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Bataille de Gerberoy
La bataille de Gerberoy, survenue le 9 mai 1435, illustre parfaitement le renversement de situation en faveur des Français durant la dernière phase de la guerre de Cent Ans
.
Le roi Charles VII, adoptant une stratégie audacieuse pour protéger le Beauvaisis et menacer la Normandie anglaise, décide de faire réoccuper et fortifier la place de Gerberoy, mission qu'il confie à deux de ses plus vaillants capitaines : La Hire et Jean Poton de Xaintrailles.

Vue aérienne de Gerberoy
La Bataille de Gerberoy en vidéo
L'assurance et l'imprudence du comte d'Arundel En apprenant que les Français sont en train de rebâtir les remparts de Gerberoy, le commandant anglais John FitzAlan, comte d'Arundel (surnommé « l'Achille anglais »), décide de modifier ses plans militaires pour aller les déloger immédiatement. Faisant preuve d'une confiance aveugle et sous-estimant totalement la détermination de ses adversaires, Arundel se met en route de nuit depuis Gournay et arrive devant Gerberoy vers 8 heures du matin le 9 mai, avec une très faible avant-garde d'environ 320 hommes.
Persuadé que les Français, présumés inférieurs en nombre et surpris en pleins travaux, n'auront d'autre choix que de se barricader derrière leurs murs ou de fuir, l'Anglais s'installe imprudemment dans un champ clos entouré de haies (le Val d'Arondel), en attendant le reste de son armée qui suit avec les bagages.
Selon les sources, Arundel est si sûr de sa victoire qu'il affiche un mépris total, promettant de pendre et de torturer tous les défenseurs sans exception, et se contente de poster un détachement d'une centaine d'hommes devant la barrière de la porte principale (la porte Notre-Dame) pour les bloquer .
La tactique psychologique et militaire des Français À l'intérieur de la ville, les chefs français tiennent un conseil de guerre. Sachant que leurs fortifications sont délabrées et qu'ils manquent de vivres, ils concluent qu'il serait fatal de se laisser enfermer et décident de lancer une attaque surprise en rase campagne, exploitant le fait que l'armée anglaise arrive au compte-goutte.
Pour garantir que leurs hommes se battront avec l'énergie du désespoir, La Hire et Xaintrailles utilisent une habile guerre psychologique : la « ruse de la vieille au sac ». Ils envoient une vieille femme espionner le camp anglais et, à son retour, lui font annoncer publiquement que les Anglais ont apporté un tas de cordes et juré de tous les pendre.
Cette mise en scène déclenche une immense fureur parmi les soldats français, qui décident d'attaquer sans plus attendre pour éviter une mort honteuse.

Sur le plan tactique, les forces françaises sont divisées avec précision en trois groupes : une petite garnison reste pour garder le fort, le gros de l'infanterie se prépare à attaquer de front, et une soixantaine de cavaliers d'élite commandés par La Hire sortent secrètement par un chemin dissimulé (probablement une ancienne poterne) pour prendre les Anglais à revers.
Les évènements majeurs de l'affrontement L'infanterie française lance un assaut frontal fulgurant par la porte principale contre les gardes anglais d'Arundel. Ces derniers, qui s'attendaient à voir les Français se cacher, sont pris totalement au dépourvu (« à demi souspris ») et leur détachement est rapidement mis en déroute.
Simultanément, les guetteurs français aperçoivent du haut du château la grande colonne de renforts anglais qui arrive sur la route de Gournay.
La cavalerie de La Hire fond par surprise sur cette colonne désorganisée, qui marchait en formation de route et n'était pas préparée au combat.
Incapables de résister à la charge, les renforts anglais sont taillés en pièces et pourchassés sur près de deux lieues (8 km) jusqu'au lieu-dit « Les Épinettes », subissant de très lourdes pertes.
Pendant ce temps, isolé de son armée, le comte d'Arundel se retranche avec le reste de son avant-garde dans un coin de son champ, adossé à des haies et protégé par des pieux.
Pour briser ce dernier carré défensif, les Français font amener une arme à feu rudimentaire, une couleuvrine. Au deuxième tir, un boulet frappe lourdement Arundel à la cheville, le blessant gravement et le mettant hors de combat.
La Hire, de retour de sa victorieuse poursuite, rassemble ses hommes avec ceux de Xaintrailles pour donner l'assaut final. Les Anglais survivants, encerclés et privés de leur chef, sont définitivement écrasés.
Dénouement et Conséquences
La bataille s'achève sur une victoire française totale et inespérée. Les Français ne déplorent qu'une vingtaine ou trentaine de morts, tandis que les Anglais perdent des centaines d'hommes et laissent de nombreux prisonniers de marque aux mains de l'ennemi. Le puissant comte d'Arundel, capturé, meurt de ses blessures à Beauvais quelques semaines plus tard, à l'âge de 27 ans.
Ce succès tactique retentissant confirme le retour en force des armées de Charles VII et porte un coup très rude à la domination militaire anglaise en Normandie et en Picardie.
Analyse Tactique et Historiographique de la Bataille de Gerberoy (9 mai 1435)
La bataille de Gerberoy offre une perspective de premier plan sur l'évolution de la science militaire et sur les dynamiques territoriales de la dernière phase de la guerre de Cent Ans. Se déroulant le 9 mai 1435, cet affrontement condense les enjeux d'une époque charnière, illustrant le passage de la guerre de siège traditionnelle à des manœuvres de mouvement audacieuses, tout en intégrant l'usage décisif de l'artillerie naissante,.
1. Le Contexte Géostratégique : La Menace sur la Normandie Lancastrienne
Au printemps 1435, le royaume de France est marqué par un regain d'initiative des forces de Charles VII. Afin de sécuriser le Beauvaisis récemment reconquis et d'établir une tête de pont menaçante sur les frontières de la Normandie (alors cœur du dispositif lancastrien), le roi confie à Jean Poton de Xaintrailles et Étienne de Vignolles, dit La Hire, la réoccupation de l'ancienne forteresse de Gerberoy,,.
L'importance de cette position juchée sur un promontoire aux flancs escarpés n'échappe pas au commandement anglais. John FitzAlan, 7e comte d'Arundel, commandant expérimenté et souvent surnommé « l'Achille anglais », modifie brusquement la marche de ses troupes destinées au Ponthieu pour se diriger vers Gerberoy depuis la ville-frontière de Gournay-sur-Epte,,,.
2. Dispositions Tactiques et Erreurs d'Appréciation
L'analyse de l'engagement met en évidence une erreur flagrante d'appréciation de la part du commandant anglais. S'appuyant sur le récit précis et sobre du chroniqueur Enguerrand de Monstrelet, nous savons qu'Arundel arrive devant la place forte vers 8 heures du matin le 9 mai, à la tête d'une faible avant-garde comptant seulement 320 hommes environ. Le reste de ses troupes (près de 3 000 hommes au total avec le train de bagages selon Pillet) est encore étiré en colonne de marche sur la route de Gournay,,.

La vallée d'Arondel à Gerberoy, c'est probablement dans cette partie qu'Arundel s'est installé. On note encore les nombreuses haies.
Arundel s'installe dans un champ clos ceint de haies (qui prendra le nom de val d'Arondel) et déploie un détachement de cent à cent vingt hommes devant la porte Notre-Dame ou celle de plus à l'Ouest, unique accès principal de la ville ( même si la ville devait posséder deux entrées en réalité mais il est possible qu'en 1432 Xaintrailles ait condamné une des portes ), pensant ainsi verrouiller toute tentative de sortie,,,,.
Le conseil de guerre français : À l'intérieur des murs, les effectifs français, estimés entre 400 et 600 hommes, manquent cruellement de vivres et de matériel défensif pour soutenir un siège,. Face à l'urgence, La Hire et Xaintrailles prennent la décision tactique de refuser l'enfermement et préparent une sortie fulgurante,.
3. Déroulement de l'Engagement : Un Chef-d'Œuvre de Mouvement

L'opération française se déploie en trois phases d'une redoutable efficacité, exploitant la désorganisation des lignes anglaises :
- L'assaut frontal : Le gros de l'infanterie française (archers et guisarmiers) attaque subitement la garde anglaise positionnée devant la barrière de la porte,,. Les soldats anglais, qui s'attendaient à voir l'ennemi se terrer derrière ses murs, sont « à demi souspris » et rapidement taillés en pièces,.

Post avancé des anglais devant une des portes - création IA
- La charge de cavalerie : Parallèlement, La Hire a fait sortir clandestinement une soixantaine de lances par un chemin dérobé ou une ancienne poterne,,,. Du haut de la forteresse, les guetteurs lui signalent l'arrivée de la colonne de renforts ennemis sur la route de Gournay,,. La Hire charge cette troupe qui, marchant sans méfiance en ordre de route, est incapable de résister au choc,. La cavalerie française les met en déroute et les pourchasse avec un lourd bilan humain sur près de deux lieues (8 kilomètres),,.
- Le dernier carré et la rupture technologique : Isolé de son armée, le comte d'Arundel se barricade avec ses survivants dans l'angle de son champ clos, protégé par des haies épaisses et des pieux aiguisés (des penchons),,. Pour briser ce retranchement inabordable, l'armée française a recours à une arme à feu portative rudimentaire : la couleuvrine. Au second tir, un boulet fracasse la cheville d'Arundel, neutralisant le chef de guerre,,,,.
La Hire, de retour de sa victorieuse poursuite, lance l'assaut final avec Xaintrailles,,. L'avant-garde anglaise est anéantie et l'on dénombre de nombreux prisonniers de marque, dont Arundel,,. Ce dernier, amputé à Beauvais, succombera à ses blessures un mois plus tard, le 12 juin 1435,.
4. Bilan Historiographique : Confronter les Sources
Il est impératif d'évaluer le corpus de sources hétéroclites qui ont façonné la mémoire de cet événement :
- Enguerrand de Monstrelet : Source la plus fiable militairement, il fournit un compte rendu minutieux, distant de la ferveur idéologique, centré sur le nombre de troupes, le terrain et les dispositions des capitaines,,,.
- L'Anonyme de Londres : Ce chroniqueur anglais, cherchant de toute évidence à justifier la lourde défaite des troupes de Lancastre, avance des chiffres totalement fantaisistes, allant jusqu'à prétendre que les Français disposaient de 6 000 hommes et qu'Arundel avait encerclé la ville, manœuvre topographiquement absurde compte tenu du manque d'hommes.
- Robert Blondel et la propagande : L'anecdote, maintes fois reprise, du comte jurant solennellement par Dieu et saint Georges de faire pendre la garnison et apportant "des charrettes de cordes", ou encore la « ruse de la vieille au sac » envoyée en espionne, participent de la rhétorique classique,,,. Ces éléments relèvent du topos littéraire et de la propagande, visant à diaboliser l'ennemi anglais et à dépeindre le combat des Français comme une lutte vitale contre un tyran assoiffé de sang,,.
- Thomas Basin : Il adopte une posture plus moralisatrice, concentrant son récit sur la punition divine des ravages causés par les Anglais, bien qu'il omette le détail romanesque des cordes,,,.
En conclusion, la victoire française de Gerberoy n'est pas uniquement le fruit du hasard ou de l'incompétence anglaise, mais démontre une maîtrise supérieure des paramètres de la bataille (reconnaissance, rapidité, usage des armes à feu et utilisation du terrain) par une nouvelle génération de capitaines professionnels,,.
sources : Enguerrand de Monstrelet, Thomas Basin, Histoire du Château et de la Ville de Gerberoy, rédigé par le chanoine Jean Pillet, gerberoy.net, cahiers de la S.H.G.B.E. - n° 65 -66 - gerberoy - une bataille ses acteurs et ses historiens.