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Yolande d'Aragon
Yolande d’Aragon, duchesse d'Anjou, était née en 1381 à Saragosse et décédée le 14 novembre 1442 sur l'ïle d'Or à Saumur. Elle était la fille de Jean Ier, roi d'Aragon, et de Yolande de Bar, elle-même descendante de Jean II le Bon. Elle devint duchesse d'Anjou, comtesse du Maine et de Provence, reine de Naples et de Jérusalem titulaire, ainsi que dame de Guise.
Portrait imaginaire de Yolande d'Aragon.
Yolande d'Aragon : une influence entre ombre et lumière
Elle est un personnage historique majeur, souvent discrète mais profondément influente. On lui prête fréquemment un rôle d'instigatrice dans l'épopée de Jeanne d'Arc ; pourtant, si son action fut réelle dans de nombreux domaines, son intervention directe dans l'émergence de la Pucelle n'est étayée par aucun document d'époque. Néanmoins, selon l'historien Philippe Contamine, elle a probablement exercé une influence sur l'intégration de Jeanne dans sa propre stratégie politique anti-bourguignonne. L'idée d'une intrigue orchestrée par Yolande est surtout relayée par les sources anglo-bourguignonnes, mais aucun écrit contemporain ne permet d'affirmer un tel lien. Par ailleurs, aucune chronique de l'époque n'en fait état et aucune trace écrite ne témoigne d'une quelconque action de sa part pour libérer Jeanne des mains des Anglais.
Alliances matrimoniales et descendance
Elle fut fiancée à l'héritier d'Anjou, Louis II, afin de résoudre les conflits opposant les maisons d'Anjou et d'Aragon pour la possession des royaumes de Sicile et de Naples. Le mariage fut célébré le 2 décembre 1400 en la cathédrale Saint-Trophime d'Arles. De cette union naquirent six enfants.
La reine des quatre royaumes
Yolande d'Aragon joua un rôle de premier plan dans la politique de l'empire angevin, de la France et de l'Aragon durant la première moitié du XVe siècle. Après le décès de sa sœur aînée Jeanne, comtesse de Foix, elle revendiqua le trône d'Aragon. Toutefois, les lois de succession d'Aragon et de Barcelone étant ambiguës, elles furent interprétées en faveur des héritiers mâles. Malgré cela, Yolande et ses fils se considérèrent comme les héritiers légitimes et adoptèrent le titre de rois d'Aragon. En raison de ces prétentions, Yolande fut surnommée la reine des quatre royaumes, bien qu'en pratique, sa famille ne posséda des territoires dans ces royaumes que de façon éphémère.
Dynastie et fin de vie
René d'Anjou, fils de Yolande, fut choisi comme héritier par le cardinal-duc de Bar et devint duc de Lorraine par son mariage. Issue de Louis Ier, fils du roi de France Jean le Bon, la seconde maison d'Anjou-Provence constitue une branche cadette de la dynastie royale des Valois. Fidèle à ses racines, Yolande d'Aragon prit activement parti pour Charles VII et la cause des Valois durant la guerre de Cent Ans. Elle s'éteignit le 14 novembre 1442 près de Saumur.
Voir aussi
La belle ville de Saragosse en Espagne
Brève Chronologie

La cathédrale de la belle ville de Saragosse en Espagne, ville de naissance de Yolande d'Aragon.
1381, Yolande naît à Saragosse, en Aragon, le 11 août. En décembre 1400, Yolande épouse Louis II d'Anjou à Arles. En 1410, le roi Martin Ier d'Aragon meurt. En 1412, le fils de Yolande, Louis, conteste le trône d'Aragon, mais son parent Ferdinand Ier de Trastamare devient roi. En 1413, Louis II d'Anjou rejoint la faction orléaniste contre les Bourguignons. Il y a également des fiançailles entre Marie d'Anjou et le futur Charles VII. En février 1414, Yolande emmène ces futurs époux en Anjou, sans laisser sa fille dans la capitale dangereuse, notamment menacée par les Bourguignons.
Le 29 avril 1417, Yolande devient veuve. Elle rejette la demande de la reine Isabeau de renvoyer Charles (devenu dauphin après la mort de ses frères) à la cour. On rapporte qu'elle répondit : "Nous n'avons pas nourri et chéri celui-là pour que vous le fassiez mourir comme ses frères, devenir fou comme son père ou devenir anglais comme vous. Je le garde près de moi. Venez le prendre si vous l'osez." Le 29 juin 1417, Yolande obtient une audience de Charles VI et le pousse à signer le décret faisant de son fils le lieutenant-général du royaume. Isabeau ne peut ainsi plus prétendre à être régente. Yolande se retire en Provence.
1423, Yolande revient de Provence. Elle met en route le premier traité avec la Bretagne. De 1424 à 1427, Yolande préside les États-généraux. Elle signe un traité avec le duc de Bretagne et engage le frère du duc, Arthur de Richemont, à supporter la cause des Valois. En 1427, le régent anglais, le duc de Bedford, veut prendre le duché d'Anjou. Yolande riposte par une série de rencontres et d'accords de mariage entre plusieurs familles nobles, ce qui sape les initiatives anglaises et bourguignonnes et soutient la couronne. Des désaccords entre la Trémoïlle, un conseiller de Charles VII, et le connétable Richemont conduisent au bannissement de Richemont.
1429, Yolande est chargée d'une des enquêtes sur Jeanne d'Arc à Chinon, Avec l'épouse de Robert le Maçon, elle est chargée de vérifier la virginité de Jeanne d'Arc, que soutient la duchesse. Yolande arrange le financement de l'armée de Jeanne qui part au secours d'Orléans.

1431, Yolande réside à Saumur où Charles VII tient son assemblée. La plus jeune fille de Yolande épouse le prince héréditaire de Bretagne. Son fils hérite du duché de Lorraine mais est fait prisonnier à la bataille de Bulgnéville le 30 juin 1431.
1433, Richemont qui était de retour à la cour depuis 1432 fait tomber La Trémoïlle.
1429 : Yolande est chargée d'une des enquêtes sur Jeanne d'Arc que soutient la duchesse. Yolande arrange le financement de l'armée de Jeanne qui part au secours d'Orléans. 1431 : Yolande réside à Saumur où Charles VII tient son assemblée. La plus jeune fille de Yolande épouse le prince héréditaire de Bretagne. Son fils hérite du duché de Lorraine mais est fait prisonnier à la bataille de Bulgnéville le 30 juin 1431.
1433 : Richemont qui était de retour à la cour depuis 1432 fait tomber La Trémoïlle. Le plus jeune fils de Yolande, Charles, comte du Maine, assume la position de conseiller en chef du roi Charles.
1434 : le fils de Yolande, Louis III d'Anjou, meurt et René devient duc d'Anjou et héritier en Sicile. La reine Jeanne de Sicile avait fait Louis III corégent et héritier.
1437 : René est libéré en échange d'une importante rançon. Il part pour l'Italie en 1438 et engage une guerre contre Alphonse d'Aragon pour le royaume de Naples. Il est forcé d'abandonner Naples durant l'été 1442.
1442 : le 14 novembre, Yolande meurt à Saumur en l'hôtel du seigneur de Tucé ou celui dit du château de la Reine de Sicile sur l'ïle d'Or à Saumur. Dans son testament, écrit cependant dans l'hôtel de Tucé, elle s'excuse [à ses serviteurs] de ne rien laisser, « ni or, ni objets précieux, ni vaisselle, ni meubles », après avoir dépensé tous ses biens, en faveur de ses enfants et surtout de son gendre Charles VII.

Château dit de la Reine de Sicile, ce manoir construit au début du XVe siècle fut peut-être la dernière résidence de Yolande d'Aragon, en effet il semble qu'elle soit décédée dans ce manoir dans l'Île d'Or à Saumur.
Prétentions au trône d'Aragon : L'héritage contesté de Yolande d'Aragon
La place de Yolande d'Aragon dans l'histoire de l'Empire angevin, de la France et de l'Aragon au XVe siècle est indéniable. Elle est la fille survivante de Jean Ier d'Aragon et a revendiqué le trône d'Aragon après la mort de sa sœur aînée Jeanne, comtesse de Foix. Cependant, les lois de succession d'Aragon et de Barcelone n'étaient pas claires, et elles furent comprises en faveur des héritiers mâles. Cette situation a engendré des revendications et des tensions pour l'héritage d'Aragon. Dans cet article, nous allons explorer le rôle de Yolande d'Aragon et de sa famille dans ces revendications ainsi que leur place dans l'histoire de la France.
Les prétentions d'Yolande d'Aragon
Les lois de succession d'Aragon et de Barcelone

Pont de Pierre à Saragosse.
Les lois de succession d'Aragon et de Barcelone n'étant pas claires, elles furent comprises en faveur des héritiers mâles. Ainsi, l'oncle de Yolande, Martin Ier d'Aragon, hérita du trône d'Aragon après la mort de Jeanne. Martin mourut sans descendance en 1410, et après deux ans d'interrègne, les États d'Aragon élurent Ferdinand d'Antequera comme nouveau roi d'Aragon.
La revendication de Louis III d'Anjou
Le candidat angevin était le fils aîné de Yolande, Louis III d'Anjou, duc de Calabre, dont la revendication reposait dans le Pacte de Caspe. Yolande et ses fils se considéraient comme héritiers prioritaires et commencèrent à utiliser le titre de « rois d'Aragon ».
La « reine de quatre royaumes »
À cause de cet héritage, Yolande fut appelée « reine de quatre royaumes », ces royaumes étant probablement la Sicile, Jérusalem, Chypre et Aragon (une autre interprétation sépare Naples de la Sicile et exclut donc Chypre). En réalité, Yolande d'Aragon et sa famille ne possédèrent des territoires dans ces royaumes qu'à de très courts intervalles. Jérusalem n'a d'ailleurs jamais été en leur possession. Leur véritable royaume se réduisait aux fiefs d'Anjou en France : ils possédèrent sans conteste la Provence et l'Anjou, le Maine, la Touraine et le Valois.
L'héritier de la dynastie d'Anjou
René d'Anjou, fils aîné de Yolande d'Aragon, fut choisi comme héritier par le cardinal-duc de Bar et devint par mariage duc de Lorraine.
Le rôle de Yolande d'Aragon dans la politique française
La guerre de Cent Ans

Portrait de Charles VII par Jean Fouquet, Yolande d'Aragon est la belle-mère de Charles.
Yolande joue un rôle crucial en entourant le jeune roi de conseillers et domestiques de la maison d'Anjou pour soutenir sa lutte. Elle manœuvre pour que le duc de Bretagne rompe son alliance avec l'Angleterre et fait nommer Arthur de Richemont, membre de la famille ducale bretonne, connétable de France en 1425. Toutefois, la nomination du comte de Richemont en tant que connétable de France par le duc de Bourgogne Philippe le Bon est conditionnée à l'élimination de tous les conseillers du roi Charles VII ayant participé à l'assassinat de Jean sans Peur en 1419 sur le Pont de Montereau.

Château d'Angers, ville de résidence principale de Yolande d'Aragon et de Charles de Ponthieu, futur Charles VII. Cette situation lui sauva probablement la vie puisque tous ses frères ainés sont morts dans d'étranges circonstances sous la responsabilité du duc de Bourgogne.
Dans le cadre de la diplomatie visant à stabiliser la frontière commune entre les duchés d'Anjou et de Bretagne, Yolande d'Aragon cherche à marier son fils, le duc Louis III d'Anjou, à Isabelle, fille du duc Jean V de Bretagne. Cependant, les rapports diplomatiques se tendent lorsque Louis III d'Anjou rompt finalement son engagement pour épouser Marguerite de Savoie et que Jean V de Bretagne marie sa fille à Guy XIV de Laval en 1430.
Yolande d'Aragon se présente comme le "lieutenant général" de son fils Louis III retenu en Italie, mais le duc d'Anjou, principalement préoccupé par sa couronne napolitaine, ne soutient pas systématiquement les démarches politiques de sa mère. Toutefois, la politique de Yolande d'Aragon finit par coïncider avec celle du grand chambellan Georges Ier de La Trémoille ">Trémoille sur la question de la réconciliation entre le royaume de France et le duché de Bretagne. Jean de Craon permet au grand chambellan d'organiser une rencontre avec le duc Jean V au château de Champtocé en février 1431, au cours de laquelle le comte Guy XIV de Laval est payé par son suzerain breton pour amener des gens d'armes et de trait à Charles VII. Le duc de Bretagne et Yolande d'Aragon assistent également au serment prêté par leurs fils respectifs, le comte François de Montfort et Charles d'Anjou, de se comporter en "frères d'armes" en mai 1431.
En mai 1431, dans l'île de Béhuard près d'Angers, le duc de Bretagne et Yolande d'Aragon assistent au serment prêté par leurs fils respectifs, le comte François de Montfort et Charles d'Anjou, de se comporter en « frères d'armes17. » Célébré en grande pompe, cet engagement symbolique vise à renforcer l'alliance entre les deux maisons et à préparer la guerre contre les Anglais. En effet, la reconquête du royaume de France est l'enjeu majeur de la politique française de l'époque, et la participation des duchés de Bretagne et d'Anjou est cruciale pour la réussite de cette entreprise.
Cependant, la mort de Charles VII en 1461 et l'accession au trône de Louis XI marquent un tournant dans la vie de Yolande d'Aragon. Le nouveau roi ne partage pas les mêmes idées politiques que sa mère et il la relègue rapidement au second plan. Yolande se retire alors progressivement de la vie politique et se consacre à la prière et aux bonnes œuvres. Elle meurt en 1442 à l'âge de 65 ans et est inhumée dans la basilique Saint-Denis, aux côtés de son époux Louis II d'Anjou.
Malgré son effacement progressif de la scène politique, Yolande d'Aragon laisse derrière elle une image de femme forte et de grande stratège politique. Elle a su jouer un rôle décisif dans la lutte contre les Anglais et a contribué à la réconciliation entre les duchés de Bretagne et d'Anjou. Sa mémoire est restée vivace dans l'histoire de France et elle est considérée comme l'une des grandes figures féminines de la Renaissance française.