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Château de Saint-Loup-sur-Thouet
Le site de Saint-Loup sur Thouet est marqué par la guerre de Cent Ans. Après la défaite de Poitiers en 1356, le roi de France Jean II le Bon et son fils Philippe le Hardi auraient été emprisonnés dans le donjon de Saint-Loup avant d'être transférés à Bordeaux puis à Londres. Le donjon actuel, de forme rectangulaire et couronné de mâchicoulis, date du XVe siècle.
Le château de Saint‑Loup‑sur‑Thouet, domaine fortifié dès le Moyen Âge, entre dans l’histoire nationale lors de la bataille de Poitiers du 19 septembre 1356, quand le roi Jean II le Bon et son fils Philippe sont faits prisonniers par les troupes du Prince Noir et enfermés dans le donjon avant d’être transférés à Bordeaux puis à Londres, leur captivité ne prenant fin qu’en 1360 avec le traité de Brétigny qui cède à l’Angleterre l’Aquitaine, le Ponthieu et Calais.
À cette époque, la forteresse appartient déjà à la famille de Dercé, installée à Saint‑Loup depuis la fin du XIIIe siècle ; l’un de ses membres, Amaury de Dercé, élève à la fin du XVe siècle le grand donjon rectangulaire qui subsiste encore, tandis que la tradition locale conserve le cri lancé par le futur duc de Bourgogne, Philippe le Hardi – « Père, gardez‑vous à droite ! Père, gardez‑vous à gauche ! » – pour tenter de protéger le roi au cœur de la mêlée.

La seigneurie passe ensuite aux Gouffier, grande famille poitevine dont l’ascension commence avec Guillaume Gouffier, seigneur de Saintonge et gouverneur de Touraine, allié aux Montmorency, puis se poursuit avec Anne de Gouffier, amiral de France, chargé de l’éducation du jeune François d’Angoulême, futur François Ier.
Artus Gouffier, petit‑fils de Guillaume et fils d’Anne, devient seigneur d’Oiron, gouverneur du Dauphiné et grand maître de France, obtenant en 1519 le titre de premier duc de Roannais ; il acquiert Saint‑Loup en 1517 et transmet le domaine à son fils Claude.
Claude Gouffier, comte de Caravaz, futur grand écuyer de France, entreprend d’acheter les maisons qui encombrent encore l’enceinte de l’ancien château féodal afin de préparer la construction d’un vaste logis moderne, tandis que la génération suivante, avec Gilbert Gouffier, lance le chantier du château actuel, achevé dans les premières années du règne de Louis XIII par Louis Gouffier, grand propriétaire foncier dans le Poitou et le Roannais.
Le « château neuf » ainsi édifié, sur les plans d’un architecte resté anonyme, occupe l’ancienne basse‑cour près du donjon médiéval et se compose de deux ailes basses coiffées de toits d’ardoise indépendants, encadrant un pavillon central marquant la présence d’un grand escalier et formant un double corps de logis caractéristique du style Louis XIII.
L’architecture extérieure, très homogène, s’organise autour d’un étroit pavillon central surmonté côté cour d’un clocher et côté parc d’un fronton circulaire en forme de carène de vaisseau ; les toits pentus percés de lucarnes en pavillons, les fenêtres entourées d’une « chaînette » de brique et bordées de bossages, les entrées surépaisses en légère saillie, les pilastres d’angle à chapiteaux doriques et l’usage abondant de la pierre pour encadrements, cordons et corniches illustrent le goût du temps pour le bossage et les jeux de brique et de pierre.
Au fil des siècles, le château reste étroitement lié à la réussite des Gouffier : Artus, puis Claude, grand écuyer de France, et leurs parents – tels le maréchal de La Palice, l’amiral de Bonnivet, Jacques d’Espinay seigneur de Saint‑Luc ou encore le maréchal de La Trémoille, compagnon de Bayard – comptent parmi les grands acteurs des guerres d’Italie et des conflits religieux du XVIe siècle, ce réseau puissant expliquant le faste de Saint‑Loup et d’Oiron.
À l’époque contemporaine, Charles‑Henri de Bartillat, propriétaire depuis 1990, a réinvesti cette histoire en rachetant patiemment, parcelle après parcelle, les terres de l’ancien domaine pour reconstituer les jardins sur la base d’un plan de 1745, recréant un « jardin des cinq sens » où un orme champêtre abrite en hiver vingt‑sept variétés d’orangers et de citronniers destinés à orner, à la belle saison, des parterres rigoureusement ordonnancés ; la restitution du verger et du potager est désormais achevée.
Saint‑Loup‑sur‑Thouet, typique du style Louis XIII en terre poitevine, présente aujourd’hui une architecture sobre et harmonieuse, encadrée par un imposant donjon qui rappelle les origines féodales du domaine et signale sa continuité depuis le Moyen Âge.
Le château primitif est bâti au XIe siècle par un seigneur nommé Drogon, premier seigneur connu du lieu ; en 1278, la seigneurie passe à la famille de Dercé, dont Jean et Amaury, qui construisent la grande tour carrée à quatre niveaux, le donjon, ornée d’un médaillon portant leurs armes et abritant autrefois la salle des Archives ou du Trésor où étaient conservées les chartes de la baronnie de Saint‑Loup et celles de Bressuire.
Seul témoin majeur de l’ancienne forteresse, l’orgueilleux donjon, couronné de mâchicoulis, dresse toujours sa masse rectangulaire à la droite du château Louis XIII ; il conserve une belle porte en anse de panier, une voûte d’ogives avec cheminée monumentale et un décor de chapiteaux sculptés de feuillages, vestiges parlants de la puissance des Dercé.
Au XIVe siècle, cette tour accueille le roi de France Jean II le Bon, retenu prisonnier après la bataille de Poitiers en 1356, tandis que le Prince Noir, son vainqueur, séjourne lui aussi à Saint‑Loup, inscrivant le site dans l’histoire de la guerre de Cent Ans.
En 1517, le domaine est acheté par Artus Gouffier de Boisy (1474‑1519), seigneur d’Oiron, baron de Maulévrier, futur premier duc de Roannais, chambellan du roi et Grand Maître de France, membre d’une brillante lignée poitevine très proche de la cour des Valois.
Son fils Claude Gouffier (vers 1501‑1570), comte de Caravaz et futur duc de Roannais en 1566, prépare la reconstruction du vieux château féodal puis fait édifier, par un architecte resté inconnu, l’actuel château au début du XVIIe siècle ; les dates 1609, gravée sur un méridien ou cadran solaire, et 1626, sur la cloche du campanile, marquent les étapes de ce chantier prestigieux.

Image IA tirée d'une carte postale du XXe siècle ( colorisation principalement )
Le nouveau château, construit par les Gouffier qui possèdent aussi Oiron, adopte un plan « massé » en forme de H : un corps de logis central à haut pavillon abritant l’escalier d’honneur est encadré de deux ailes symétriques aux hautes toitures indépendantes, dispositif choisi en hommage au roi Henri IV.
Durant les guerres de Religion, à la fin du XVIe siècle, le château est pris dans l’affrontement entre la Ligue catholique soutenue par l’Espagne et le pouvoir royal : il est vainement assiégé en 1588 par le seigneur de La Trémoille, chef de l’armée protestante du roi de Navarre, futur Henri IV, puis occupé en 1590 par les troupes ligueuses qui en sont chassées l’année suivante.
Au lendemain des troubles civils, un Gouffier, seigneur de La Boissière, receveur général des finances de Bretagne puis officier au bureau de l’Hôpital de Paris, mène une ambitieuse campagne de remaniement du château et d’agrandissement du parc ; ses héritiers poursuivent ces embellissements avant de vendre, au milieu du XVIIe siècle, le domaine au marquis de Saint‑Gelais.
En 1645, la propriété passe à Nicolas Lepage, conseiller du roi, trésorier des guerres et de la cavalerie légère, qui en rend aveu à Louis XIV en 1659 ; elle échoit ensuite à son fils, puis en 1708 à Jacques de Boyer de La Boissière, trésorier général des finances de Bretagne.
Vers 1750, le fils de ce dernier, célibataire, écuyer, conseiller du roi, receveur général des finances de Bretagne et trésorier des États, porte le domaine à son apogée matériel : aménagement d’intérieurs richement meublés, tapisseries et cuirs de Cordoue, construction de nouvelles écuries, remises, pont sur les douves, pavillons d’entrée, grand escalier en fer à cheval, ainsi que création de jardins réguliers et d’un vaste parc.
En 1767, son petit‑fils cède Saint‑Loup à Jean de Haran, seigneur de Borda, trésorier général des Ponts et Chaussées, qui, en raison d’un décès prématuré et d’un retrait lignager, n’entre jamais pleinement en possession de la propriété.
Au XIXe siècle, le château revient à la famille d’Abbadie d’Ithorrotz avant d’être vendu, le 2 décembre 1894, au marquis Charles de Maussabré‑Beufvier ; mort peu après, il laisse le domaine à son fils Robert, député des Deux‑Sèvres, qui y réside avec sa famille et doit, pendant l’Occupation, cohabiter avec les troupes allemandes, situation qui entraîne dégradations et pillages.
En 1955, Robert de Maussabré († 1965) et sa sœur Gilberte († 1983) engagent la restauration de l’ensemble grâce au report sur Saint‑Loup des dommages de guerre liés à leur château de Soulièvres, et le remeublent avec des pièces anciennes, redonnant vie aux salons et à la salle à manger ornés de peintures murales évoquant les campagnes de Russie et d’Algérie.
La dernière marquise de Maussabré lègue ensuite le château meublé, ses dépendances, la ferme et cinquante hectares à la Ligue nationale contre le cancer avec obligation de conserver le tout pendant vingt ans ; cette clause est levée par le tribunal de Paris le 4 février 1987 et l’ensemble est mis en vente pour dix millions de francs.
Chantal Goya et Revente
En octobre 1987, la propriété est adjugée « à la bougie » pour 6 850 000 francs à un mandataire de Jean‑Jacques Debout et Chantal Goya, qui y montent en 1988 le spectacle La Légende de Saint‑Loup, mais leurs ambitieux projets d’animation culturelle restent sans suite et le château est bientôt revendu.
Après avoir suscité, en 1989, l’intérêt du groupe industriel japonais Taisan, le domaine voit ses tapisseries et principaux tableaux protégés d’office par l’État, tandis que le château, ses douves en eau et une partie du parc sont classés monument historique par un arrêté de 1947, classement étendu en 1993 à l’ensemble du domaine, y compris les murs de clôture et leurs portes.
En 1990, le château est finalement acquis par le comte Charles‑Henri de Bartillat, qui s’y installe et s’attache à lui redonner tout son lustre intérieur, à l’exception de quelques pièces dont les lambris de chêne sont protégés ; il relance aussi l’animation culturelle locale avec l’aide d’une association et entreprend de recréer les jardins historiques.
Dans les années 1990, Bartillat reconstitue des jardins réguliers et un potager d’ornement d’une demi‑hectare à partir d’un rare plan de 1745, plante un verger de 300 arbres représentant 75 variétés anciennes, et fait restaurer pigeonnier, orangerie et pavillon du canal, si bien que Saint‑Loup, longtemps meurtri par le temps, fait aujourd’hui figure d’exemple en matière de restauration patrimoniale.
Architecture
L’architecture actuelle, construite par les Gouffier – qui comptent aussi parmi les bâtisseurs d’Oiron – classe Saint‑Loup parmi les meilleurs exemples de châteaux « fin Henri IV – début Louis XIII », au même titre que Mesnil‑Voisin, Balleroy ou Cany ; sa partie centrale rappelle celle de Cheverny, souvent donnée comme modèle du château de Moulinsart, et a inspiré à son tour les demeures de Rigny, du Porteau et d’Havrincourt reconstruit après 1918.
Le donjon médiéval, avec son corps de garde, son pavillon et son logis, reste la partie la plus ancienne du site, tandis que le grand corps de logis Louis XIII et les jardins en bordure du Thouet – potager ornemental, parterres d’agrément, orangerie remaniée au XVIIIe siècle – complètent un ensemble où la mémoire féodale, l’apparat classique et les restaurations contemporaines se répondent harmonieusement.
Famille Gouffier
La famille Gouffier, illustre lignée proche des rois de France, transforme le domaine :
Artus Gouffier (maître de France et gouverneur de François Ier) commence à agrandir la seigneurie au XVIe siècle.
Claude Gouffier, son fils, prépare la reconstruction du vieux château féodal. Il est d'ailleurs l'une des inspirations possibles pour le personnage du Marquis de Carabas dans Le Chat Botté de Perrault.
Le château actuel a été édifié au début du XVIIe siècle (style Louis XIII) par Gilbert Gouffier, sur l'emplacement de l'ancienne forteresse.
Architecture en Bref
Le château est considéré comme un exemple remarquable de l'architecture sobre et harmonieuse du début du règne de Louis XIII : Structure : Un pavillon central étroit surmonté d'un dôme (campanile) et d'un escalier monumental, flanqué de deux corps de bâtiments et de deux ailes en retour.
Façades : Enduites d'un mortier imitant la brique, avec des chaînages de pierre, des pilastres et des frontons circulaires. Le Donjon : Il subsiste à droite du château et témoigne de l'aspect défensif originel. Le domaine est célèbre pour sa reconstitution minutieuse des jardins d'origine (basée sur des plans de 1745) :
Une orangerie abritant 27 variétés d'agrumes durant l'hiver. Des parterres de fleurs, des plantes aromatiques, un verger et un potager.
Sources : Wikipedia, Edition Atlas, Collection Université de Strasbourg, Fondation Patrimoine, site officiel