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Richard Cœur de Lion, roi-chevalier par excellence du XIIᵉ siècle, est une figure emblématique de l’Occident médiéval, célèbre pour son courage au combat, ses campagnes en Terre sainte et son rôle central dans les rivalités entre Plantagenêt et Capétiens. Fils d’Henri II Plantagenêt et d’Aliénor d’Aquitaine, il marque durablement l’imaginaire européen par son aura de croisé et de seigneur guerrier, plus souvent sur les champs de bataille que dans son royaume d’Angleterre.
Qui est Richard Cœur de Lion ?
Né le 8 septembre 1157, Richard Ier d’Angleterre cumule les titres de roi d’Angleterre, duc de Normandie, comte d’Anjou et héritier des vastes terres aquitaines, ce qui en fait l’un des princes les plus puissants de son temps. Couronné en 1189 après la mort de son père à Chinon, il ne séjourne pourtant que très peu en Angleterre, concentrant son énergie sur la croisade et la défense de ses possessions continentales face à Philippe Auguste.
Un roi-chevalier et croisé
Son surnom de « Cœur de Lion » lui vient de sa réputation de chef de guerre intrépide, forgée dès sa jeunesse lors des conflits en Aquitaine et des révoltes féodales. Figure majeure de la troisième croisade, il se distingue notamment par la prise de Saint-Jean-d’Acre et par ses affrontements avec le sultan Saladin, même s’il ne parvient pas à reprendre Jérusalem.
Une fin tragique et une légende durable
Richard meurt en 1199 lors du siège du château de Châlus en Limousin, frappé par un carreau d’arbalète, mettant fin à un règne aussi bref qu’intense. Son gisant à l’abbaye de Fontevraud, aux côtés d’Aliénor d’Aquitaine et d’Henri II, symbolise encore aujourd’hui la puissance et la complexité de la dynastie Plantagenêt au cœur des enjeux franco-anglais.

Portrait présumé de Richard Coeur de Lion, probablement réalisé de son vivant, dans la Chapelle Sainte Radegonde à Chinon. On aurait pu penser qu'il s'agit d'Henri II Plantagenêt mais la situation conflictuelle entre Henri II et Aliénor et la relation très fusionnelle avec son fils Richard Coeur de Lion, permet d'imaginer qu'il ne fut pas représenter sur cette polychromie, néanmoins cela reste incertain.
Richard Ier dit Cœur de Lion (8 septembre 1157, palais de Beaumont à Oxford – 6 avril 1199, château de Châlus-Chabrol) fut roi d'Angleterre, duc de Normandie, duc d'Aquitaine, comte de Poitiers, comte du Maine et comte d'Anjou de 1189 à sa mort en 1199.
Fils d’Henri II Plantagenêt et d’Aliénor d'Aquitaine, Richard est élevé dans le duché d'Aquitaine à la cour de sa mère, ce qui lui vaut dans sa jeunesse le surnom de Poitevin. Il devient comte de Poitiers à l'âge d'onze ans et duc d’Aquitaine lors de son couronnement à Limoges. Après la mort subite de son frère aîné le roi Henri le Jeune en 1183, il devient héritier de la couronne d’Angleterre, mais aussi de l’Anjou, de la Normandie et du Maine. Pendant son règne, qui dure dix ans, il ne séjournera que quelques mois dans le royaume d’Angleterre et n'apprendra jamais l'anglais. Il utilise toutes ses ressources pour partir à la troisième croisade, puis pour défendre ses territoires français contre le roi de France, Philippe Auguste, auquel il s’était pourtant auparavant allié contre son propre père. Ces territoires, pour lesquels il a prêté allégeance au roi Philippe, constituent la plus grande partie de son héritage Plantagenêt.
Les Anglais l’appellent Richard I ou Richard the Lionheart ; les Français Richard Cœur de Lion ; dans les régions occitanes, il est surnommé Oc e Non (« Oui et non » à cause de son supposé laconisme) ; et les Sarrasins l'appellent Melek-Ric ou Malek al-Inklitar (roi d'Angleterre). En son temps, il est considéré comme un héros, et souvent décrit comme tel dans la littérature. Il est aussi un poète et un écrivain célèbre de son époque, notamment pour ses compositions en occitan, mais aussi en langue d'oïl.
Richard Cœur de Lion : Le Roi Chevalier
Sous le soutien de leur mère, Aliénor d'Aquitaine, les fils d'Henri II Plantagenêt se rebellent contre leur père en 1173. Malheureusement, leur révolte échoue, les contraignant à demander pardon au souverain d'Angleterre. À la suite de cette déconvenue, Richard est chargé de réprimer les seigneurs rebelles en Aquitaine.

La Tour du Moulin de la forteresse de Chinon a été construite à l'initiative de Richard Cœur de Lion à partir de 1190.
La mort du roi Henri II en 1189, à Chinon, ouvre la voie à l'avènement de Richard en tant que Roi d'Angleterre. En 1190, il part en croisade aux côtés du roi de France, Philippe-Auguste, dans le but de reprendre Jérusalem des mains de Saladin, le sultan d'Égypte. Malgré la prise de la ville de Saint-Jean d'Acre par les deux souverains, leur relation se détériore, conduisant finalement au départ de Philippe-Auguste de la croisade pour regagner la France.
Sous l'impulsion de sa mère, Aliénor d'Aquitaine, Richard Cœur de Lion épouse Bérengère de Navarre, fille de Sanche VI de Navarre, en 1191, à Limassol, à Chypre. Richard poursuit son combat, remportant la bataille d'Arsour, mais échouant à reconquérir Jérusalem. Sa bravoure au combat est toutefois célébrée par les chroniqueurs, le présentant comme l'incarnation des vertus chevaleresques. Le 2 septembre 1192, un traité de Jaffa est signé entre Richard et Saladin, garantissant la liberté des pèlerinages chrétiens à Jérusalem.
Richard est contraint, en 1192, lors de son voyage de retour de la Terre Sainte, de traverser le Saint-Empire Romain Germanique, où il est considéré comme un ennemi. Pour échapper à ses poursuivants, il se déguise, mais il est finalement repéré et capturé à Vienne par Léopold, le duc d'Autriche, qu'il avait humilié à Acre.
Richard est ensuite remis à l'empereur Henri VI et maintenu en captivité. Pour obtenir sa libération, l'empereur réclame une rançon de 150 000 marcs d'argent, équivalant aux recettes du royaume d'Angleterre pour environ deux ans. Finalement, Aliénor d'Aquitaine, sa mère, parvient à réunir la somme requise, et son fils est libéré en 1194.
De retour en Normandie, puis en Aquitaine, Richard lutte pour contrer les visées de Philippe-Auguste sur ses possessions continentales. Cependant, en 1199, il se rend à Châlus et trouve la mort pendant le siège du château, sans jamais retrouver l'Angleterre. Son gisant est actuellement visible à l'Abbaye royale de Fontevraud, aux côtés d'Aliénor d'Aquitaine, Henri II Plantagenêt et Isabelle d'Angoulême.
Richard Cœur de Lion : Le Roi Poète et Protecteur des Troubadours
Avant de devenir souverain d'Angleterre, Richard Cœur de Lion a été Duc d'Aquitaine et Duc de Normandie. Il a suivi les pas de sa mère, Aliénor d'Aquitaine, en devenant un protecteur et un mécène des troubadours. Développant très tôt un amour pour la poésie et l'écriture, Richard a composé des ballades. Même lors de sa détention par l'empereur, il a continué à écrire des œuvres courtoises. Ses créations ont été chaleureusement saluées par les poètes et troubadours de l'époque, qui ont chanté ses exploits et pleuré sa mort.
Bertran de Born, chevalier troubadour et ami fidèle de Richard, l'a ainsi célébré : "Je pleure celui qui fut mon maître en toute chose, Nulle joie ne pourra dissiper ma douleur, Anglais, Normands, Bretons, Gascons verseront des larmes amères. Tu étais le roi des courtois, l’empereur des preux. Nous sommes tous plongés dans le désespoir car les barons, les troubadours, les jongleurs, ont tout perdu."
Pourquoi Richard était-il surnommé "Cœur de Lion" ?
Richard a obtenu son surnom de "Cœur de Lion" durant la révolte des fils d'Aliénor d'Aquitaine contre leur père, Henri II Plantagenêt. Ce surnom fait écho à son courage et sa férocité au combat, soulignant à la fois ses qualités physiques et ses valeurs morales, son tempérament, ainsi que sa manière de régner.
Il convient de noter que Richard était également surnommé "Oc e no" en langue occitane, ce qui signifie "Oui et non". Ce surnom reflète la nature versatile et changeante du souverain, parfois sujet à des revirements dans ses paroles et ses actions. Les chroniqueurs de l'époque utilisaient de tels surnoms pour différencier les souverains et les distinguer dans l'histoire.
Biographie et Histoire
Famille et enfance
Richard naît probablement au palais de Beaumont en Angleterre. Troisième fils d’Henri II d'Angleterre (l’aîné, appelé Guillaume, né en 1153, est mort à l’âge de trois ans) et d'Aliénor d'Aquitaine, Richard n’est pas destiné à succéder à son père. Il est cependant le fils préféré de sa mère (qui avait eu deux filles de son premier époux, le roi des Francs Louis VII de France) et il devient son héritier à la couronne d’Aquitaine en 1168, puis au titre de comte de Poitiers.
En janvier 1169, il est fiancé à Adèle de France (fille de Louis VII le Jeune). Henri II la fait venir en Angleterre de manière à pouvoir prendre possession des terres constituant sa dot (comté d'Aumale et comté d'Eu) mais, dès qu'elle fut nubile, il en aurait fait sa maîtresse et aurait retardé le mariage. Par le traité de paix signé le 30 septembre 1174 à Montlouis entre Tours et Amboise, le roi Henri II renouvelle à Louis VII la promesse du mariage entre Adèle et son fils Richard mais il ne s'y tient pas et, en 1177, le pape Alexandre III intervient pour le sommer, sous peine d'excommunication, de procéder au mariage convenu. Le Berry devait être la dot de l'épousée. Henri renouvelle sa promesse en décembre 1183 puis à l'époque du Carême de 1186, mais ne la tient toujours pas. Entretemps, Adèle aurait donné la vie à un fils, la rumeur voulant qu'il fût l'enfant d'Henri II. Après la mort d'Henri II le 6 juillet 1189, Richard fera venir Adèle à Rouen en février 1190 mais en 1191 avertit le roi de France Philippe Auguste qu'il ne saurait prendre sa sœur comme femme à cause du déshonneur dont il l'accuse.
Révolte contre son père Henri II et son frère Henri le Jeune
Comme les autres enfants légitimes d’Henri II Plantagenêt, Richard montre peu de respect pour son père et manque de clairvoyance à long terme ainsi que de sens des responsabilités.
En 1170, son frère Henri le Jeune est couronné roi d’Angleterre avant la mort de son père. Il est ainsi dénommé pour le différencier de son père, puisqu’il ne règne pas encore. Vers 1170, Richard reçoit le comté de Poitiers, puis en juin 1172 le duché d'Aquitaine, lors de deux cérémonies d'investiture, à Saint-Hilaire de Poitiers puis peu après à Limoges. En 1173, Richard rejoint ses frères Geoffroy II de Bretagne, époux de Constance de Bretagne, et Henri le Jeune dans leur révolte contre leur père. Déjà dotés de fiefs par leur père, ils espèrent le remplacer effectivement au pouvoir, poussés en cela par leur mère. Elle incite Richard à rejoindre le roi de France à Paris où il est fait chevalier (adoubé) par ce dernier. Henri II envahit l’Aquitaine deux fois et à dix-sept ans, Richard est le dernier de ses fils à lui tenir tête. Finalement, il refuse un combat face-à-face et lui demande son pardon. En 1174, Richard renouvelle ses vœux de soumission à son père.
Après son échec, Richard va mater les nobles mécontents d’Aquitaine, spécialement en Gascogne. Il fonde Marmande en 1182, s’y installe et construit de nombreux châteaux forts dans les environs (Soumensac). Il se taille une affreuse réputation de cruauté, avec de nombreuses accusations de viols et de meurtres. Les rebelles espèrent détrôner Richard et appellent ses frères à l’aide. Henri II a peur que cette guerre entre ses trois fils ne conduise à la destruction de son royaume et il lance son armée à son aide. Le 11 juin 1183, Henri le Jeune meurt et son père Henri II est toujours sur son trône.
Richard s’oppose aussi à son père parce qu'il lui reproche d'avoir fait sa maîtresse la princesse Adèle avec laquelle il devait se marier. Henri, voulant éviter un incident diplomatique, ne confesse pas son erreur de conduite. Richard ne renoncera à ce mariage qu’en 1191.
La troisième croisade
Philippe Auguste et Richard Cœur de Lion. Presque toujours absent du royaume d'Angleterre, Richard préfère se consacrer à ses possessions françaises et à la croisade en Terre sainte.
Peu après son accession au trône en 1189, il décide de se joindre à la troisième croisade, inspirée par la perte de Jérusalem, prise par Saladin. Richard Cœur de Lion craint que Philippe Auguste n’usurpe ses territoires en son absence. Le roi de France a les mêmes craintes vis-à-vis de son rival anglais, aussi les deux rois partent ensemble pour la Palestine. Ils s'engagent à défendre les territoires l'un de l'autre pendant qu'ils seront à la croisade.
Richard est accusé de faire peu pour l’Angleterre, se contentant d’épuiser les ressources du royaume en empruntant pour financer ses expéditions en Terre sainte : il augmente les taxes et dépense la majeure partie du trésor de son père. Il rassemble et emprunte autant d’argent qu’il le peut, libérant par exemple le roi d’Écosse de son hommage en échange de dix mille marcs, et vendant nombre de charges officielles et autres droits sur des terres. Par ailleurs, c’est grâce aux réformes importantes de son père en matière de législation et de justice qu’il lui sera possible de quitter l’Angleterre pour une longue période.
En 1190, Richard part finalement pour la troisième croisade avec son ami le seigneur de Sablé et futur grand maître templier, Robert de Sablé, qui passe dix-neuf ans à sa cour. Il s'embarque à Marseille, laissant Hugues du Puiset, évêque de Durham, et Guillaume de Mandeville comme régents. Guillaume de Mandeville, qui meurt rapidement, est remplacé par William Longchamp. Mécontent de cette décision, le frère de Richard, Jean, manœuvre dès lors contre William. Au cours de l'été 1190, Richard décide de débarquer près de Naples tandis que Philippe Auguste gagne directement Messine le 16 septembre. De la région de Naples, il gagne Messine par voie terrestre en passant par Amalfi, Salerne et Mileto, où il est agressé par des gens du cru. Selon Roger de Hoveden, Richard s'était écarté de sa suite et avait molesté un paysan ; aussitôt, tous les habitants du village l'attaquent et il ne doit sa survie qu’à la rapidité de sa fuite.
Capture et Retour de Richard dans ses Terres Continentales
En l'automne de 1192, après des manœuvres diplomatiques du roi français Philippe, Richard Cœur de Lion, alors en chemin de retour, est capturé près de Vienne. Cette capture est due en grande partie à des provocations publiques de Richard envers le duc Léopold V de Babenberg, qu'il avait insulté pendant la croisade. Initialement détenu à Dürnstein, il est finalement remis à l'empereur Henri VI, qui le maintient captif au château de Trifels. L'empereur exige une rançon exorbitante de cent cinquante mille marcs d'argent, équivalant à deux années de recettes du royaume d'Angleterre. Bien que ses conditions de détention ne soient pas strictes, Richard est contraint de restreindre sa liberté de mouvement, ce qui donnera naissance à la légende de Blondel.
Le 17 avril 1193, Richard comparaît devant Henri VI et devant la diète de l'empire, qui décide de le juger. Le procès se déroule au château impérial de Haguenau, aboutissant à une lourde amende pour Richard.
Finalement, l'empereur libère Richard en février 1194 après un premier versement de cent mille marcs d'argent, une somme qui équivaut à 35 tonnes de métal précieux. Cette rançon est rassemblée avec peine par sa mère, Aliénor d'Aquitaine. De plus, l'empereur obtient de Richard le serment d'allégeance de la couronne d'Angleterre à l'Empire, accompagné de l'obligation de verser un tribut annuel de cinq mille livres sterling. Après la libération de Richard, Philippe Auguste, le roi de France, informe Jean sans Terre que "le diable est lâché."
Le 20 mars 1194, Richard débarque à Sandwich et retrouve l'Angleterre, où il est chaleureusement accueilli. En son absence, son frère Jean avait presque réussi à s'emparer du trône. Richard entreprend de reconquérir les forteresses une par une, et le château de Nottingham est la dernière à tomber. Par la suite, il décide de retourner sur ses terres continentales, car Philippe Auguste a profité de son absence pour s'emparer de la Normandie.
Richard débarque à Barfleur, où il est chaleureusement accueilli par les Normands. Le 13 mai, il se dirige vers Verneuil-sur-Avre, assiégée par Philippe Auguste. Jean, prévoyant l'arrivée anticipée de son frère en Normandie, se rallie à Richard à Lisieux. Richard établit son camp près de l'Aigle, à proximité de Verneuil-sur-Avre. Voyant qu'il ne peut faire face à Richard, le roi de France profite des fêtes de la Pentecôte pour lever le siège et se retire, tout en sacrifiant son arrière-garde. Richard entreprend ensuite de reprendre le contrôle des forteresses visées par le traité signé en janvier entre Philippe et Jean, ou d'empêcher leur capture, car certains gouverneurs n'ont pas accepté les termes de ce traité. Il se dirige ensuite vers l'Anjou.
Cependant, Philippe se venge de la trahison de Jean en incendiant Évreux. Il comprend tardivement les intentions de Richard, qui reprend la forteresse de Loches.
Fin juin, Philippe s'empare du château de Fréteval et se tourne vers laforteresse de Vendôme. Richard campe à proximité et attend Philippe. Profitant de la nuit, Philippe quitte son camp et suit péniblement la rive gauche du Loir avec son armée. Dans un état de désorganisation totale, son armée est attaquée au petit matin à quelques kilomètres de Fréteval. Philippe, qui s'était éloigné du chemin pour se reposer dans un châtelet sur une île du Loir, parvient à s'enfuir avec quelques hommes, mais ses sceaux royaux, son trésor et ses chartes font partie du butin récupéré par Richard.

Ruine du donjon de Fréteval
Après son départ en mai 1194, Richard ne retourne pas en Angleterre. En janvier 1196, il assiège Gaillon, où Lambert Cadoc est le châtelain. Au cours du siège, Lambert Cadoc blesse Richard à la jambe d'une flèche tirée depuis la tour. Ironiquement, Richard avait recruté Lambert Cadoc au Pays de Galles pour combattre le roi de France, mais une partie de ces Gallois, poussés par leur aversion envers les Normands et les Saxons, ont fait défection et ont rejoint le camp adverse.
Richard Coeur de Lion est aussi connu pour la construction, notamment en Normandie, du château Gaillard, formidable forteresse située sur les bords de la Seine.
Au fil des années de guerre qui suivent, Richard parvient à rétablir la situation et à défendre efficacement la Normandie. Il fait ériger une série de châteaux, dont Château-Gaillard près des Andelys, sur la rive droite de la Seine, ainsi que les châteaux de Radepont dans la vallée de l’Andelle, Montfort-sur-Risle dans la vallée de la Risle, Orival sur la roche Fouet surplombant la Seine en amont de Rouen, et fait améliorer le château de Moulineaux, situé en aval de Rouen et dominant la Seine. Après une brève trêve, la guerre reprend à l'automne de 1196. Richard envahit la partie du Vexin sous contrôle français. Il remporte une première victoire sur Philippe Auguste en septembre 1198, entre Gamaches et Vernon, puis une seconde victoire le 27 septembre lors de la bataille de Gisors. Cependant, le pape impose une trêve qui profite à Philippe Auguste.
La Sexualité de Richard Cœur de Lion
La question de la sexualité de Richard Cœur de Lion a suscité des débats parmi les historiens, certains avançant l'idée d'une relation homosexuelle avec Philippe Auguste, tandis que d'autres estiment que les preuves disponibles sont insuffisantes pour établir quoi que ce soit de manière concluante.
L'historien britannique John Harvey, en 1948, a avancé l'idée que l'amitié entre Philippe Auguste et Richard pourrait être interprétée comme une relation homosexuelle. Cependant, John Gillingham, biographe de Richard Cœur de Lion, considère que cette notion d'homosexualité attribuée au roi repose sur des anachronismes dans l'interprétation des éléments historiques. Pour lui, la sexualité de Richard demeure incertaine, et il ne faut pas nécessairement conclure à une hétérosexualité en l'absence de preuves formelles.
Il est également mentionné que certains chroniqueurs du XIIe siècle, dont Benoît de Peterborough, évoquent une forme d'"amour" entre les jeunes Richard et Philippe Auguste, soulignant même qu'ils partageaient le même lit. Cependant, cette relation intense entre les deux hommes a ultérieurement évolué en haine.
En tout cas, les contemporains de Richard le considéraient comme hétérosexuel. L'historien Jean Flori rejette la notion d'homosexualité chez le roi, estimant qu'interpréter l'amour entre les deux hommes à la lumière de la compréhension moderne du terme "amour" serait une erreur. Il explique que partager le même lit n'avait pas la signification sensuelle qu'on lui accorderait aujourd'hui. Néanmoins, Jean Flori, se basant sur les récits des pénitences de Richard en 1191 et 1195 pour des péchés de sodomie et de bougrerie, avance la probabilité d'une bisexualité.
Pour l'historien William E. Burgwinkle, rien dans les chroniques contemporaines ne permet d'affirmer que Richard, en dehors de son affection profonde pour Philippe Auguste, ait eu des sentiments amoureux envers quiconque, que ce soit un homme ou une femme.
À l'âge de 34 ans, sous la pression de sa mère, Richard épouse Bérengère de Navarre, mais il est rarement en sa présence. Le mariage est principalement une union de convenance. Roger de Hoveden, chroniqueur contemporain, relate que, suite à un avertissement d'un ermite et une maladie soudaine, Richard se réconcilie charnellement avec sa femme, mais il ne manifeste pas de désir apparent de procréer un héritier.
Benoît de Peterborough, un autre chroniqueur contemporain, accuse Richard de viols envers des femmes du peuple. Cependant, selon Burgwinkle, ces actes ne traduisent pas nécessairement un désir sexuel envers les femmes, mais plutôt un désir de contrôle, notamment sur le plan politique.
Richard a un fils illégitime, Philippe de Cognac, avec une maîtresse non identifiée. Ce fils épouse Amélie de Cognac, fille d'Itier, seigneur de Cognac, Villebois, et Jarnac. On rapporte également que Philippe de Cognac aurait vengé son père en assassinant Adémar V de Limoges en 1199.
Mort de Richard Ier Coeur de Lion

Richard Coeur de Lion dans l'Abbaye de Fontevraud
Richard décède le 6 avril 1199, onze jours après avoir été blessé par une flèche au château de Montbrun à Châlus-Chabrol. Son corps est inhumé dans l'abbaye de Fontevraud, son cœur est préservé dans un reliquaire et enterré dans un tombeau à la cathédrale de Rouen, tandis que ses entrailles reposent dans l'église du château de Châlus-Chabrol. Cette division du corps en plusieurs sépultures était une pratique courante à l'époque, initiée au milieu du XIe siècle par les chevaliers et souverains anglais et allemands décédés en croisade ou loin de leur lieu de sépulture choisi.
Selon Roger de Hoveden, Philippe de Cognac, un fils supposé illégitime de Richard, aurait vengé la mort de son père en assassinant Adémar de Limoges.
Jean sans Terre : Un Souverain Méprisé
Né en 1167, à l'âge de 45 ans, Jean est le dernier enfant d'Aliénor d'Aquitaine. À l'origine, il n'était pas destiné à monter sur le trône, ne recevant aucun territoire en héritage, ceux-ci ayant déjà été attribués à ses frères aînés. C'est pourquoi il fut surnommé "sans Terre".
Toutefois, la disparition de ses frères changea la donne, et Jean Sans Terre devint finalement roi en 1199, à la mort de Richard Cœur de Lion. Les barons d'Anjou, du Maine et de Touraine, au départ réticents, lui préfèrent initialement Arthur de Bretagne, le neveu de Richard et Jean, dont les droits légaux étaient supérieurs.
Une fois couronné, Jean se rend en France et établit une stratégie défensive le long des frontières normandes pour obtenir une trêve avec la France et stabiliser ses possessions continentales. Malheureusement, la perte de la Normandie en 1204 lui a valu le surnom de "Jean l’Épée Molle".
sources : Abbaye de Fontevraud,
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Gustave Eiffel
Gustave Eiffel, est né le 15 décembre 1832 à Dijon et a passé le reste de sa vie à marquer de son empreinte l'ingénierie et l'industrie en France. Il est décédé le 27 décembre 1923 à Paris. Cet ingénieur centralien et industriel français est principalement connu pour sa contribution majeure à la construction de la Tour Eiffel à Paris, ainsi que pour son implication dans des projets tels que le viaduc de Garabit et la statue de la Liberté à New York.

Buste de Gustave Eiffel sous la tour Eiffel.
Gustave change de nom
Origines et évolution du nom Issu d'une famille dont le nom d'origine était « Bönickhausen dit Eiffel », Gustave Eiffel a ajouté le nom « Eiffel » à son patronyme. Ce second nom avait été ajouté par un ancêtre allemand établi à Paris au XVIIIe siècle, originaire de l'Eifel, à Marmagen, en Rhénanie-du-Nord-Westphalie. L'objectif était de rendre le nom plus facilement prononçable pour les Français que le nom d'origine, Bönickhausen. Gustave a finalement décidé de se débarrasser du nom allemand en 1877, car il pensait que sa consonance pouvait semer le doute sur sa nationalité française et nuire à sa réputation. Cette démarche a été motivée par un incident en 1875, où un dessinateur qu'il avait licencié l'avait diffamé en l'accusant d'être un espion à la solde de Bismarck. Gustave a porté plainte et a obtenu gain de cause, obtenant officiellement le droit de ne porter que le nom « Eiffel » à partir du 1er avril 1879.
Jeunesse et formation
Le père de Gustave, Alexandre Bönickhausen dit Eiffel, était un officier engagé dans les armées napoléoniennes en 1811, devenant plus tard secrétaire de l'intendance militaire de Dijon. Sa mère, Catherine Mélanie Moneuse, était la fille d'un négociant de bois et s'est lancée dans le négoce de la houille, parvenant à accumuler une petite fortune personnelle. Durant son enfance, Gustave a été élevé en grande partie par sa grand-mère maternelle, résidant à Dijon. Il a également vécu au château du Castel à Dijon et a poursuivi ses études au Collège Royal de Dijon, maintenant appelé collège Marcelle-Pardé. Après avoir obtenu son baccalauréat en 1850, Gustave Eiffel a quitté Dijon pour étudier au collège Sainte-Barbe de Paris dans l'espoir de préparer le concours d'entrée à l'École polytechnique. Cependant, il a échoué à l'oral de l'examen et a finalement choisi de rejoindre l'École centrale des arts et manufactures de Paris, où il a obtenu son diplôme en 1855.
Carrière et spécialisation
Bien que Gustave Eiffel ait initialement étudié la chimie en vue de diriger l'usine de son oncle, des différends familiaux l'ont amené à se tourner vers la métallurgie. Sa mère avait des relations dans ce domaine, ce qui a influencé son choix de carrière. Il a déménagé à Clichy en 1856 pour poursuivre sa carrière dans le domaine de la métallurgie.
L'histoire de Gustave Eiffel est marquée par ses contributions exceptionnelles à l'ingénierie et à l'industrie, en particulier sa collaboration à des projets emblématiques comme la Tour Eiffel à Paris. Son nom est indissociable de cette structure emblématique et de son impact sur l'architecture moderne. Sa capacité à repousser les limites de la conception structurelle a laissé une empreinte durable dans le paysage architectural mondial.
Des débuts prometteurs

Après avoir travaillé pendant quelques mois aux Forges de Châtillon-sur-Seine, où son beau-frère occupait le poste de directeur, Gustave Eiffel fit une rencontre déterminante en 1856 grâce à sa mère. C'est ainsi qu'il fit la connaissance de Charles Nepveu, un entrepreneur parisien spécialisé dans la construction métallique et précurseur de l'utilisation de l'air comprimé dans les forages. Charles Nepveu entretenait des liens étroits avec les frères Pereire, des personnalités influentes de l'époque. À cette période, l'acier commençait à gagner en popularité pour la construction de ponts et de charpentes, notamment en relation avec l'essor des chemins de fer. Les qualités de résistance, de légèreté et de facilité de manipulation de l'acier en faisaient un matériau de choix.
Gustave Eiffel prouva rapidement ses compétences dans ce domaine. Placé par Nepveu à la Compagnie des chemins de fer de l'Ouest, il eut pour mission d'étudier son premier projet majeur : la conception d'un petit pont en « tôle » pour le chemin de fer de Saint-Germain. En parallèle, il collabora avec Nepveu pour soumissionner à la construction d'un pont ferroviaire sur la Garonne. Cette opportunité se concrétisant, Nepveu céda son entreprise à la Compagnie belge de matériels de chemins de fer dirigée par François Pauwels, qui embaucha Gustave Eiffel.
Sa première réalisation d'envergure fut la conception du pont ferroviaire de Saint-Jean à Bordeaux en 1858, en collaboration avec Paul Régnauld. À seulement vingt-six ans, Eiffel prit la direction de ce chantier ambitieux. Il utilisa alors la technique novatrice de fondation à air comprimé pour les piles tubulaires du pont. Il rédigea d'ailleurs une étude intitulée « Le fonçage par pression hydraulique des piles » qui traitait de cette méthode. Le succès de ce projet, visant à relier la Compagnie des chemins de fer du Midi, appartenant aux frères Pereire, à la Compagnie du chemin de fer de Paris à Orléans, contribua grandement à bâtir sa réputation. Dans les années 1860, sa collaboration avec Paul Régnauld aurait également conduit à la réalisation de la passerelle Saint-Paul et de l'observatoire Sainte-Cécile à Arcachon.
Le 7 avril 1862, à l'âge de 29 ans, Gustave Eiffel se maria à Dijon avec Marguerite Gaudelet, alors âgée de 17 ans. Le couple eut cinq enfants, trois filles et deux garçons, nés entre 1863 et 1873, assurant ainsi une descendance nombreuse. Cependant, le décès prématuré de sa femme le 8 septembre 1877, à l'âge de 32 ans, à Levallois-Perret, laissa Gustave Eiffel veuf. Sa fille Claire devint alors la maîtresse de maison auprès de lui, et il ne se remariera pas par la suite.
Les premiers succès qui en appelleront d'autres
Débuts fructueux L'un des premiers projets majeurs de Gustave Eiffel, en 1858, fut la réalisation du pont ferroviaire de Bordeaux, un ouvrage exceptionnel long de 510 mètres. À seulement 26 ans, il prit la direction de ce chantier ambitieux, démontrant ainsi son génie technique dans la conception d'une structure aussi imposante sur un fleuve aussi large. Ce projet lui offrit l'opportunité de mettre à l'épreuve plusieurs innovations techniques qui deviendront sa marque de fabrique pour les années à venir. Cette expérience réussie renforça sa confiance en ses compétences et le poussa à créer sa propre entreprise.
De ponts en ponts et de viaduc en viaduc en France comme à l'international
En 1866, Gustave Eiffel fit l'acquisition des Ateliers Pauwels de constructions métalliques, situés à Levallois-Perret, à l'ouest de Paris. Cette acquisition marqua le début d'une nouvelle phase de sa carrière, où il se lança dans la réalisation de projets d'envergure tels que des viaducs et des bâtiments dotés de structures métalliques ou de charpentes en acier. Pour mener à bien ces projets, il n'hésita pas à voyager à travers toute l'Europe, à la recherche de nouvelles idées et de collaborations fructueuses.
La combinaison de plusieurs facteurs contribua au succès de la société Eiffel. Tout d'abord, le talent inné de l'ingénieur centralien était indéniable. Sa capacité à rapidement appréhender de nouvelles idées et projets, ainsi que son aptitude à s'entourer de collaborateurs brillants, jouèrent un rôle déterminant. Parmi ses collaborateurs notables figuraient Théophile Seyrig en 1868, Émile Nouguier à partir de 1875 et Maurice Koechlin à partir de 1879.
Maurice Koechlin, en particulier, joua un rôle crucial dans l'histoire de la société. C'est lui qui conçut en 1881 l'armature de fer de la statue de la Liberté, une œuvre iconique dessinée par Auguste Bartholdi et inaugurée à New York en 1886. Cette réalisation spectaculaire témoigne de la portée internationale des projets de l'entreprise Eiffel et de sa contribution significative à l'architecture mondiale.
Pont Eiffel de Chinon , pour le centenaire de la mort d'Eiffel.
Ce viaduc ferroviaire, à Chinon qui traverse la Vienne fut construit en 1874 selon les plans de Gustave Eiffel. Il assurait la liaison Chinon-Les-Sables d’Olonne. Il est un des ouvrages attribués avec certitude à Eiffel en France.
Tour Eiffel
Le 8 janvier 1887, une convention est signée entre Édouard Lockroy, ministre du Commerce et de l'Industrie, Eugène Poubelle, préfet de la Seine, et Gustave Eiffel, l'ingénieur-constructeur. Ce document précise l'emplacement, ainsi que les détails de la construction et de l'exploitation de la tour de 300 mètres de hauteur. Les Archives nationales conservent cette convention sous la référence F/12/3770.
Gustave Eiffel est principalement reconnu pour la réalisation de la tour Eiffel, érigée entre 1887 et 1889 à l'occasion de l'Exposition universelle de 1889 à Paris, où elle est devenue emblématique.
L'ambitieux projet d'édifier une tour atteignant « plus de mille pieds » préoccupait les architectes les plus audacieux du monde entier. Cependant, ils étaient confrontés à de nombreux défis techniques. En 1885, la construction laborieuse de l'obélisque de Washington, d'une hauteur de 169 mètres, touchait à sa fin, et le gratte-ciel Chrysler était encore dans les limbes du projet.
En 1874, Clarke et Reeves envisagèrent de construire une tour de plus de 1 000 pieds à Philadelphie, projet qui n'a jamais vu le jour. En France, Bourdais et Sébillot proposèrent une colonne en maçonnerie de 300 mètres de hauteur, mais cette idée était irréalisable compte tenu des connaissances technologiques de l'époque. Malgré les difficultés évidentes, le concept d'une tour monumentale persista dans l'esprit de nombreux architectes de l'époque, sans succès concret.
En France, après la défaite de Sedan et la perte de l'Alsace-Lorraine, la République naissante avait besoin de marquer le centenaire de la Révolution de 1789 avec un geste mémorable. Dès 1878, le gouvernement de Jules Ferry envisagea une grande Exposition universelle dont l'ouverture était prévue pour le 5 mai 1889. Ce projet fut officiellement adopté en 1883. Deux ingénieurs de l'entreprise Eiffel, Émile Nouguier et Maurice Koechlin, proposèrent alors l'idée d'une tour en métal. Ils s'inspirèrent notamment de la Galleria Vittorio Emanuele II à Milan. Leur concept, esquissé le 6 juin 1884, fut développé en collaboration avec l'architecte Stephen Sauvestre, qui affina et orna la structure.
Initialement hésitant, Gustave Eiffel finit par s'approprier l'idée de ses collaborateurs, Maurice Koechlin, en rachetant le brevet déposé le 18 septembre 1884. Dès lors, son défi était de rendre sa tour viable. Pour ce faire, il tenta tout d'abord de la proposer au maire de Barcelone, où une autre exposition universelle était prévue. Cependant, cette proposition fut rejetée en raison de son coût jugé excessif et de sa faisabilité douteuse. Pour éviter de nouvelles désillusions, Eiffel comprit qu'il devait rendre son projet crédible aux yeux des décideurs politiques et du public. Il investit ainsi dans des articles de presse, de la publicité et des relations publiques, notamment auprès d'Édouard Lockroy, ministre du Commerce et commissaire général de l'exposition.
Finalement, le projet de Gustave Eiffel remporta l'adhésion de tous les acteurs, et le 1er mai 1886, il fut choisi parmi les autres candidats. Cette victoire lui permit de signer une convention avec le gouvernement le 8 janvier 1887. Ce document précisait le financement et l'emplacement de la tour, située au bord de la Seine, alignée avec le pont d'Iéna, en plein cœur de Paris. Gustave Eiffel, reconnu pour son excellence en ingénierie, son habileté à s'entourer de collaborateurs compétents tels qu'Émile Nouguier et Maurice Koechlin, ainsi que pour sa réputation d'homme travailleur et respecté, finança lui-même 80 % des coûts estimés à 8,5 millions de francs or. Les autorités lui accordèrent une concession de vingt ans, à compter du 1er janvier 1890, à l'issue de laquelle la tour reviendrait à la ville de Paris.
Les travaux commencèrent le 28 janvier 1887. Des excavations furent réalisées dans le Champ-de-Mars pour accueillir les fondations des piliers, et le terrain fut asséché. « Quatre célèbres vérins hydrauliques » furent installés, et chaque étape nécessita l'élaboration de solutions innovantes. Tous les éléments furent préfabriqués dans les ateliers Eiffel à Levallois-Perret, puis acheminés sur le site. La construction de la Tour Eiffel suscita de vives oppositions. Dès le premier coup de pioche, en janvier 1887, une « Protestation des artistes » fut signée par des personnalités telles que Charles Gounod, Charles Garnier, Victorien Sardou, Alexandre Dumas fils, François Coppée, Sully Prudhomme, Leconte de Lisle, Guy de Maupassant, et Huysmans. Gustave Eiffel aurait alors déclaré : « Méfions-nous des grands hommes ». Les travaux débutèrent le 28 janvier 1887, et les Parisiens assistèrent, à la fois stupéfaits et émerveillés, à l'ascension de la structure, s'élevant à un rythme « incroyable » de douze mètres par mois. Sur le chantier, seule l'assemblage des éléments fut effectué. Ces composants furent conçus et fabriqués dans les ateliers Eiffel à Levallois, près de Paris. Malgré tout, l'entrepreneur fut confronté à une grève retentissante des ouvriers sur le chantier, qui revendiquaient des salaires plus élevés en raison des conditions de travail dangereuses.
De la gloire au mépris
Gustave Eiffel, animé par une seule ambition, accepte de payer des salaires exceptionnels pour l'époque. Le 14 juillet 1888 marque l'achèvement du deuxième étage, suivi du troisième étage le 31 mars 1889. Cette réalisation technique stupéfiante et sa rapidité d'exécution remarquable (26 mois au total) permettent à la tour, désignée comme « la plus haute du monde » (depuis la Tour de Babel, selon les racontars), d'être inaugurée seulement deux ans après le début des travaux, soit le 31 mars 1889. Durant la construction de la tour Eiffel, un seul accident mortel est à déplorer.
Pour son accomplissement en respectant les délais, Gustave Eiffel est décoré de la Légion d'honneur. À partir du 15 mai de la même année, la tour est ouverte au public, qui se montre émerveillé non seulement par la vue qu'elle offre, mais aussi par les ascenseurs hydrauliques « ultrarapides » et véritablement innovants. En moins de six mois, jusqu'à la clôture de l'Exposition universelle le 6 novembre suivant, la tour accueille deux millions de visiteurs. Ce succès absolu égale les polémiques qui l'avaient précédé. Les médias de l'époque citent quelques déclarations : « La tour s'effondrera dès qu'elle sera achevée et fera des milliers de victimes parmi les Parisiens », « Les visiteurs au sommet suffoqueront », « Le tout sombrera dans le sol, provoquant un véritable cataclysme ».
Gustave Eiffel par Nadar. Peu importe, l'année 1889 sera marquée pour Gustave Eiffel par un triomphe et le point culminant de sa double carrière en tant qu'ingénieur et entrepreneur.
1891, rare enregistrement de la voix de Gustave Eiffel
Un cylindre phonographique enregistré en 1891 par Gustave EIFFEL à son domicile est diffusé grâce à un phonographe Edison. Les enregistrements d'Eiffel constituent les plus anciens témoignages sonores français conservés.
Le procès du canal de Panama.
Porté par ce succès, Eiffel se lance immédiatement dans la construction des écluses du canal de Panama. En effet, le percement du canal avance lentement, et Ferdinand de Lesseps abandonne l'idée d'un canal de niveau de la mer pour soutenir la proposition d'Eiffel de construire d'immenses écluses. Cependant, en 1893, la Compagnie, dirigée par Lesseps, est frappée par un énorme scandale financier lié, entre autres, à la corruption de parlementaires chargés de camoufler sa quasi-faillite aux yeux de l'opinion publique.
Le scandale de Panama est d'une ampleur considérable, ruinant de nombreux petits investisseurs. Bien qu'Eiffel n'ait agi que comme entrepreneur pour le compte de la Compagnie et ait honoré scrupuleusement ses engagements, il est à son tour poursuivi. Sous la pression de l'opinion, on veut des têtes tombent. En première instance, il est condamné à deux ans de prison et à une amende de 20 000 francs. Cependant, ce jugement est annulé grâce à la brillante plaidoirie de son avocat, Pierre Waldeck-Rousseau, qui réussit à le disculper. Malgré cela, Eiffel reste profondément affecté par l'affaire de Panama.
En 1892, dans ce contexte difficile, il achète une résidence d'été à Vevey, au bord du Léman. Cette luxueuse villa, appelée Villa Valentine d'après le nom de sa troisième fille, est démolie en 1978, mais un petit port privé subsiste, connu sous le nom de « port Eiffel ».
Le mépris Dijonnais
Néanmoins, l'ombre de l'affaire de Panama continue de le poursuivre. Dans plusieurs villes, y compris à Dijon, sa ville natale, des rues portant son nom sont rebaptisées. L'Assemblée nationale pousse même le Conseil de l'Ordre à retirer à Gustave Eiffel sa Légion d'honneur. Cependant, à l'instar de la Justice, le Conseil de l'Ordre ne trouve rien à redire à l'intégrité de Gustave Eiffel et démissionne même en bloc, un événement rare dans son histoire, pour protester contre ces accusations infondées et les pressions politiques.
Une fin de carrière difficile, il faut trouver un nouvel usage pour la tour Eiffel
Blanchi mais profondément blessé par l'affaire de Panama, Gustave Eiffel se retire des affaires pour se consacrer à ses travaux scientifiques en météorologie et en aérodynamisme. Il veille également à la pérennité de « sa Tour ». Cependant, sa propriété sur la tour Eiffel ne dure que jusqu'en 1910, et la popularité de la tour décline à mesure que le public se rue à nouveau à Paris pour l'Exposition universelle de 1900. La tour Eiffel passe alors de mode, supplantée par le nouveau métro conçu par un autre ingénieur, Fulgence Bienvenüe, ainsi que par le trottoir roulant « rue de l'Avenir », tous deux situés à proximité.
Eiffel s'acharnera à prouver son utilité. Il établira un laboratoire météorologique au sommet en 1898, puis, quelques années plus tard, en 1901, installera un émetteur radio permanent. Il cherchera à trouver diverses applications scientifiques pour la tour : mesures de radioactivité, analyse de l'air, expérience du pendule de Foucault, etc. « Elle ne sera pas simplement un objet de curiosité pour le public, que ce soit pendant ou après l'Exposition, mais elle continuera de rendre d'éminents services à la science et à la Défense nationale ».
sources : Wikipedia, divers
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