Château d'Ecouen, Musée de la Renaissance
 

 

Musée de la Renaissance, Château Ecouen

 

C'un château du XVIe siècle, situé dans le Val-d'Oise. Il est actuellement le Musée National de la Renaissance. Il possède une importante collection d'objets de la Renaissance, c'est un édifice majeur du Val d'Oise et de l'Île de France. On y trouve un mobilier de la renaissance, mais aussi de très belle cheminée d'époque peinte, la nef de Charles Quint, des armoires à deux corps et des objets précieux.
 

Historique & Histoire
  Sources :  documentation au châteauet voir en bas de page

 

Lorsqu’on débouche vers l’Est, à l’extrémité de la forêt de Montmorency, on aperçoit au-delà d’une plaine légèrement ondulée, au faîte d’un coteau boisé, un faisceau de toits aigus et de hautes cheminées à demi cachés dans la verdure. Cette lointaine silhouette est pleine de grâce et de noblesse. On s’informe. Ce monument que l’on vient de découvrir n’est autre que le château d’Écouen, jadis rival de Chantilly, et qui reçut des rois dans ses murailles aujourd’hui presque inconnues.

La masse des Parisiens ignore en effet ce chef d’œuvre exquis et presque intact, ce qui ne gâte rien. Il est assez malaisé de le visiter. C’est grand dom­mage : un chef-d’œuvre de la Renaissance est ainsi condamné à une sorte d’oubli que rien ne justifie. Essayons cependant d’y pénétrer. Après une course à travers bois, voici le village d’Ecouen. Au-dessus des maisons étagées apparaît le château. La masse est im­posante, d’une élégance sobre. La justesse des pro­portions est un ravissement. Elle s’affirme surtout dans la savante combinaison de l’ordonnance du logis, daas l’espacement des hautes croisées à meneaux, dans la dimension des toitures coupées de cheminées monumentales, et surtout dans la belle loge en arcade qui occupe le milieu de la façade que l’on découvre à l’arrivée. Les arêtes sont fines et nettes comme si l'é­difice sortait des mains de l’ouvrier. Encore quelques pas et l’on se trouve devant l’entrée du château. Une galerie sans caractère a remplacé le beau portique à trois étages par lequel on pénétrait dans la cour. C’est la seule mutilation que nous avons à regretter. A cela près la cour est entière, et si le connétable rentrait en son manoir il se reconnaîtrait aussitôt chez lui.

Anne de Montmorency, musée du LouvreLes trois côtés de la cour, uniformes d’ailleurs, pré­sentent chacun à leur centre un avant-corps d’ordon­nance différente. Ce sont, à droite, deux ordres de colonnes isolées et superposées ; à gauche, un seul ordre de colonnes corinthiennes de grande dimension, embrassant la hauteur des deux étages ; au fond, en face de l’entrée, l’imitation en miniature d’un arc de triomphe antique. Les bâtiments n’ont qu’un étage sur rez-de-chaussée, mais au-dessus de chaque croisée se profile une lucarne d’un dessin élégant et correct. Sauf sur les avant-corps que nous avons décrits, les sculptures sont rares mais exécutées avec une perfec­tion exquise.

Les appartements n’ont conservé de leur décora­tion primitive que quelques restes de peintures sur les solives et les poutres des plafonds ; celles qui se voient encore sur quelques cheminées ont beaucoup souffert des nombreuses couches de badigeon dont on les a empâtées et qui ont été récemment enlevées.

La chapelle, avec ses fenêtres ogivales et ses voûtes à nervures richement peintes, est une composition d’un mérite singulier. Elle a conservé carrelage en faïence émaillée par Bernard Palissy, sa belle tribune en boiserie supportée par des consoles de pierre ; mais elle a perdu ses vitraux où se voyaient le portrait du connétable de Montmorency et de ses cinq filles, et son bel autel composé et sculpté par Jean Bullant, qui décore maintenant la chapelle de Chantilly.

A Chantilly se trouvent aussi maintenant les vitraux représentant l’histoire de Psyché d’après les dessins de Raphaël, et qui furent le plus précieux ornement delà galerie d’Écouen. Le Louvre possède les deux Captifs de Michel-Ange, autrefois placés dans les niches du portail de la cour, à gauche de l’entrée, ainsi que le Christ mort du Rosso, jadis suspendu dans la chapelle. Mais que sont devenus, et le dallage de la cour d’hon­neur, dont la mosaïque formait un labyrinthe ; et les statues de Jean Goujon et de Paul Ponce ; et les antiques tant vantés des péristyles et des escaliers ; et les tableaux des maîtres italiens qui ornaient les vastes galeries ; et ces tables fameuses, l’une de trois pieds de diamètre, faite du bois d’un seul cep de vigne, l’autre de six pieds, formée d’un seul caillou gris de fer, avec des taches blanchâtres en forme de croissants très polis, sans aucun grain ni fil ?

Mais où sont les neiges d'autan?

Ce beau palais fut bâti comme Chantilly par le connétable Anne de Montmorency, lorsque ce grand capitaine quitta la cour après le voyage de Charles- Quint en France. Il y vécut dans la retraite, mettant ses immenses richesses au service de son goût pour les beaux-arts, conservant aussi d’étroites relations avec l’héritier présomptif de la couronne, le dauphin Henri. C’est là, dit-on, que ce prince obtint les premiers ren­dez-vous de la belle Diane de Poitiers dont les crois­sants figurent dans toutes les sculptures du château. Le connétable favorisait cette intrigue dont il devait si bien profiter quelques années plus tard, grâce à son influence sur la favorite, et prêtait complaisamment son château à l’amoureux Henri dont la passion s’avi­vait par le mystère. D’après Brantôme, une fille serait née à Ecouen de cette liaison, et Henri ayant voulu la légitimer, Diane s’y serait opposée avec fierté : « J’é­tais née pour avoir des enfants légitimes de vous; j’ai été votre maîtresse parce que je vous aimais, je ne souffrirais pas qu’un arrêt me déclarât votre concu­bine. » La réponse est orgueilleuse, le caractère de Diane la rend vraisemblable.

Les fils et le petit-fils d’Anne de Montmorency con­tinuèrent d’habiter le château d’Ecouen et de l’embellir Après l’exécution du maréchal, sa sœur, Charlotte de Montmorency, princesse de Condé, hérita de cette terre et la fit passer dans sa nouvelle famille. Louis XIII chas­sait quelquefois dans les forêts voisines. Quelques se­maines après le procès de Toulouse, il fut surpris par la nuit dans les bois de Montmorency et vint coucher à Écouen alors inhabité. On le conduisait à son appar­tement. Le flambeau qu’on portait devant lui dissipait mal l’ombre épaisse des galeries désertes. Soudain le roi recule : « il est là ! 11 est là. Emmenez-moi. Ne le voyez-vous pas ! » La terreur est peinte sur son visage ; de son doigt tremblant il montre un coin de la salle. On approche la torche. Un portrait en pied du maréchal ornait le tympan de la cheminée ; les jeux d’ombre et de lumière avaient prêté à cette figure entrevue dans la nuit une apparence dé vie effrayante pour l’imagination superstitieuse du roi. On eut beaucoup de mal it le rassurer. 11 est à croire qu’il ne revint plus à Ecouen.

Les Condé négligèrent cette belle résidence qu’ils ont possédée jusqu’à la Révolution. Devenue alors domaine national, elle fut affectée par Napoléon au service de la Légion d’honneur. On y établit une maison d’éducation encore existante. Les voix rieuses des jeunes filles animent ce vaste logis qu’illumina jadis la triomphante beauté de la duchesse de Valentinois, où retentirent parfois ces patenôtres légen­daires que le terrible connétable interrompait pour ordonner de pendre ou de brûler ses prisonniers !

Telle est l’histoire d’Ecouen ; elle est brève, et cette indigence de souvenirs explique peut-être la rareté des visiteurs qui se pressent au contraire dans des châteaux inférieurs, sous le rapport de l’art, au logis favori des derniers Montmorency. 

 source : Les palais nationaux : Fontainebleau, Chantilly, Compiègne, Saint-Germain, Rambouillet, Pau, etc., etc. / par Louis Tarsot et Maurice Charlot ( date d'édition inconnue mais probablement fin XIXe ), numérisation et OCR par montjoye.net avec quelques légères modifications. Vous pouvez néanmoins trouvez un exemplaire sur gallica : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6448891b

 

 


 

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