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Château de Ballon
Le château de Ballon, situé à Ballon-Saint-Mars en Sarthe, est une forteresse médiévale emblématique construite au début du XIe siècle sur un éperon rocheux dominant la plaine, surnommée la "Porte du Maine" pour sa position stratégique entre Perche, Maine et Normandie. Ce site historique, classé Monument historique depuis 1923, conserve un donjon imposant en forme de fer à cheval et des jardins remarquables, tout en ayant été le théâtre de nombreuses batailles.

Origines et luttes féodales
Le château fut édifié vers 1005-1020 par Guillaume Ier de Bellême (ou Robert Ier selon certaines sources) pour contrer les comtes du Maine, changeant de mains environ 25 fois au XIe siècle lors d'affrontements impliquant Guillaume le Conquérant (prise en 1064), Herbert Éveille-Chien ou Robert II de Bellême, dit "le Diable", qui le reconstruisit vers 1098.
Robert II, comte d’Alençon et de Bellême, le célèbre Robert le Diable, naquit vers 1050 de l’union de Roger de Montgommery et de Mathilde de Bellême. Il fit ses premières armes aux côtés de Guillaume le Conquérant lors de la campagne menée contre Foulques le Réchin, comte d’Anjou, en 1073. Investi du comté de Bellême, il prit le parti de Robert Courteheuse, fils de Guillaume, prétendant au duché de Normandie, ce qui lui valut la confiscation de toutes ses possessions avant de se soumettre en 1086 et de les recouvrer. Après la mort du Conquérant, il appuya encore les tentatives de Robert pour s’emparer du trône d’Angleterre, puis, le trahissant, se rapprocha de Guillaume le Roux, nouveau roi d’Angleterre, mais fut, à son retour en France, emprisonné sur l’ordre de Robert Courteheuse. Celui‑ci lança alors l’attaque contre le château de Ballon, qui lui fut finalement livré en 1099 par son principal défenseur, Payen de Mondoubleau.
Robert Ier, comte d’Alençon et de Bellême, entra en guerre contre Hubert, comte du Maine, alors allié aux Anglais. En 1030, lors des combats qui se déroulèrent autour de Ballon, il fut, comme le raconte le chroniqueur Orderic Vital (vers 1075‑vers 1141), « assassiné à coups de hache comme un porc » par les trois fils de Gautier de Sordains. Ceux‑ci cherchaient à venger leur père et deux de leurs frères, faits prisonniers puis pendus par les seigneurs percherons.
En 1199, Philippe Auguste s'en empare définitivement des Anglais, ordonne sa destruction puis sa reconstruction sous Hugues de Beauçais.
À partir du XIIe siècle, la famille de Chaources le tient deux siècles sous influence anglo-normande.
Guerre de Cent Ans
Dès 1361, le routier anglais Robert le Mareschal l'occupe et pille les environs ; repris par les Français sous Jean de Laval, il est de nouveau pris par les Anglais en 1417-1419, avant un siège victorieux en 1434 par le duc d'Aumale, le maréchal de La Fayette et peut-être Ambroise de Loré, compagnon de Jeanne d'Arc.
Très endommagé, le château est relevé fin XVe par Jacques de Surgères (ou Surgières), chambellan de Charles VII et époux de Renée de Maillé (mariage en 1452 ou 1448), à partir de 1469 ; son fils René poursuit les travaux, suivis au XVIe par Jacques d'Yves (ou d'Ynurse/Jeannot d'Iynurse en 1505) qui ajoute une galerie sur mâchicoulis et fenêtres à meneaux sculptés.
Architecture et aménagements
L'ensemble triangulaire inclut des courtines, un châtelet d'entrée remanié au XVIe, un pont-levis (XIIIe-XVIe) et le donjon oblong de 4 étages (murs de 2 m, flèche d'ardoise, escalier en vis), avec façade orientale Renaissance ornée de culots.
Intérieur : cheminées XVe-XVIIIe, boiseries XVIIIe, ancien chartrier-oratoire ; poudrière découronnée.
Jardin clos renaissance-médiéval (depuis 1960, labellisé Jardin remarquable) : carrés de buis, aromatiques, rosiers-tiges, acanthe, vue 280° ; parc botanique proche.
Époques modernes et Révolution
Au XVIe-XVIIe : familles Lusignan de Saint-Gelais, Vassé ; 1762, Jean-François Le Vayer de La Davière démantèle partiellement ; Révolution : comtesse des Sourches abat tours, fossettes comblées ; 1789, massacre de Charles-René Cureau de La Moustière et marquis de Montesson dans le donjon lors de la "Grande Peur", dernier supplicié à la roue.
Aujourd'hui propriété des Guéroult, ouvert à la visite (mai-août), il évoque poésie historique et paix.