîtra en 1509 à la publication de la coutume de Meaux.
La Renaissance
L'histoire royale de Montceaux s'ouvre avec Catherine de Médicis, mariée au Dauphin en 1533 (qui deviendra le roi Henri II en 1547). Fascinée par le lieu, elle décide de raser l'ancien donjon pour construire un magnifique palais, chantier qui s'étalera de 1549 à 1560.
Ces transformations magistrales seront d'ailleurs décrites dans des mémoires intendants rédigés en 1695. L'architecture n'est pas confiée à Philibert Delorme (auteur d'un traité en 1578), ni à Salomon de Brosse (né seulement vers 1560 et dont les mémoires seront étudiés en 1880), mais au Primatice.
Ce dernier est payé entre 1540 et 1550, et dirige toujours les travaux en 1560 (il mourra finalement en 1570). À ses côtés œuvre le grand menuisier Scibect (qui avait travaillé à Fontainebleau de 1538 à 1558), signant un contrat décisif le 9 mars 1559 (juste avant Pâques).
L'année 1558 est particulièrement effervescente. Les comptes de l'écurie de la Reine de 1557-1558 (étudiés en 1881) et de l'année 1559 montrent l'arrivée massive de mobilier. En mars 1558, des meubles arrivent de Paris ; ils y reviennent en mai 1558 lors d'une visite de la Reine.
En juin 1558, nouveau voyage, suivi en août 1558 de la livraison de melons expressément demandée par la souveraine. Le 1er juillet 1558, des lettres patentes lui accordent le comté de Meaux, et en septembre 1558, éclate la conspiration de Caboche dont le château subit les répercussions.
Veuve le 10 juillet 1559, Catherine de Médicis continue de chérir Montceaux.
Elle nomme Antoine de Navarre lieutenant général en décembre 1560. En 1562, elle y est très présente : le 14 mai 1562, elle obtient la confirmation de ses profits, et le 27 mai 1562, le jeune Charles IX y reçoit un serment de fidélité de la population. Le 21 septembre 1562, Claude Gouffier y remplace le gouverneur des Ursins.
En 1564, Abraham de Lamotte est installé comme capitaine de Montceaux. La région n'échappe pas aux guerres de Religion : en avril 1566, Coligny y passe avec ses troupes ; le 26 avril 1566, on y signe néanmoins le contrat de mariage de Jacques de Savoie ; et fin septembre 1567, la fameuse "Surprise de Meaux" est menée par les protestants.
La Reine confie la surintendance des bâtiments à Jean Potier en 1578. Face aux dettes, des lettres du 25 juillet 1578 l'autorisent à vendre sa châtellenie de Crécy (laquelle sera engagée en 1586, cédée en 1601, et dont des documents seront mis en vente en avril 1872). Catherine de Médicis meurt en 1589 et son fils Henri III est assassiné le 31 juillet 1589.
Henri IV et Gabrielle d'Estrées
La ville de Meaux se soumettant à Henri IV le 1er janvier 1594, le roi s'éprend du domaine de Montceaux pour l'offrir à sa maîtresse, Gabrielle d'Estrées. Gabrielle avait déjà acheté Vendeuil en 1594 et acquerra Beaufort en 1597.

Le 21 mars 1595, l'ancien créancier Marc Miron cède ses droits (une recette de 1595 indique la présence du roi au château), et par un décret du 27 mars 1596, la terre est officiellement adjugée à la marquise le 26 avril 1596.
Montceaux devient le théâtre de la réconciliation avec le chef de la Ligue : 50 musiciens y arrivent le 30 janvier 1596 pour une fête somptueuse. Venu du camp d'Amiens le 25 juin 1596, Henri IV séjourne au château du 10 juillet 1596 à la mi-septembre. Il y revient en septembre 1597 et l'année suivante. En juin 1598, le roi y reçoit avec faste l'ambassadeur d'Espagne. Lors d'une grande cérémonie le 28 juillet 1598, Henri IV y touche 1 500 malades des écrouelles. Le 27 septembre 1598, il reçoit les députés du clergé mais tombe gravement malade, nécessitant l'organisation d'un somptueux ballet à la fin octobre 1598 pour sa convalescence. (On note au passage la mort du concierge et peintre Mathieu de Beaubrun en 1597).
Le destin frappe lorsque Gabrielle d'Estrées meurt brutalement dans la nuit du 9 au 10 avril 1599. Dès le 14 avril 1599, le roi ordonne l'inventaire des trésors du château, détaillé par de nouvelles lettres les 27 et 28 avril 1599, et clôturé les 4, 5 et 6 mai 1599 (document qui fera l'objet d'une étude en 1841).
Par la suite, des lettres patentes du 25 mai 1600 accordent une rente aux héritiers de Gabrielle, et le 10 août 1600, de nouvelles lettres affirment que le Roi reste propriétaire de tout le mobilier.
L'Époque de Marie de Médicis et de Louis XIII
En 1601, le jeune César (fils de Gabrielle) devient marquis de Montceaux. Cette même année, le Roi y reçoit les ambassadeurs de Venise en juin 1601, y signe une ordonnance sur les monnaies en septembre 1601, tandis que la nouvelle reine, Marie de Médicis, est sur le point d'accoucher le 27 septembre 1601.
Des fêtes grandioses s'y étalent du début du mois d'août à la mi-octobre 1608 (un brevet date du 27 décembre 1608). Bassompierre (dont le journal sera édité en 1877) y retrouve la Reine après Pâques 1613. Ce dernier est payé comme colonel des Suisses en 1614, avant de devenir grand maître de l'artillerie en 1617 suite à l'assassinat de Concini.
L'année 1615 marque l'arrivée de l'architecte Salomon de Brosse et le mariage de Louis XIII. Marie de Médicis y engloutit plus de 100 000 livres en 1615, 1616 et 1617, avec l'appui d'un brevet lui allouant 72 000 livres le 10 août 1616. Louis XIII, quant à lui, y donne un festin majestueux à la mi-août 1618 et y reçoit solennellement un ambassadeur Turc en septembre 1618 (récit publié le 23 septembre 1618). À partir de 1618, Salomon de Brosse n'est plus payé, et l'entretien se dégrade : on doit étayer des poutres en 1619. Pourtant, de grandes fêtes durent quinze jours en novembre 1619, avec un don royal de 600 livres le 10 novembre 1619. (Le vieux concierge de Lyvet, âgé de 82 ans, meurt en 1621).
Marie de Médicis visite la région en octobre 1627 et reçoit le maréchal de Vitry à Montceaux en janvier 1628. (L'ancien intendant Laurent de Naberat meurt en 1630). Le roi érige la terre de Richelieu en duché-pairie en août 1631 et séjourne longuement au château avec Anne d'Autriche en juillet et août 1631.
Richelieu les y accompagne en 1633 et y reste jusqu'à la mi-septembre 1634 (époque du recueil de gravures de Van Theulden de 1633, qui connaîtra une seconde édition en 1640). Le dernier grand gouverneur, Louis de Vieupont, y meurt le 18 novembre 1637.
Le Lent Déclin sous Louis XIV et Louis XV
La mort de Louis XIII survient le 14 mai 1643, marquant l'abandon progressif de Montceaux. Après une adjudication des dettes le 18 juillet 1644 et un brevet sur la justice le 2 juillet 1645, la capitainerie est cédée au duc de Tresme en 1645. (Un militaire de l'ancienne garde périra au siège de Thionville le 4 août 1645). En février 1648, des lettres de Louis XIV sont émises, et la même année 1648, le bailli lève un impôt de 1300 livres tandis que Tresme est érigé en pairie. On note la mort des Yveteaux le 9 mars 1649.
Pendant la Fronde, le château loge plus de 3000 soldats ravageurs du 10 au 15 mars 1652. Une revente partielle a lieu par contrat le 28 mars 1654. Les droits seigneuriaux seront heureusement renouvelés par brevets les 30 juillet 1654 et 15 mai 1660 (entre temps, Monsieur Desfossez meurt en mai 1656). Colbert prend les choses en main comme surintendant dès 1664. Le 26 avril 1665, il envoie l'architecte Chamois pour sauver le bâtiment de la ruine, dépensant 15 000 livres dès 1665 pour les toitures. Une ordonnance juridique est rappelée le 20 octobre 1666.

Jean Baptiste Colbert
Le 23 mars 1667, Colbert commande des pierres, et les maçons sont payés en 1668. Le 19 avril 1670, un acte conforte le duc de Tresme, suivi le 27 mai 1670 de lettres accordant 40 000 livres pour l'entretien. Entre 1670 et 1680, de luxueuses maisons de plaisance poussent autour. Charles-Henri de Beaubrun obtient la charge de concierge le 17 janvier 1677. En 1679-1680, le graveur Israël Silvestre est payé 2000 livres (mention portée au registre des bâtiments de 1680) pour immortaliser le château avant que Louis XIV n'y effectue que de brefs passages les 5 juin 1683 et 6 juin 1687. (Un édit mineur passe en septembre 1691).
En 1704, le vieux duc de Gesvres meurt.
Les habitants se plaignent du manque d'église en 1708, ce qui pousse le cardinal de Bissy à ériger la chapelle en cure le 25 septembre 1710, ratifié par un brevet de Louis XIV en décembre 1710. En 1719, le fils de Gesvres cède ses droits au comte d'Évreux, avec l'aval du Roi le 9 octobre 1719. Le prêtre local alerte sur la misère en 1733, obtenant la réunion d'une autre chapelle par lettres d'octobre 1733. À la mort du comte d'Évreux le 20 janvier 1753, le duc de Tresme reprend sa place et célèbre son installation le 14 octobre 1753. Le roi accorde la survivance de la charge au marquis de Gesvres le 19 mars 1758, et finira par concéder des forêts en 1784.
La Révolution Française et la Ruine Définitive

Un des éléments restants du château, le porche d'entrée.
L'histoire s'arrête brutalement avec la Révolution. En 1789, le dernier grand possesseur de ces lieux, le comte de la Marche, émigre. (L'auteur mentionnera dans ses autres travaux le célèbre Beaurepaire en 1792).
Louis-Joachim-Paris Potier, dernier héritier noble, périt sur l'échafaud en juillet 1794.
Dès l'an II (1793-1794), le magnifique palais de Catherine de Médicis est confisqué comme propriété nationale et sert de camp pour des prisonniers de guerre en fructidor. Le 1er pluviôse an III (janvier 1795), commence la tragique adjudication et dispersion de tous ses meubles. Le 29 thermidor an IV (août 1796), une vente aux enchères des bâtiments se tient à Melun.
L'architecte Clicquot dresse une ultime et précieuse expertise en l'an V (1796-1797). Le 19 ventôse an VI (mars 1798), l'adjudication définitive livre l'immense domaine au démolisseur Jean-Marie Caillat.
Un sombre procès-verbal du 11 floréal an VI constate le pillage et l'arrachage des plombs. La destruction est rapide : dès le 4 thermidor de la même année (an VI), Caillat se débarrasse des terres et cède le grand parc à la veuve Baticle.
Enfin, au XIXe siècle, plusieurs documents referont surface pour témoigner de cette grandeur perdue : l'étude de Fréville en 1841, l'amateur d'autographes en 1865, une vente d'actes de Crécy en avril 1872, la vente d'autographes de Pécard en 1873, et des mémoires annexes de l'auteur en 1881 et 1882, avant qu'il ne rédige cet article finalisé et édité en 1885.
Ce récit chronologique est basé sur la monographie rédigée par Th. Lhuillier en 1885 (dont le mémoire fut lu à la Sorbonne le 16 avril 1884).
Une des scènes des Visiteurs à la Révolution a été tournée au château