Vrai Faux Gisant ?

Gisant dit de Pierre Ledin de la Châlerie Seigneur de Domfront

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Dans la belle église Romane de Domfront, qui porte le jolie nom de Notre Dame sur l'Eau, se trouve un gisant assez étrange. Il s'agirait de Pierre Ledin de la Châlerie, qui aurait été un seigneur de Domfront à la fin du XIVe siècle selon un document restranscrit de 1633 qui fait notamment référence à la maison de Châlerie, armes détruites sur le gisant lors de la révolution. Le soucis c'est que la famille Ledin n'apparaît, semble t'il, qu'au milieu du XVe siècle.

 

Selon une explication, la famille Ledin, aurait fait faire ce gisant au XVIIe siècle afin de faire remonter les origines nobles de la famille au delà du XVe siècle. 

Description du Gisant

Le gisant mains jointes, comme la plupart des gisants, repose dans son armure sous un dais gothique, ce qui laisse supposé qu'il devait être placé debout et non allongé.Deux anges soutiennes un coussin, sur lequel repose la tête. A ses pieds, un lion couché, représentant probablement le pouvoir, la justice, la sagesse voir la résurrection puisque la légende à l'époque voulait que le lionceaux se "réveille" en ouvrant les yeux trois jours après sa naissance. Dans certaines situations il évoque aussi la mort au combat du guerrier, le lion évoquant dans un sens le dieu des animaux et l'un des plus redoutable combattant d'afrique.

Il reprend assez clairement les codes des gisants, notamment anglais, du XIVe siècle. Notamment la forme du corps longitunale et aminci en dessous des côtes. Néanmoins on peut remarquer qu'il ne porte pas de heaume, ce qui est plutôt rare pour son époque, même si des cas similaires existe : Gisant de Duguesclin par exemple, mais on est dans ce cas dans un gisant de grande qualité, artistique et proche probablement de la réalité historique.

Il faut noter que la plupart des gisants sont réalisés du vivant de la personne, sauf mort soudaine imprévus par exemple. Elle fait donc l'objet d'une commande, souvent assez chère pour l'époque et que seules les familles nobles, évêques et autres personnes d'un haut statut social peuvent prétendre.

On remarquera la position du visage du lion vers le bas, plutôt rare, en général il regarde vers le haut fièrement ou dans un aspect agressif. Sur l'armure, le pommeau de l'épée à disparu, probablement à la révolution. Les solerets articulés apparaissent vers 1350 ce qui peut correspondre à l'époque dite de la fin du XIVe.

 

Les éléments à priori anachroniques : 

 

cuissard armure

Le plus étrange est le cuissard, articulé sur un axe central, pouvant donc s'ouvrir au centre, ce qui est à mon avis difficilement acceptable pour une armure de combat de cette époque, en effet cela fragiliserait l'ensemble au moindre coup. Je n'ai par ailleurs jamais vu de cuissard sur une armure d'apparât ou de combat, de cette époque, pouvant s'ouvrir de cette manière.

La cubitière ne semble pas contemporaire au XIVe siècle :

cubetiere

A cette époque la cubitière totalement articulé ne semble pas exister, il s'agit en général d'un coude en pointe fixe ou légérement articulé au XVe , en effet la cubitière de ce type apparait plutôt à partir du XVIe siècle, comme ici sur Armae. Même le tombeau à la fin du XIVe et début XVe du duc de Bretagne ne comporte pas ce type d'éléments.

 

Exemples de Gisants Anglais du XIVe siècle  :

1346 - William de Hinton (1284 - † 1346) - Hinton-in-the-Hedges - Northamptonshire - Angleterre
1350 - Roger de Nonant (1245 - † 1350) - Broadclyst - Devon - Angleterre

Armure anglaise fin XIVe et début XVe

1400 - Hugh Newmarch - 1400 - Whatton-in-the-Vale - Nottinghamshire - Angleterre

1400 - Chevalier anonyme - Swine-in-Holderness - Yorkshire - Angleterre

 Conclusion

 

En l'occurence, la création d'un gisant au XVIIe siècle est tout à fait plausible vu l'anachronisme de certains éléments de l'armure malgré la tentative de faire croire le contraire. L'artiste s'est surement inspiré de gisants Anglais, voir du duc de Bretagne par exemple, pour en faire un s'approchant de cette époque. Il serait intéressant en tout cas de connaître le commanditaire et l'exécutant de l'oeuvre apocryphe.

Bien sur un nouvel élément pourrait infirmer cette conclusion.

 

 

 

sources : 

 

Photographies & Photos