- Détails
- Catégorie : Guerre de Cent-Ans
- Clics : 2222
Une histoire frappée dans le métal : la fabuleuse aventure de la monnaie
Dans une société médiévale où la monnaie incarne à la fois le pouvoir du souverain et la stabilité des échanges, toucher à son intégrité revient à défier l’ordre établi. Chaque pièce frappée porte l’image et l’autorité du prince ou du roi, garant de sa valeur. Dans un monde encore largement dominé par les trocs locaux, la confiance dans la monnaie devient essentielle pour les transactions à longue distance, le paiement des impôts ou la solde des armées. Ainsi, falsifier la monnaie, ce n’est pas seulement voler ; c’est s’en prendre à l’équilibre même du royaume, à la foi collective dans l’autorité. D’où la brutalité des châtiments : ils ne visent pas seulement à punir, mais à dissuader, à faire exemple, en rappelant que seule l’autorité légitime peut battre monnaie.
Bien avant de devenir un simple outil d’échange, un symbole national ou un objet de spéculation, la pièce de monnaie fut d’abord une matière brute, un disque épais de métal, façonné à la main, gravé avec soin, fruit d’un savoir-faire millénaire. Chaque pièce raconte une histoire, celle d’une époque, d’un pouvoir, d’une technique.
Les débuts : frapper la monnaie à la force du bras
Au Moyen Âge, tout commence dans l’ombre d’un atelier, dans l’odeur du métal fondu et le martèlement régulier du fer sur l’enclume. Le métal, qu’il s’agisse d’or, d’argent ou d’un alliage plus modeste, est d’abord fondu, coulé en lingots ou en longues barres. On y taille ensuite de petites rondelles, appelées flans, soigneusement pesées, car le poids de chaque pièce doit être rigoureusement contrôlé. On mesure alors la valeur d’une monnaie au nombre que l’on peut tirer d’un marc de métal.
Puis vient l’étape spectaculaire : la frappe au marteau. Le flan est posé sur un coin de pile, bloc de métal gravé, fiché dans un billot de bois. Un second coin, tenu à la main — le coin de trousseau — est placé au-dessus. Le monnayeur, souvent assis, ajuste le tout, prend son souffle, et abat violemment le marteau. Une, deux, parfois trois fois pour que l’empreinte prenne bien. Et voilà : d’un coup sec, l’image du prince, la croix, les lettres gothiques surgissent dans le métal. Mais gare aux erreurs : un flan mal centré, un glissement, et la monnaie est tréflée, marquée plusieurs fois. Certains flans trop fins se fendent, d’autres trop petits perdent une partie de la légende. Le geste est précis, l’effort constant, le métier rude.
La mécanique s’invite à l’atelier
Au XVIe siècle, l’Europe entre en mutation. Les souverains veulent des monnaies plus régulières, plus difficiles à falsifier. L’heure est aux machines. À Paris, en 1551, dans un petit jardin sur l’île de la Cité, un moulin commence à faire tourner une révolution discrète : le moulin des Étuves. Grâce à l’ingénieur Aubin Ollivier, la France adopte peu à peu la frappe au balancier, une presse mécanique venue d’Allemagne. Le balancier, actionné par deux grandes barres armées de lourdes boules de plomb, peut frapper jusqu’à trente pièces à la minute. Une prouesse, mais au prix d’un labeur exténuant : deux équipes de quatre hommes se relaient sans cesse.
Dans ce nouveau système, les flans sont découpés avec précision grâce au coupoir et amincis par le laminoir, sorte de rouleau géant mû par un moulin hydraulique. Finis les bords irréguliers, finis les rognages. Mieux encore : une virole, sorte de bague métallique, maintient désormais le flan en place pendant la frappe, assurant une régularité inédite.
Mais le progrès a ses ennemis : les artisans du marteau, jaloux de leur savoir-faire et de leur monopole, s’opposent farouchement à ces machines. Trop coûteuses, trop complexes. Les moulins ferment, et la frappe mécanique recule… pour un temps.
La révolution industrielle frappe fort
Il faut attendre la fin du XVIIIe siècle pour qu’un nouveau souffle transforme à jamais la fabrication de la monnaie. À Birmingham, en Angleterre, deux industriels visionnaires, James Watt et Matthew Boulton, unissent la vapeur et le métal. Leurs machines, silencieuses et puissantes, frappent cent pièces par minute avec une régularité inégalée. Après des années à produire jetons et monnaies de nécessité, Boulton obtient enfin, en 1797, le droit de frapper la monnaie royale. Londres, puis Saint-Pétersbourg, Copenhague, l’Europe entière adopte ces presses.
Mais la technique évolue encore. Dans la première moitié du XIXe siècle, l’Allemand Uhlhorn conçoit une presse encore plus fiable, plus douce pour les coins, offrant une qualité de frappe remarquable. En 1845, Thonnelier introduit une version française de cette machine à Paris. La mécanique prend définitivement le pas sur le geste humain.
De la vapeur à l’électron : la frappe moderne
Aujourd’hui, dans les ateliers ultra-modernes comme celui de Pessac, la fabrication des monnaies n’a presque plus rien de manuel. Des bobines de métal sont découpées à la presse, les flans recuits dans des fours, parfois galvanisés par électrolyse. Des caméras repèrent les défauts, les presses frappent jusqu’à 800 pièces à la minute. Le comptage, le tri, tout est automatisé.
Et pourtant, malgré cette modernité, un espace demeure où la main de l’homme reste reine : la création. Les graveurs, véritables artistes, dessinent encore les visages, les symboles, les détails infimes qui feront d’un simple disque de métal un objet d’art et d’histoire. Aidés par l’informatique et l’optique de précision, ils perpétuent une tradition vieille de plus de deux mille ans.
Les Faussaires de Monnaie
À la fin du Moyen Âge, les faussaires s’activent dans l’ombre, rusant avec les lois pour manipuler la monnaie. Certains rognent les pièces précieuses, grattant l’argent ou l’or jusqu’à les vider de leur valeur. D’autres frappent eux-mêmes des monnaies illégales, mal calibrées, ne respectant ni poids ni effigie. Il y a aussi ceux qui introduisent discrètement des devises étrangères pour contourner les règles. Face à ces pratiques, les autorités réagissent avec une sévérité croissante. Dès le XIIIe siècle, à mesure que l’État se renforce, les peines deviennent exemplaires : lourdes amendes, mutilations, et pour les cas jugés les plus graves, une mort terrible — plongé vivant dans un « chaudron de justice ». Ce supplice, à la fois châtiment et spectacle, est consigné dans les coutumes de régions comme le Beauvaisis, la Bretagne ou Toulouse. On le retrouve même illustré dans des manuscrits enluminés, tel le cartulaire commandé par le notable Pierre de Seilh, témoin silencieux d’un monde où frapper de la fausse monnaie pouvait coûter bien plus que quelques pièces.
sources principales : https://essentiels.bnf.fr/
- Détails
- Catégorie : Guerre de Cent-Ans
- Clics : 23
Livres récents :

Une grande partie de ces documents est consultable sur Gallica (gallica.bnf.fr). Cependant, l’accès est devenu très restrictif : après seulement quelques pages vues, le serveur bloque la consultation. Il faut alors patienter parfois une quinzaine de minutes avant de pouvoir réessayer....
Chroniques de Jean Froissart
The Online Froissart (dhi.ac.uk/onlinefroissart) : l'outil académique de référence, offrant transcriptions intégrales, fac-similés haute définition et comparaison en vis-à-vis des différents manuscrits (notamment les versions d'Amiens, de Valenciennes et de Rome).
Gallica (BnF) : édition critique de Siméon Luce et Gaston Raynaud pour la Société de l'Histoire de France (tome 6, couvrant les événements de 1360 à 1366 et le récit d'Auray). Les manuscrits enluminés (comme le Français 2643, illustré par Loyset Liédet) y sont également numérisés.
La chanson de Bertrand du Guesclin de Cuvelier :
Gallica (BnF) :
Chronique des quatre premiers Valois (1327-1393) :
Gallica (BnF) ou Internet Archive :
Grandes Chroniques de France :
Gallica (BnF) : édition de Jules Viard (tome 9 pour le règne de Charles V), donnant la version de chancellerie et la réaction de la cour de France.
Les Grandes Croniques de Bretaigne d'Alain Bouchart :
Gallica (BnF) : fac-similés des premières éditions imprimées (1514, 1531) ainsi que les rééditions modernes numérisées.
Actes diplomatiques, enquêtes et pièces justificatives
Dom Hyacinthe Morice — Preuves de l'Histoire de Bretagne
Gallica (BnF) et Internet Archive : Mémoires pour servir de preuves à l'histoire ecclésiastique et civile de Bretagne (tome 1 et tome 2).
Procès de canonisation de Charles de Blois (1368/1371)
Internet Archive et Gallica (BnF) : édition d'Antoine de Sérent (1921), Monuments du procès de canonisation du bienheureux Charles de Blois, duc de Bretagne.
Rymer's Foedera (Conventiones, Literae, et Cujuscunque Generis Acta Publica) :
British History Online (british-history.ac.uk) :
Études historiques et synthèses universitaires
Arthur de La Borderie — Histoire de Bretagne (Tome 4) :
Gallica (BnF) et Internet Archive : le volume consacré au XIVe siècle détaille la topographie de la lande du Rustephan, les effectifs en présence et les phases du choc militaire.
Portail Persée (persee.fr) :
Articles et comptes rendus de recherche de Michael Jones (sur l'armée de Jean IV, les capitaines anglais et la société bretonne au XIVe siècle) et de Jean-Christophe Cassard (sur la guerre civile bretonne et ses représentations).
Portail OpenEdition Journals (openedition.org) :
Articles récents des Annales de Bretagne et des Pays de l'Ouest portant sur l'historiographie du conflit, le culte de Charles de Blois et la construction de la mémoire ducale.
Plus d'articles...
Sous-catégories
Page 1 sur 3