Château de Bützow
 

 

Les mille vies du château de Bützow

Sur les royales terres d’Allemagne du nord, se dressent quelques-uns des plus mystérieux et fascinants châteaux médiévaux. Parmi eux, le château de Bützow se fait le témoin de la riche histoire de la région Mecklembourg Poméranie occidentale. Son actuel propriétaire, Yves Laisné, nous invite à découvrir cet édifice au destin bien trempé. A l’image de son guide.

 

Historique
  source : source sur place, documentation diverses,

 

Quand la pierre scelle l’histoire

Vers le ciel, le toit pointe de nouveau, les fenêtres se sont rhabillées et la façade en terra cotta a repris des couleurs. A Bützow, le château historique niché dans le centre-ville renaît petit à petit et nous livre les secrets d’une longue histoire, parfois tumultueuse. La bâtisse de trois étages accompagne la ville d’Allemagne du Nord depuis près d’un millénaire maintenant. Il aura fallu la passion d’Yves Laisné, son actuel propriétaire pour que l’histoire de ce château laissé à l’abandon, soit révélée au grand jour. « Le hasard a voulu que je tombe sur la vente du château de Bützow. Celui-ci est un château historique qui m’a séduit. Je consacre désormais à sa restauration tout ce que je peux dégager », déclare l’entrepreneur à la tête d’une société de conseils, spécialisée dans les entreprises en difficultés. Aussi, chaque pierre se fait l’écho de moments rocambolesques que nous narre son propriétaire. Et l’histoire continue à l’intérieur. Impressionnante, l’armature de poutres mêlées à la pierre ancienne a été restaurée et rappelle la riche période du Moyen-Age. Les premières traces du château remontent à 1171, où l’édifice d’inspiration slave a été mentionné pour la première fois. Si sa construction reste pour le moins mystérieuse, il a accueilli à partir de 1180, l’évêque Berno et ses successeurs. Bützow est alors devenu la résidence des puissants clercs de l’évêché de Schwerin, ville-résidence des ducs et grands-ducs de Mecklembourg. Comme une empreinte laissée dans le temps, les trois voutes gothiques révèlent encore aujourd’hui l’ancienne chapelle. Car décrypter Bützow grâce à son architecture est une véritable chasse aux trésors dans le temps. Reconstruit, déconstruit, Bützow est marqué par les multiples transformations au grès des goûts et des envies de ses prestigieux propriétaires. Déjà en 1256, le château subit les conséquences d’un litige portant sur la dîme entre l’évêque Rudolf Ier et le Prince Pribislav de Parchim-Richenberg qui le détruit. Au 14ème siècle, le château et ses terres ont été saisi par la famille Bülow qui a largement participé à la reconstruction et à l’agrandissement du château. Parmi les figures marquantes, les évêques Frédéric II Von Bülow (1365-1375), Rudolf II, Duc de Mecklembourg, et Nicolas Ier Böddeker ont permis d’ajouter un bâtiment à l’édifice qui arborait alors fière allure. De couvent, le château se pare d’une allure des plus fastueuses, notamment grâce au Prince Ulrich von Dänermark qui s’attache à en consolider les fondations. C’était sans compter sur la guerre de 30 ans qui éteint les lueurs de Bützow, maltraité par la violence de Wallenstein. Il faudra attendre l’arrivée de la princesse Sophie-Charlotte, veuve du Duc de Mecklembourg qui s’y installe au 17ème siècle jusqu’à sa mort en 1749, pour que le château reprenne un second souffle et s’anime, pour devenir alors un des lieux de rencontre les plus prisés de la région. Le dynamisme vient en partie de la montée en puissance de la ville de Bützow, qui devient grâce au règne du duc Friedrich von Mecklembourg, une ville universitaire en 1760. De palais épiscopal, Bützow se converti en Université et en lycée d’enseignement. En 1821, les vielles pierres de Bützow se font gardiennes de la loi et accueillent les audiences de justice et même quelques cellules de prison de la nouvelle Cour criminelle de la région.

 

Le château de la réconciliation

Comme un clin d’œil à Yves Laisné, docteur en droit qui ne se lasse pas d’évoquer le mouvementé passé de sa demeure, le château a également été le refuge d’huguenots en fuite dont la princesse Sophie-Charlotte assurait la protection, souligne ce Français, aujourd’hui résident allemand. « Le choix de l’Allemagne est quelque part un choix de destinée » confie-t-il. Un bien drôle de destin pour ce « citoyen d’Europe » qui explique avoir acheté le château grâce à un héritage issu de sa famille maternelle décimée par les nazis. Après une longue procédure, il obtient la rétrocession d’un bâtiment familial saisi par les SS et récupéré par un ancien dignitaire nazi. Avec la revente de cet immeuble, il achète le château de Bützow comme pour continuer son travail de réconciliation. « J’ai tourné la page et je me suis trouvé une certaine parenté avec l’Allemagne. Les Allemands d’aujourd’hui ne sont pas responsables de ce qu’ont fait leurs grands-parents » déclare Yves Laisné. Si Bützow est son nouveau refuge, son propriétaire prend soin de lui donner un avenir tout neuf. En plein cœur de la ville, le château s’affiche comme un bâtiment incontournable dans la vie sociale et le patrimoine historique. C’est d’ailleurs aidé par de nombreux artisans et entreprises de la région, que l’entrepreneur a dirigé les travaux de restauration. La tâche est grande quand on sait que le château a servi de centre culturel à l’époque de la RDA ou a été utilisé comme musée, centre culturel ou bibliothèque. Bützow s’est même mu en école de musique jusqu’à la fin des années 90. Quel sera donc le prochain visage de ce château au destin si particulier ? Yves Laisné poursuit cette aventure avec ferveur pour que la belle endormie s’éveille enfin à jamais et resplendisse dans tout son lustre d’antan.

texte de Nathalie Renaud


 

Photographies
 

 

 

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