Bertrand de Poulengy

Né  vers la fin du XIVe siècle, il est appelé dans le procès de réhabilitation de Jeanne d'Arc comme « Bertrand Pollichon » par Gobert Thibaut, probablement un surnom mais qui ne fut utilisé à priori que par ce dernier, les autres témoins du procès l'appelant Poulengy ( Poulegny ). Selon son témoignage au procès en réhabilitation de 1456, il prétend avoir environ soixante-trois ans, il témoigne alors à Toul, il est alors qualifié "écuyer au service du roi".
Il est connu aujourd'hui pour avoir escorter Jeanne d'Arc à Chinon, néanmoins on ne sait guère de chose sur ce personnage de l'histoire de Jeanne, tout au mieux on sait qu'il est présent au retour du sacre à Reims.
Il déclare voir Jeanne, vers le 13 mai 1428, afin de rencontrer Robert de Baudricourt, capitaine de Vaucouleurs.

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Vue artistique de Robida de la chevauchée de Jeanne, Jean de Metz et Bertrand de Poulengy.

Il fait parti de l'escorte de Jeanne entre Vaucouleurs et Chinon qui se composait de :

Jean de Metz, et son servant Julien

Bertrand de Poulengy, avec son servant Jean de Honnecourt

Colet de Vienne, messager du roi

Richard, un archer.

 

On ne sait que très peu de chose à son sujet, on le retrouve au retour du sacre de Reims en octobre 1429 : « Jehan de Mes et Barthelemy de Poulegny », appartenant à la « compagnie de la Pucelle ».

 

Déposition de noble homme Bertrand de Poulengy, écuyer du roi, guide de Jeanne.(2)

Je fus à plusieurs reprises chez les parents de Jeanne. C’étaient de bons laboureurs. Quant à Jeanne, j’ai entendu dire que c’était une bonne enfant, de bonne conduite, allant à l’église et, à peu près chaque samedi, à l’Hermitage de la bienheureuse Marie de Bermont, où elle apportait des cierges, filant et quelquefois aussi gardant les bestiaux et les chevaux de son père.

Depuis son départ du logis de son père, je l’ai vue à Vaucouleurs et ailleurs à la guerre. Elle se confessait souvent, jusqu’à deux fois en une semaine, communiait et était fort pieuse.

Jeanne vint à Vaucouleurs vers la fête de l’Ascension de Notre-Seigneur. Je la vis parler au capitaine Robert de Baudricourt. Elle lui disait: « Je suis venue à vous de la part de mon Seigneur, pour que vous mandiez au dauphin de se bien tenir et de ne pas cesser la guerre contre ses ennemis. Avant la mi-carême le Seigneur lui donnera secours. De fait, le royaume n’appartient pas au dauphin, mais à mon Seigneur. Mais mon Seigneur veut que le dauphin soit fait roi et ait le royaume en commande. Malgré ses ennemis le dauphin sera fait roi, et c’est moi qui le mènerai au sacre. » Robert lui dit « Quel est ton Seigneur? » Et elle dit: « Le roi du Ciel! ».

Après cette entrevue, Jeanne s’en retourna au logis de son père, avec un oncle à elle, nommé Durand Laxart, de Burey-le-Petit.

Plus tard, vers le commencement du carême, elle vint à Vaucouleurs chercher compagnie pour aller trouver le dauphin. Ce que voyant, Jean de Metz et moi, nous pro. posâmes de la conduire au roi, pour lors dauphin.

Après un pèlerinage à Saint-Nicolas, Jeanne s’en fut trouver monseigneur le duc de Lorraine qui lui avait envoyé un sauf-conduit et la voulait voir. De là elle revint à Vaucouleurs et y logea chez Henri le Royer.

Cependant Jean de Metz et moi finies tant, avec l’aide d’autres gens de Vaucouleurs, que Jeanne quitta ses vêtements de femme qui étaient de couleur rouge et que nous lui procurâmes une tunique et des vêtements d’homme, des éperons, des guêtres, une épée et tout ce qui s’ensuit, avec un cheval. Puis moi avec Jean de Metz, son servant Julien et Jean de Honecourt, mon servant, accompagnés de Colet de Vienne et de Richard l’archer, nous nous mîmes en route pour aller trouver le dauphin.

La première journée du voyage, craignant d’être appréhendés par les Bourguignons et par les Anglais, nous marchâmes. toute la nuit. Les nuits suivantes, Jeanne couchait à nos côtés près de Jean de Metz et moi, tout habillée, avec une couverture sur elle et gardant ses chausses liées à son justaucorps. J’étais jeune pour lors et cependant je ne ressentis contre cette fille aucun désir coupable, aucun appétit charnel, tant la bonté que je voyais en elle m’inspirait de révérence. Pendant les onze jours que dura le voyage, nous eûmes bien des angoisses. Mais Jeanne nous disait toujours: « Ne craignez rien. Vous verrez comme à Chinon le gentil dauphin nous fera bon visage. » En l’entendant parler, je me sentais tout enflammé. Elle était pour moi une envoyée de Dieu.

Je n’ai jamais rien vu de mal chez Jeanne. Elle fut toujours bonne comme si elle eût été une sainte. Elle ne jurait jamais. Pendant le voyage, elle nous disait qu’il serait bien d’entendre la messe. Mais tant que nous étions en pays ennemi, nous ne pouvions. Il ne fallait pas être reconnu.

Voilà comment nous finies route ensemble sans grand empêchement et arrivâmes à Chinon où était le roi, pour lors dauphin. Une fois à Chinon, nous présentâmes la Pucelle aux nobles et aux gens du roi.

Sur les faits et gestes de Jeanne, je m’en rapporte à eux.

Je ne sais rien de plus dont je puisse rendre témoignage.

 

Procès de réhabilitation, Déposition de Bertrand de Poulengy,

version plus complète ( 5 )

 

Noble homme messire Bertrand de Poulengy, écuyer de la maison du roi de France, âgé d'environ soixante-trois ans, trente et unième témoin produit dans cette cause d'inquisition, juré et interrogé dans cette cité de Toul l'an et le samedi sixième jour de février susdits, requis par serment...

I à III.
A savoir sur le premier des articles commençant par « Premièrement sur le lieu d'origine, etc... », et aussi sur les deuxième et troisième articles suivant, requis, il déclara par serment que la Jeanne en question naquit, à ce qu'on dit, à Domremy ; son père fut Jacques d'Arc, de ce village ; il ignore le nom de sa mère ; mais il est allé plusieurs fois dans leur maison et sait que c'étaient de bons laboureurs, comme il l'a vu. Ne sait rien d'autre sur le contenu de ces articles.

IV à VIII.
Sur le quatrième article suivant, commençant par « De même si dans son plus jeune âge, etc... », requis, il déclara ne rien savoir si ce n'est pas ouï-dire. Il entendit dire en effet que cette Jeanne dans son jeune âge était une bonne fille, de bonne tenue ; elle aimait aller à l'église, et presque chaque samedi elle allait à l'ermitage Notre-Dame de Bermont et y portait des cierges. Déclara aussi qu'elle filait, gardait parfois les animaux et les chevaux de son père. Ajouta qu'après son départ de la maison paternelle il la vit, tant à Vaucouleurs qu'ailleurs dans la guerre ; et il la vit se confesser souvent et parfois à deux reprises dans la semaine ; elle recevait l'eucharistie et était fort pieuse. Ne sait rien d'autre sur le contenu de ces articles.

IX.
Sur l'article suivant, le neuvième, commençant par « De même qu'en est-il, etc... », requis, il déclara avoir vu plusieurs fois l'arbre en question, et il y alla pendant une douzaine d'années avant d'avoir rencontré Jeanne. Il ajouta avoir entendu dire que les jeunes filles et les jeunes gens du village de Domremy et des autres villages voisins vont durant l'été se promener et faire des rondes sous cet arbre. Ne sait rien d'autre sur le contenu des articles.

X.
Sur l'article suivant, le dixième, commençant par « De même qu'on enquête, etc... », requis, il déclara par serment que Jeanne la Pucelle vint à Vaucouleurs, vers l'Ascension du Seigneur ( 13 mai 1428 ), lui semble-t-il, et il la vit alors parler à Robert de Baudricourt, le capitaine de la ville ; elle disait être venue vers Robert de la part de son Seigneur, pour qu'il mandât au dauphin de tenir bon et de ne pas engager bataille contre ses ennemis, car son Seigneur lui apporterait un secours avant la mi-carême. Cette Jeanne disait en effet que le royaume n'appartenait pas au dauphin, mais à son Seigneur ; ce dernier cependant voulait que le dauphin devint roi et tint le royaume en commande ; elle ajoutait que, malgré ses ennemis, le dauphin deviendrait roi et qu'elle le conduirait pour le faire sacrer. Lequel Robert lui ayant demandé quel était son Seigneur, elle répondit : « Le roi du ciel. » Cela fait, elle retourna à la maison de son père avec un de ses oncles, nommé Durand Laxart de Burey-le-Petit. Ensuite, vers le début du carême, Jeanne revint à Vaucouleurs, cherchant une compagnie pour aller vers le seigneur dauphin ; voyant cela le témoin, lui, et Jean de Metz proposèrent ensemble de la conduire au roi, alors dauphin. Après être allée en pèlerinageà Saint-Nicolas et s'être rendue grâce à un sauf-conduit auprès du duc de Lorraine, qui voulait la voir, Jeanne revint à Vaucouleurs dans la maison d'Henri Le Royer de ladite ville ; alors Bertrand, le témoin qui parle, et Jean de Metz firent tant, avec l'aide des autres gens de Vaucouleurs, qu'elle put quitter ses vêtements féminins, de couleur rouge, pour ce qu'ils lui firent préparer : une tunique et des vêtements d'homme, des éperons, des chausses, une épée et autres choses semblables, ainsi qu'un cheval ; puis avec ladite Jeanne, avec Julien, serviteur dudit témoin, Jean de Honnecourt, serviteur de Jean de Metz, Colet de Vienne et Richard l'Archier, ils se mirent en route pour aller vers le dauphin. Au départ du pays, le premier jour, ils craignaient les bandes de Bourguignons et d'Anglais, alors tout-puissants, et ils marchèrent pendant une nuit. Le témoin déclara aussi que cette Jeanne la Pucelle lui disait, à lui, témoin, à Jean de Metz et aux autres allant avec eux, qu'il serait bon d'entendre la messe ; mais ils ne le purent, tant qu'ils furent dans les pays en guerre, pour ne pas être reconnus. Chaque nuit elle était couchée avec lesdits Jean de Metz et le témoin, elle était cependant revêtue de son pourpoint et ses chausses lacées et fixées. Il déclara aussi qu'à cette époque lui, témoin, était jeune ; cependant il n'avait pas le désir ni quelque envie charnelle de connaître une femme, et il n'aurait pas osé solliciter ladite Jeanne, à cause de la bonté qu'il voyait en elle.
Ledit témoin ajouta qu'ils restèrent onze jours en voyage pour aller jusqu'au roi, alors dauphin, et en route ils eurent beaucoup d'inquiétudes ; mais Jeanne toujours leur disait de ne rien craindre, car, une fois arrivés dans la ville de Chinon, le noble dauphin leur ferait bon visage. Elle ne jurait jamais ; et le témoin, selon ses dires, était très enflammé par ses paroles, car elle lui semblait être envoyée par Dieu ; jamais en elle il ne vit quelque chose de mauvais, mais toujours elle fut une fille si bonne qu'on aurait dit une sainte ; et ainsi ensemble, sans grand encombre, ils cheminèrent jusqu'au lieu de Chinon, où était le roi, alors dauphin ; et arrivés audit lieu de Chinon, ils présentèrent ladite Pucelle aux nobles et gens du roi, auxquels le témoin s'en rapporte pour les actions de Jeanne. Il ne saurait rien ajouter à sa déposition.

sacre charles VII cathedrale Reims Jeanne dArc

Sacre du roi avec la présence de Jeanne d'Arc et ses compagnons.

XI.
Sur le chapitre suivant, le onzième, commençant par « De même si dans ledit pays, etc... », requis, il déclara ne rien savoir, si ce n'est qu'il entendit dire par quelques personnes que l'enquête avait été corrigée ; mais ne sait qui agirent ainsi.

XII.
Sur l'article suivant, le douzième, commençant par « De même si quand, etc... », requis, il déclara ne rien savoir.

N'en sait pas plus. Cité il vint, et a déposé sans passion ni haine, sans être sollicité ni payé, sans crainte ni partialité.
Et il lui fut enjoint, etc...

 

 

sources :  Jeanne d'Arc à Chinon et Robert de Rouvres - Motey (du) - (1)stejeannedarc - Guichet du Savoir - Le compte de Hémon Raguier est publié par Jules Quicherat, Les procès de Jeanne d'Arc, t. V, Paris, 1849, p 257-258, 265, 267-268, 271,, tome 11, p. 1-209. - (2) Le procès de Jeanne d'Arc - Société Archéologique de l'Orléanais, Proces De Condamnation De Jeanne d'Arc Traduction Et Notes · Volume 2 Par Y. Lanhers, P. Tisset · 1970, "La rédaction épiscopale du procès de 1455-1456" - Paul Doncoeur et Yvonne Lanhers - 1961 (5).