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l'Épée de Jeanne d'Arc à Sainte-Catherine de Fierbois
 

L'épée de Jeanne d'Arc ,trouvée à Sainte-Catherine de Fierboisa fait l'objet d'importante rumeur et légende, dont la principale c'est qu'elle serait l'épée de Charles Martel,  ce qui est totalement impossible puisqu'elle même dit que cette épée, lorsqu'elle a été trouvée, n'était pas là depuis bien longtemps...
 
La dernière fois qu'elle la porta c'est à priori à Lagny-sur-Marne, on a jamais su ce qu'elle est devenue mais la théorie la plus probable fut qu'elle soit cassée lorsqu'elle poursuivie une prostituée ( elle faisait la chasse aux ribaudes ), cependant elle ne la cassa pas sur elle comme il est souvent dit : le texte d'origine  ne le dit pas de cette manière, de toute façon casser une épée sur quelqu'un sans armure parait peu vraisemblable.
 
Il faut noter qu'elle en avait plusieurs dont la première fut offerte par les habitants de Vaucouleurs.

 

Voir aussi : l'église Sainte-Catherine de Fierbois - Jeanne d'Arc - Blason de Jeanne d'Arc.

 

Informations
  •  Adresse : ( la plus proche ) Place Jeanne d'Arc, 37800 Sainte-Catherine de Fierbois
  •  Téléphone : 02 47 65 43 46
  •  Horaires d'ouvertures & Visites de Sainte Catherine de Fierbois  : l'église est ouverte régulièrement.
     
Historique
  sources : Sainte-Catherine de Fierbois et ses Monuments, Abbé J-B Fourault,  Histoire et Dictonnaire Jeanne d'Arc

 

 

 

l'aumônerie où Jeanne d'Arc logea à Sainte-Catherine de Fierbois


C’est dans un contexte, d’un afflux important de pèlerin dans le village depuis 1375, que Jeanne d’Arc arrive avec ses compagnons après un périple de 11 jours environ, difficile à dire si les 11 jours sont de Vaucouleurs à Sainte-Catherine-de-Fierbois ou jusqu’à Chinon, j’aurai tendance à penser plutôt Sainte-Catherine-de-Fierbois.  Sainte-Catherine est importante pour Jeanne, tout d’abord parce qu’elle dit de ses voix que c’est Sainte-Catherine et Sainte-Marguerite, mais également qu’elle avait une sœur Catherine qui est décèdée quelques temps avec son arrivée à Chinon ,sans que l’on sache pour qu'elle raison. Le film de Luc Besson à ce sujet est dans l’invention la plus totale, comme d'ailleurs une grande partie du film, et semble plus être un film inspiré de la vie de Jeanne d'Arc qu'un film sur Jeanne d'Arc. En effet dans ce film Luc Besson décide de la faire mourir lors d'une attaque violente des Bourguignons, cependant lors de ses attaques la famille d'Arc n'était pas présente et se régugiait notamment à Neufchâteau.

Colet de Vienne, messager de Charles VII, qui choisit probablement le parcours, c’est donc par un concours de circonstance qu’elle se trouve à Sainte-Catherine de Fierbois, sainte dédiée notamment aux soldats. C’est dans l’Aumônerie construit par le Maréchal de Boucicaut, capturé par les Anglais à la Bataille d'Azincourt et mort en Angleterre en 1421, que loge Jeanne et ses compagnons. Elle fait écrire une ,ou des lettres, au roi et c’est probablement Colet de Vienne qui  l’écrivit et la livra à Charles VII.

 

Reconstitution d'une épée qui pourrait ressembler à celle de Jeanne d'Arc, cependant les croix sont alignées alors que sur l'épée du blason  elles sont rassemblées. La probabalité la plus logique serait une disposition comme celle de la croix de Jérusalem avec 5 croix ( voir en bas ).



Procès de Condamnation à Rouen, le 22 février 1431 :

L’interrogateur : Racontez ce qui est du fait de la rencontre avec votre prétendu roi.

Jeanne : J’arrivai sans empêchement auprès de mon roi. Étant au village de Sainte-Catherine de Fierbois, je commençai par envoyer au château de Chinon, où était le roi. J’y fus’ à midi et me logeai dans une hôtellerie. Après le dîner, j’allai vers le roi, qui était dans le château.
Jeanne assista à trois messes dans l’église selon ses dires au procès de condamnation à Rouen le 27 février 1431 :

L’interrogateur : Avez-vous été à Sainte-Catherine-de-Fierbois?

        Jehanne : Oui, j’y ai ouï trois messes en un jour. Ensuite j’allai à Chinon.

L’interrogateur: En quelle manière êtes-vous entrée en communication avec le roi ?

        Jeanne : (étant encore à Sainte-Catherine-de-Fierbois), j’envoyai lettres au roi pour savoir si j’entrerais dans la ville où il était. Je lui dis que j’avais fait cent cinquante lieues pour venir vers lui. Il me semble même qu’il y avait dans ces lettres que je saurais le reconnaître entre tous les autres.

voir : Les messes au Moyen-Âge

On peut penser qu’elle est restée à Sainte-Catherine-de-Fierbois qu’une seule journée, cependant un tel nombre de messes en une journée parait exceptionnelle, même dans une époque où la religion est omniprésente dans la vie quotidienne, à moins d’une fête comme le carême du 22 février 1428 ( aujourd’hui 1429 mais à l’époque la nouvelle année est à Pâques ).
 

 

l'Épée de Sainte-Catherine de Fierbois



Après sa rencontre avec le roi et le procès de Poitiers, il lui faut une épée. Elle fait demander, alors qu’elle est à Tours ou au château de Chinon, à une personne d’aller chercher l’épée devant ,ou derrière, l’Autel de l’église.

Onzième séance du procès le 27 Février  1431 :

Jeanne : Etant à Tours ou à Chinon, j’envoyai quérir une épée qui était dans l’église de Sainte-Catherine-de-Fierbois, derrière l’autel. Cette épée fut trouvée sur-le-champ, toute rouillée.

       
L’interrogateur : Comment saviez-vous que cette épée était là?

        Jeanne : Je le sus par mes voix. Il y avait par-dessus cinq croix. Onques n’avais vu l’homme qui l’alla quérir. J’écrivis aux gens d’Eglise du lieu d’avoir pour agréable que j’eusse cette épée, et les clercs me l’envoyèrent. Elle était sous terre, pas fort avant, et derrière l’autel comme il me semble. Au fait, je ne sais pas au juste si elle était devant l’autel ou derrière. Je pense avoir écrit qu’elle était derrière. Aussitôt qu’ils eurent trouvé cette arme, les clercs du lieu la frottèrent. La rouille tomba aussitôt sans efforts. Ce fut un marchand d’armes de Tours qui l’alla quérir. Les clercs du lieu me donnèrent un fourreau ; ceux de Tours également. Les deux fourreaux qu’ils me firent étaient de velours vermeil et l’autre de drap noir. J’en fis faire encore un autre de cuir bien fort.

On remarque qu’elle dit qu’elle était sous terre, pas fort avant, ce qui laisse supposer qu’il ne peut s’agir de l’épée de Charles Martel qui aurait été mise plus de 700 ans auparavant qui enterrée derrière/devant un autel aurait eu le temps de rouiller de façon définitive….d’autant que si les clercs la frottèrent et la rouille tomba aussitôt sans efforts c’est qu’en effet elle devait être présente depuis peu. De plus comme l’indiquait Jean Godefroy ce fut pendant une période plus ou moins courte une chapelle totalement abandonnée, c’est seulement après son miracle et celui du charpentier que les gens vinrent pour espérer un miracle, l’épée peut donc avoir été mise à cette occasion. Il est tout de même surprenant de voir autant de légende sur une épée qui pour beaucoup serait donc celle de Charles Martel, alors qu'il suffit de lire le procès de la pucelle pour comprendre que c'est tout bonnement impossible.

 5 croix : On pense à tort que les croix sont forcément alignées ou distribuées comme les 5 fleurs de lys de l’épée du blason de Jeanne sur la lettre d’anoblissement, mais en réalité elle pourrait être une épée d’un chevalier de Saint Jean de Jérusalem, d’autant que très curieusement on retrouve un écrit d’un Chevalier à son sujet et que  Nicolas ( ou plus anciennement Nicole ) de Giresme, qui est peut-être l’auteur de la lettre selon Quicherat, grand prieur de l'ordre en France ( en 1450  ) était présent lors du siège d’Orléans ( source : Tome V Quicherat ), il était également capitaine du château de Yèvre le Châtel seule place forte avec Montargis à résister au nord de la Loire à l’assaut des Anglais. Source : de Giresme

Il  n’est pas le seul chevalier de Saint-Jean de Jérusalem, il y a la présence également d’Antoine de Prie ( Source : L10 p734). On peut donc penser, que même si ils n’étaient pas très nombreux, la présence d’une épée d’un chevalier de Saint-Jean de Jérusalem dans l’église de Sainte-Catherine de Fierbois n’est pas impossible surtout que dans la liste des 234 miracles on a des personnes venues de différents horizons. Les 5 croix de Saint-Jean de Jérusalem correspondent aux 5 blessures de Jésus Christ.

Après son passage à Sainte-Catherine de Fierbois d’importants personnages passent en pèlerinage à l’église et au village, dont La Hire, le Comte de Dunois, et le bâtard de la Marche.

 

Si on se réfère à l'épée dans l'anoblissement de Jeanne d'Arc on peut penser à une épée du début XVe, XIVe voir fin XIIIe, cependant rien ne dit qu'elle ressemble à celle d'origine d'autant que les croix sont remplacées par 5 fleurs de Lys dans une disposition étrange. La logique aurait voulu que les 5 fleurs de Lys soit alignées ou alors comme les 5 croix de Saint-Jean de Jérusalem empactées autour d'une, mon idée est que ces 5 fleurs de Lys sont disposées de cette manière car plus esthétique et surtout il aurait été difficile de les dessiner en ligne ou comme la croix de Saint-Jean de Jérusalem sur le dessin. Il faut cependant garder à l'esprit que la lettre d'anoblissement d'origine a disparu et que nous avons que des copies manuscrites qui sont cependant,en théorie, conforme ou proche de l'originale. 

Si le dessin cependant ressemble à l'épée initiale de Jeanne d'Arc on est manifestement sur une épée du début XIVe au XVe, ce qui enterre totalement la légende d'une épée plus ancienne qui aurait alors un quillon soit courbée ou bien droite, il est par contre évident qu'il s'agirait d'une épée "luxueuse".

Exemples d'épées à quillon finement recourbée aux pointes, elles aparaissent vers la fin du XIIIe :

Cette épée est une réplique de celle d'Henry V,  que l'on peut acheter sur Armae.com, XVe


 

Epée guingate, toujours sur Armae.com, fin XIIIe, début XIVe :


 

Qu'est devenue l'épée de Sainte-Catherine de Fierbois ?

Difficile à dire mais selon le Duc d'Alençon " Jeanne était chaste et elle haïssait fort cette espèce de femmes qui suivent les armées. Un jour, à Saint-Denys, au retour du sacre du roi, je la vis qui poursuivait une jeune prostituée l’épée à la main ; elle brisa même son épée dans cette poursuite." Cependant on ne sait pas si il s'agit de l'épée de Sainte-Catherine de Fierbois car elle en avait plusieurs, par contre elle n'utilise plus son épée à partir de Lagny-sur-Marne :

27 février 1431, au procès de Rouen :

l'intérrogateur : Aviez-vous cette épée à Lagny? 
        Jeanne : Je l’avais à Lagny. De Lagny à Compiègne je portai l’épée du Bourguignon que j’ai dit. C’était une bonne épée de guerre, bonne à donner de bonnes buffes et de bons torchons.
       l'Intérrogateur : Où avez-vous laissé l’épée de Fier-bois ? 
        Jeanne : Dire où je la laissai ne touche point le procès et ne répondrai pas là-dessus quant à maintenant.
 
On sait qu'elle est revenue plusieurs fois notamment à l'Abbatiale de Lagny-sur-Marne, y a t'elle laissée son épée le 13 ou 14 septembre 1429 ou plus tardivement en avril 1430 ? cependant il serait assez logique que son épée fut laissée à Lagny-sur-Marne après l'avoir cassée à Saint-Denis, donc en septembre 1429,  peut-être n'était elle plus réparable et hors de combat. Mais Jeanne fait référence à la capture de Franquet d'Arras à Vaires sur Marne et semble donc l'avoir possédée jusqu'en avril 1430 ou début mai de la même année.
 
Comme on peut le voir, le mystère demeure, la seule chose la plus probable c'est que son épée fut laissée à Lagny-sur-Marne, mais pourquoi, quand et ou ? à l'heure actuelle il est totalement impossible de le savoir, toute les légendes à ce sujet sont donc infondées.

 

Photographies
 

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