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Prise de Jargeau le 12 juin 1429
 

Après la libération d’Orléans s’ensuit une campagne éclair dans les environs dont le but est de desserrer l’étau autour de la ville d’Orléans, de prévenir d’un nouveau siège et de préparer le sacre dans la cathédrale de  Reims.

Jargeau va être la première étape de cette campagne éclair. Après avoir quittée Orléans, rejoint le roi à Tours puis au château de Loches avec un passage à Romorantin, Jeanne d’Arc ainsi que des capitaines viennent à Orléans et prennent la direction de Jargeau.
 

Historique
  source :L'Ami du clergé paroissial (Langres)- Jargeau et ses environs aux XIVe et XVe siècles , par P. Leroy,   duc d'alençon, 



Le 9 ou 10 juin 1429, campement dans les bois


Une première équipe de 600 hommes environ arrive avec Jeanne et le duc d’Alençon dans les alentours de Jargeau, ils dormiront dans les bois dans la nuit du 9 ou 10 juin 1429.

Au lever du soleil Dunois ,ainsi que le seigneur Florentin d’Illiers, alors capitaine du château de Châteaudun,  et d’autres officiers arrivent de bon matin avec des renforts pour constituer une armée de 1200 hommes environ.

Un premier conseil de guerre entre les capitaines met en avant des désaccords tactiques, certains estimant qu’il valait mieux attaquer et d’autres prétextant une forte troupe Anglaise pour éviter d’attaquer frontalement. Plus de 500 hommes  avaient rejoint Jargeau après la libération d’Orléans, renforçant très nettement la ville d’autant qu’elle était commandée par un des meilleurs capitaines Anglais de l’époque du nom de Guillaume de Pole, comte de Suffolk. Les troupes anglaises sont plus d’un millier ce qui est très important pour défendre une place fortifiée.

Selon le témoignage du duc d’Alençon, Jeanne voyant que l’indécision prédominait dit la chose suivante : « Ne craignez quelque multitude que ce soit: n’hésitez pas à donner l’assaut aux Anglais, Dieu conduit notre armée. Si je n’avais l’assurance que Dieu conduit notre œuvre, j’aimerais mieux garder les brebis que de m’exposer à de si grands périls. »



Probablement le 11 juin 1429


L’armée prit alors la route de Jargeau espérant rejoindre les faubourgs de la ville et y camper. Mais les Anglais font une contre-attaque menant à mal l’armée. Une contre-offensive de Jeanne, avec l’étendard à la main, repousse les Anglais au château de Jargeau. Les français peuvent alors camper autour de la cité , les Anglais n’avaient probablement pas brûlé les faubourgs comme l’avait fait Dunois à Orléans pour éviter justement ce type de situation, rendant encore plus difficile un siège et une contre-attaque.

Curieusement les anglais ne réagissent pas dans la nuit, ce qui surprit le duc d’Alençon qui estimait qu’une offensive de Suffolk aurait très probablement mis en danger les Français présents.

Vint alors un événement assez étrange, en effet les capitaines,  dont le duc d’Alençon et Dunois, apprennent que La Hire tente de négocier avec Suffolk alors que personne n’est au courant. Cette négociation unilatérale avec le duc anglais ne plaît guère aux capitaines de l’expédition militaire qui demandent à La Hire de venir au camp français, ce qu’il fit. Cette équipée « solitaire » de La Hire n’est pas nouvelle, le 30 avril 1429 alors que Jeanne vient à peine d’arrivée, La Hire et Florent d’Illiers tentent de prendre la Bastille « Paris » située au Nord-Ouest d’Orléans à quelques centaines de mètres, Jeanne n’est pas au courant et semble mise donc à l’écart. La chevauchée se termine par un échec. Ce qui est nouveau ici  c’est qu’il semble que même le duc d’Alençon et Dunois ne sont pas au courant, ce qui n’était peut-être pas le cas à Orléans. On peut en tout cas être surpris  qu’une telle initiative personnelle soit possible et démontre le peu de rigueur  et de cohésion entre certains capitaines français dans les actions menées. Ce manque de rigueur fut l'une des raisons du désastre de l'armée du roi à la bataille d'Azincourt.

Après l’arrivée de La Hire, la décision est prise de prendre d’assaut Jargeau. Nous verrons un peu plus tard qu’il est probable que les discussions entre La Hire et Suffolk n’avaient pour ce dernier que l’objectif de gagner du temps pour obtenir des renforts, d’où la décision d’attaquer rapidement.

Avant la nuit, une bombarde d’Orléans, la « bergère » est utilisée pour ouvrir une brèche et fait écrouler la principale tour de défense de l’enceinte où étaient positionné les Anglais.



12 juin 1429


Au moment de l’assaut final un autre événement relaté par le duc Jean II d’Alençon va rendre ce dernier très admiratif de Jeanne et semble le convaincre qu’elle est bien envoyée de dieu, voici les faits selon ses déclarations au procès de réhabilitation :

Les hérauts d’armes se mirent à crier: « À l’assaut! » Et Jeanne me dit: « Avant, gentil duc, à l’assaut! » il me semblait qu’en commençant si promptement l’assaut, nous allions trop vite en besogne Jeanne me dit « Ne doutez pas. L’heure est bonne, quand il plaît a Dieu Il faut besogner quand Dieu veut. Besognez, et Dieu besognera. »
Un peu après elle me dit « Ah ! gentil duc, as tu peur? Ne sais-tu pas que j’ai promis à ta femme de te ramener sain et sauf? » Et en effet, lorsque je quittai ma femme pour venir à l’armée avec Jeanne, ma femme lui dit : « Jeannette, je crains beaucoup pour mon mari. Il sort à peine de prison, et il a fallu dépenser tant d’argent pour sa rançon que je le prierais bien volontiers de rester au logis. » À quoi Jeanne répondit: « Madame, soyez sans crainte. Je vous le rendrai sain et sauf et en tel ou meilleur état qu’il n’est. »
Durant l’assaut, comme j’étais à une certaine place, Jeanne me dit: « Retirez-vous de là. Si vous ne vous retirez, cette machine vous tuera. » Je me retirai, et peu après la machine que Jeanne m’avait désignée tua le sire du Lude, à la place même d’où je m’étais tiré. Tout cela me fit une grande impression. J’étais fort émerveillé des paroles de Jeanne et de la vérité de ses prédictions.

 


Blessure de Jeanne et prise de Jargeau


Guillaume de Pole, comte de Suffolk, tente de proposer une trêve avec comme condition d’attendre des renforts pendant 15 jours, si ils n’arrivent pas alors le comte rend la ville sans coup férir. Ce genre de situation est arrivé à plusieurs reprises du côté anglais ou français , par exemple au château d’Ivry la Bataille.

Mais les capitaines ainsi que Jeanne refusent et l’assaut reprend de plus belle.

Lors de l’assaut Jeanne  était sur une échelle, tenant à la main un étendard. L’étendard fut frappé ainsi que Jeanne  par une pierre qui vint tomber sur sa chapeline. Le coup avait jeté Jeanne à terre. Elle se releva et dit aux hommes d’armes : « Amis, amis, sus! sus! Notre Sire a condamné les Anglais. À cette heure ils sont nôtres, ayez bon cœur! ».

Capelines, ou chapelines,  d'assaut utilisées par les soldats qui devaient grimper les échelles et les murs des fortifications. C'est probablement ce type de casque que Jeanne utilisa pour monter. Celle de droite est différente sans crête, les bords sont larges pour les deux modèles permettant d'être relativement bien protégé. Le duc d'Alençon lors du procès de réhabilitation parle bien de "chapeline" et vu son niveau militaire il est peu probable qu'il fasse une confusion avec une salade dont la différence est notoire. D'autant que ce type de capeline était expréssement utilisée pour les assauts.

Dessins d'après l'ouvrage d'Adrien Harmand.

 

Quelques minutes plus tard  la ville est prise. Les Anglais refluent vers les ponts, les français les pourchassent et tuent plus de 1100 hommes selon le duc d’Alençon. Sullfolk alors sur le pont fortifié de la Loire est capturé avec son frère Jean, Alexander son autre frère meurt noyé.

Selon la légende lors de sa capture Sullfok  est fait prisonnier par un écuyer, Guillaume Renault, et se voyant pris lui dit :
" Es-tu gentilhomme ? "
"Oui!" répond l'écuyer.
Suffolk :" Chevalier?"
"Non !" répond l'écuyer, alors Suffolk l'adoube chevalier et se rend. Il ne faut pas être surpris qu'ils puissent se parler, les officiers anglais parlaient parfaitement le français qui était la langue usuelle des officiers et du roi d'Angleterre.





 

Photographies
 

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