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Château de Montépilloy
 


Château de Montépilloy

 

Articles connexes. Bataille de Montépilloy - Jeanne d'Arc - Châteaux de Picardie

Situé dans l'Oise, en Picardie, le château est surtout connu aujourd'hui comme ayant été "témoin" d'une des dernières interventions armée de Jeanne d'Arc à la bataille de Montépilloy. Lors de cette bataille Charles VII s'y installe brièvement le 15 août 1429 et Jeanne y viendra le matin du départ le 16 août 1429 pour surveiller avec le Duc d'Alençon les troupes Anglaises. Situé à moins d'une dizaine de km de Senlis il permettait d'avoir une vision sur la route menant à Crépy-en-Valois, à 15km environ soit une demi-journée de cheval. Actuellement cette route est représentée par la D1324 qui est à quelques centaines de mètres du château et son tracé a été peu modifié depuis le XVe sur cette portion. Des fouilles archéologique ouvertes à la visite dans certains cas ont été réalisées en octobre 2014 et août 2015.


Informations
  •  Adresse : 3, Place du Château 60810 Montépilloy
  •  Google Maps : Carte
  •  Téléphone : 03 60 02 65 58 
  •  Heures d'ouvertures & Visites :  Ouvert du 15 juillet au 30 août 2013. 13h00 - 19h00 tous les jours durant la période d'ouverture, sous réserve ( le mieux est d'appeler la veille ).  ?Visite libre et commentée (tarif : 3 euros). Exposition basée sur le Mémoire soutenu par Nicolas Bilot à l'Université de Picardie Jules Vernes Amiens.
     
    ?Journées du Patrimoine 2013?
    ?Pour les Journées Européennes du Patrimoine 2013, le site sera ouvert au public le samedi 14 septembre et le dimanche 15 septembre, de 15h00 à 17h00.
Histoire 
  sources : Jean Mesqui, Jacques Harmand dans le bulletin monumental tome 137, Viollet le Duc

 Ier château de Montépilloy

Le château actuel remplace un autre château, situé sur la plaine en bas de la colline, qui a disparu probablement vers la fin du XIIIe et qui s'appelait alors Mons Agibodini dans sa forme la plus ancienne, mais qui a connu des noms différents : "mons expelierus" en 1076, "forest d'espilloir" en 1075 [2], Silva in Monte Expelierico en 1076, fortericia de montespiloir en 1148, Monte Speculatorio, montis Hespilor en 1166, Monstepillouer en 1166, Monte Pislerii vers 1200, de Minstepilloir en 1214 et monte Pigoci en 1281. Le mont“ s'explique assez bien littéralement, pour le mot "espilloir" il viendrait de " regard, ouverture dans un mur", ce qui pourrait être traduit par le "mont de l'observatoire, de la tour de guet" [3] ce qui semble logique vu la topologie du terrain. Après sa destruction le château actuel a repris naturellement le nom de l’ancien château.
La découverte pendant la construction, d'une période allant de 1862 à 1870, de la voie ferrée entre Senlis et Crépy-en-Valois, d'un cimetière assez ancien prouverait la présence d'habitation et de vie bien antérieure au premier château.
Ce premier château sur motte se positionnait à l'endroit d'un ancien chemin menant à Baron , qui faisait la liaison entre Pont-Sainte-Maxence et Meaux.[2] La motte et son château devait s'élever sur probablement sur des hauteurs très nettement inférieures à celle du château de Montepilloy actuel. 

IIième château
 


Le deuxième château, dont on voit les ruines actuellement, est positionné à 133 mètres de hauteur environ et surplombe un ensemble qui va de Baron qui est son chef-lieu, Senlis et Crepy-en-Valois, non loin de là il y a aussi Chantilly, Compiègne et Pont-Saint-Maxence mais qui ne sont pas visibles visuellement. L'intérêt cependant est sa proximité de l’Oise et de ses ponts de franchissements.
Montepilloy est un château méconnu, un peu oublié, qui a eu en réalité très peu de fouilles et de recherches jusque dans les années 70 du XXe siècle. Cependant après une monographie réalisée par B. Ancien en 1969, dont je n'ai trouvé aucun exemplaire, on a eu une jolie passe d'armes sur l'histoire du château entre Jean Mesqui en 1977 et 1979 [1] et Jacques Harmand 1979 [2]. Viollet le Duc a également fait une étude sur le donjon vers 1856, mais qui pour une grande partie n'est pas repris par les recherches de J. Mesqui et J.Armand. Cette passe d'armes démontre qu'il faut une prudence de sioux quand les évidences ne se démontrent pas aussi clairement.
Les restes du château ont été classés au titre des monuments historiques par arrêté du 3 mai 1963.
 
Machicoulis du Donjon de Montépilloy
 
Machicoulis du Donjon de Montépilloy
 
 
La datation du donjon

L'histoire du Donjon est celui qui fait plus débat sur son époque de construction. En effet Jean Mesqui estime qu'il a été fait d'un seul trait avec des modifications mineures par la suite, alors que Jacques Harmand pense qu'il a été fortement modifié à plusieurs reprises pour faire le donjon actuel. En clair, selon Jacques Harmand,  le donjon central aurait bénéficié d'un parement total fin XIVe et début XVe, le centre serait donc du XIIIe.

Jacques Harmand découpe la construction en quatre temps :
Guy III le Bouteiller avec la construction des cinq niveaux, entre 1188 et 1221
Enguerrand VII de Coucy, entre 1383 et 1389, avec la construction du sixième niveau
Olivier le Clisson entre 1389 et 1407 avec le rajout d'un escalier à vis et d'un re-parement
et enfin Guillaume le Bouteiller entre 1407 et 1411 avec diverses modifications mineurs dont le percement de baies.

Jean Mesqui estime lui que le donjon aurait donc été fait plutôt au XIVe. Sans remettre en cause telle ou telle étude ou prendre parti, il convient de noter que le donjon de Montepilloy serait alors une exception si le parement avait été refait, pour autant Jacques Harmand ne manque pas de crédibilité. En clair pour départager les deux protagonistes il faudrait une recherche plus poussée, des fouilles qui n’ont quasiment jamais été faites, et la découverte de documents d’époques qui pourrait invalider l’une des deux thèses.
 
On comprend aisément la situation stratégique dans les plaines de Montépilloy
On comprend aisément la situation stratégique dans les plaines de Montépilloy

Viollet le Duc dans son dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe ( tome 9 page 134 ) en fait également une description, qui semble plutôt rejoindre en partie l’avis de Jacques Harmand.

Ce système de réduit, propre à une défense extrême, est adopté d’une manière absolue dans la grosse tour éventrée du château de Montépilloy, près de Senlis. D’un côté, cette tour donnait sur la baille du château, de l’autre sur le château lui-même, qui avait peu d’étendue. Nous parlons ici du château tel qu’il existait au  XIIe siècle, avant les adjonctions et modifications de lui fit subir Louis d’Orléans.
 

Nous donnons ( voir ci-dessus ) le plan du premier étage de cette tour, au niveau duquel s’ouvrait la seule poterne donnant entrée dans l’intérieur.
A, est la porte qui permet de descendre par un escalier vouté, dans l’épaisseur du cylindre,  à l’étage inférieur ; En B, la porte qui, par un long degré, également voûté, donne accès au second étage C, second étage, en D   de la herse et du mâchicoulis de la poterne. En continuant l'ascension par ce degré, on arrive au troisième étage. La poterne P est donc relevée au-dessus du sol extérieur de toute la hauteur du rez-de-chaussée. On n'y arrive que par une passerelle de bois facile à détruire. Cette poterne était fermée au moyen d'une grille, d'une herse, d'un mâchicoulis et d'un vantail barré. Une petite chambre E, propre à contenir deux hommes, est percée d'une meurtrière oblique qui enfile le tablier de la passerelle. Ce tablier était percé d'une trappe, 'par laquelle, au moyen d'une échelle, on descendait, défilé par la pile du pont, sur le chemin de ronde de la chemise G. L'intervalle entre cette chemise et la tour formait donc comme un fossé.
 
 
Plan en Coupe

La coupe faite sur ab ( voir ci-dessus ) montre en A la tour de Montépilloy telle qu'elle existait au xue siècle, et en B avec les modifications qui furent apportées aux défenses, en 1400, dans les parties supérieures. On voit en C la coupe de la chemise, en Pla coupe de la poterne, et enD celle de la chambre de la herse et du mâchicoulis au-dessus de cette poterne. On observera que le rez-de-chaussée est voûté, ainsi que l'étage au-dessus, au moyen d'arcs ogives à section rectangulaire reposant sur sur cinq piles. Cette salle voûtée supérieure est divisée par un plancher, c'est le second étage. Le troisième étage, dans lequel on débouche par la porte I, est resté tel qu'il était au xne siècle, seulement au XVe siècle on entailla sa muraille sur un point pour y loger un escalier à vis qui était destiné à monter au quatrième étage et à l'étage crénelé, avec mâchicoulis, M. La hauteur de l'ancienne tour ne dépassait pas le niveau N. Alors les hourds H donnaient une plongée en dehors de la chemise, comme l'indique la ligne ponctuée. Ce quatrième étage était destiné à l'approvisionnement des projectiles et à la défense supérieure, qui se B faisait par une série d'arcades dont on distingue quelques restes englobés dans la maçonnerie de 1600; arcades qui mettaient la salle supérieure en communication avec les hourds. Cette défense n'ayant pas paru avoir un commandement suffisant, en 1400 on suréleva cet étage à arcades; on le voûta en V, et l'on établit sur cette voûte une plateforme avec crénelage et mâchicoulis M, dont la plongée permettait de battre le pied de l'escarpe de la chemise, ainsi que l'indique, de ce côté, la ligne ponctuée. Il est clair que les passerelles S qui mettaient la tour en communication avec le château pouvaient être enlevées facilement. En E, est figurée l'échelle qui, de la trappe de cette passerelle, permettait de descendre derrière la pile par le chemin de ronde de la chemise.

La figure 45 donne le développement de l'intérieur de la tour de Montépilloy de e en f (voyez au plan, fig. 43). Les escaliers pris aux dépens de l'épaisseur du mur cylindrique, sontindiqués par des lignes ponctuées. En A, est la poterne, et en B, au-dessus, la chambre de la herse et du mâchicoulis. En C, les arcades qui, de l'étage supérieur, donnaient sur la galerie des hourds avant la surélévation du xve siècle. Cette construction est bien faite, en assises réglées de Om,\52 de hauteur (un pied), et tout l'ouvrage serait intact si l'on n'avait pas fait sauter à la mine la moitié environ du cylindre. Heureusement la partie conservée est celle qui présente le plus d'intérêt, en ce qu'elle renferme les escaliers de la poterne. Naturellement on a fait sauter de préférence les parties qui regardaient l'extérieur, lorsqu'on a voulu démanteler le château.
On comprend, quand on visite le château de Montépilloy, pourquoi Louis d'Orléans jugea nécessaire de surélever la tour et de la terminer par une plate-forme.
 
Possesseur du duché de Valois, prétendant faire de ce territoire un vaste réseau militaire propre à dominer Paris, il était important d'avoir près de Senlis, sur la route de la capitale, un point d'observation qui pût découvrir le parcours de cette route depuis sa sortie de Senlis jusqu'à Crespy. Or, on ne pouvait mieux choisir ce point d'observation, qui, occupé par une garnison sur une hauteur, permettait de couper le passage à tout corps d'armée débouchant de Senlis. Cette garnison avait d'ailleurs la certitude d'être soutenue par les troupes enfermées dans Crespy, Béthisy, Vez et Pierrefonds, si ce corps d'armée tentait de forcer le passage. Les gens sortis de Montépilloy n'avaient point à s'inquiéter s'ils étaient coupés eux-mêmes de leur château, puisqu'ils pouvaient battre en retraite jusqu'à Crespy, et plus loin encore, en défendant pied à pied la route qui pénètre au cœur du Valois. Mais pour que ces obstacles fussent efficaces, il fallait avoir le temps: 1e de se mettre en travers de la route ou sur ses flancs, au moment où une armée envahissante sortait de Senlis; 2e de prévenir par des signaux ou des émissaires les garnisons des châteaux de Crépy-en-Valois et de Béthisy situés chacun à huit kilomètres de Montépilloy, afin de se faire appuyer sur les flancs.
Or, pour prendre ces dispositions militaires, il était d'une grande importance de donner à la tour de Montépilloy la hauteur que nous lui connaissons.
Il faut considérer que l'élévation de ces sortes de tours tenait bien plus de la situation stratégique que de leur défense propre. On fait habituellement trop bon marché des dispositions stratégiques dans les forteresses du moyen âge. On les étudie séparément, avec plus ou moins d'attention, mais on tient peu compte de l'appui qu'elles se prêtaient pour défendre un territoire appartenant à un même suzerain ou à des seigneurs alliés en vue d'une défense commune, fait qui se présentait souvent. La fréquence des luttes entre châtelains n'empêchait point qu'ils ne se réunissent, à un moment donné, contre un envahisseur; et ce fait s'est présenté notamment lors du voyage de saint Louis dans la vallée du Rhône pour se rendre à Aigues-Mortes. Ce prince réduisit les petites forteresses qui commandaient le fleuve, et dont les possesseurs se défendirent tous contre son corps d'armée, bien que ces châtelains fussent perpétuellement en guerre les uns avec les autres.

Pour ne parler que d'une contrée qui a conservé un grand nombre de restes féodaux, le Valois, on remarquera que les postes militaires étaient disposés en vue d'une défense commune au besoin, bien avant la suzeraineté de Louis d'Orléans, et que ce prince ne fit qu'améliorer et compléter une situation stratégique déjà forte.
Texte Viollet le Duc


Photographies
 

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