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Château-Thierry, son château, son histoire et Jeanne d'Arc

Château de Château-Thierry , Picardie

 

Le château de Château-Thierry situé à 45 m au dessus de la marne, étalé sur une longueur de 300m en ne comptant pas l'enceinte de la ville, a été pendant longtemps la deuxième place forte de la Champagne dans l'actuelle Picardie. Sa porte Saint-Jean véritable forteresse militaire, sa porte Sainte-Pierre, son donjon du XIe et son ensemble de fortification font encore aujourd'hui référence dans le domaine. 


Informations
  • Adresse : 02400 Château-Thierry
  • Téléphone : 03 23 83 51 14
  • Heures d'ouvertures & Visites :

    Accès libre au château qui domine la ville et la vallée de la Marne. L’enceinte de fortifications date essentiellement des XIIIe et XIVe siècles. Une présentation de l'architecture et des résultats des fouilles archéologiques est accessible sur tout le site (8 panneaux). Visites guidées (groupes) du château : porte-Saint-Jean, fossé sec, grandes cuisines royales, tours, s'adresser à l'Office de Tourisme.
  •  
  • Lors des journées du patrimoine on peut voir le château et toute la ville à partir de l'église de Saint-Crépin les Vignes ( sous réserve d'ouverture mais c'était le cas en 2012 ), ainsi que l'Hôtel-Dieu de Château-Thierry.
     
  • Du 01/01/2013 au 31/12/2013  de 10:00 à 18:00, -

 

Historique
sources : (1) Notice historique et archélogique sur Château-Thierry par Delbarre et EA Bouvenne, Chroniques sur Jeanne d'Arc,histoire de fère et ses environs par A. de Vertus (2)

 

 

Ve siècle au VIIIe
 

Les premières traces d’une fortification ou d’une occupation remontent au Ve, mais les restes les plus anciens du château ne semblent pas remonter avant le IXe. Selon Pierre Delbarre, EA Bouvenne, le château pourrait avoir comme première origine Charles Martel ( Karl Martel comme Marteau ) qui aurait fait construire une première forteresse pour le compte de Thierry IV ( Theodorik IV ), dernier roi Mérovingiens , alors roi fantoche mis en place par le puissant Maire du Palais.  En effet Charles Martel a fait construire un palais et une métairie sur la montagne Chesneaux, non loin de la nécropole nationale actuelle et de l’ancien cimetière de la ville, cependant les deux auteurs se trompent en disant que le château actuel remonte à Charles Martel.
Des habitations remontent très probablement dès l’époque Gallo-Romaine, en effet les vestiges d’une voie romaine existaient apparemment encore au XIXe.
Château-Thierry eu  le nom de Thierry par rapport à Thierry IV, les chartres nommant la ville de la manière suivante : Castrum Theodorici et Castellum Teuderici.
 

IXe

 

Charles III dit «  Le Simple » est obligé de se réfugié en Champagne du côté de Coberny pour fuir les invasions Normandes qui dévastent l’île de France. Herbert Ier de Vermandois, seigneur notamment de Péronne,  réussit en partie à les repousser  avec une armée en 890, mais il est assassiné par Beaudoin Comte de Flandre (1). Pendant le règne d’Herbert Ier, les reliques de Saint-Généric sont entreposées dans la chapelle du Château pour éviter leurs destructions par les Normands, chapelle qui n’existe plus aujourd’hui, ces reliques sont ensuite restées à Château-Thierry. Herbert Ier, dit « le jeune », fut inhumé à Lagny-sur-Marne.
 

Xe


Herbert II, qui hérite du comté de Château-Thierry, piège Charles III et le fait conduire à Château-Thierry en 923  ( 1 ). Le Roi des Francs est emprisonné pendant 4 ans, Herbert II n’arrivant à obtenir le comté de Laon fait mine de libérer le Roi pour provoquer Raoul de Bourgogne, ce dernier est devenu  Roi des Francs depuis l’emprisonnement de Charles III. Raoul de Bourgogne, contraint, accepte de donner le comté de Laon à Herbert II de Vermandois et ce dernier enferme Charles III au château de Péronne dans une tour, détruite pendant les guerres de religions, et y meurt le 7 octobre 929. Cet épisode, quoique très édifiant dans les luttes de pouvoir, connait plusieurs versions, cependant il est admis que Charles III est bien mort à Péronne et sa dépouille fut mise dans le chœur de l’église Saint-Fursy de Péronne.

Donjon Thibault

Donjon Thibault , arasé au XVe.


La tour où aurait été enfermé Charles III pourrait être celle de la « Tour du Roi Thierry » ou « Prison du Roi », même si aucun élément ne permet de dire qu’il y fut réellement emprisonné, car en réalité on ne connait pas franchement ses conditions de détentions.
Après la mort de Charles III, Raoul de Bourgogne assiège à plusieurs reprises Château-Thierry. La première fois le château fut probablement livré, après un siège de 6 semaines, par le gouverneur Walon et par la reine Emma. Herbert repris le château par surprise mais Raoul assiège à nouveau le château pendant quatre mois. Obligé de capituler Herbert Ier ouvre les portes de la ville et le château à Raoul en promettant d’exécuter les conditions de sa reddition, mais il ne les respecta pas …obligeant Raoul de Bourgogne à revenir. Une paix éphémère est signée entre les deux belligérants en 934 et Château-Thierry est donné à Raoul de Bourgogne.

Mais ce dernier, Raoul de France et duc de Bourgogne, décède en 935 ( ou 936 ) . Herbert II se fait ouvrir le château de Château-Thierry par Walon...ce dernier fini dans une oubliette et y meurt de faim.
Jusqu’en 945 Château-Thierry reste dans la famille des Comtes de Vermandois, il change alors de propriétaire et c’est Richard Comte de Troyes qui le vends, ou le donne, en fief à un certain Thierry.
 

XIe & suivant


C’est à cette époque que le château va radicalement changé, ce qui va avoir pour conséquence d’agrandir le village qui se transforme en « bourg ». Il est probable que la construction d’une forteresse importante a eu pour effet d’amener les populations environnantes à vivre à côté du château pour profiter de sa sécurité vu qu’elle était relativement précaire dans la région.
Hugues Thierry, ses origines sont incertaines, peut-être était-il parent des comtes de champagne. 

 

Porte Saint-Jean du XIe. Cette porte est une véritable forteresse indépendante à l'élaboration sophistiquée.

Porte Saint-Jean du XIIIe ( porte construite de 1286 à 1306 ). Cette porte est une véritable forteresse indépendante à l'élaboration sophistiquée.

 

Porte Saint-Jean sas à assomoir Intérieur , étage inférieur, d'une tour de la porte Saint-Jean

Porte Saint-Jean , le système complexe était fermé par une herse, puis un sas à assomoir, d'une nouvelle herse fermée par  une porte à deux vantaux. Sur la droite, l'intérieur d'une tour de la porte Saint-Jean

  • 1076, Hugues décède et  Château-Thierry entre alors sous l’emprise des Comtes de Champagne.

Thibault II en est un des plus illustres puisqu’il fait construire une chapelle dédiée. Mais le plus important est probablement l’édification d’un système faisant remonter l’eau vers le château, il fait aussi reculer le lit de la rivière et édifie aussi le fort Saint-Jacques, aujourd’hui disparu mais qui était à l’emplacement de la dite tour de balhan.

  • 1210, Blanche de Navarre, épouse de Thibault II, fait construire  la Maison-Dieu de la Barre, ou Hôpital, qui sera ensuite repris en 1217 par une abbaye religieuse.
  • 1231, Thibault IV fait agrandir l’enceinte de la ville et l’église Notre-Dame du Château , du VIIIe, est largement modifiée par Blanche d’Artois.
  • 1284, le 16 août, La fille de Blanche d’Artois, Jeanne, se marie avec Philippe-le-Bel, et tombe dans l’escarcelle du royaume de France.
  • 1304, C’est Jeanne qui fonde l’Hôtel-Dieu quelques temps avant sa mort au Château de Vincennes le 2 avril 1305. Ce sont les « Augustines » qui tiendront jusqu’à la révolution l’hôtel-Dieu.
  • 1316, Philippe VI fait tomber définitivement la Champagne dans le domaine royal.

 

Tour Bouillon Ruelle de Château-Thierry

Tour Bouillon sur la gauche, qui servait d'entrée ( à pied ) pour les villageois, il ne faut pas se méprendre sur l'apparente facilité d'accès, elle était fortement foritifiée sur tout le chemin menant accès à la porte, au fond le monument au mort de Chesnaux c'est à cet endroit que ce situait ,plus ou moins, le palais de Charles Martel. Au centre une ruelle de la ville menant vers la forteresse.

 

Terrasse à feu du Donjon, arasé au XVe

Le Donjon  a été arasé à la fin du  XVe pour servir de terrasse à feu.

 

  • 1370, les Anglais tentent de prendre la ville
  • 1392, une nouvelle fois les Anglais tentent de prendre le château
  • 1394, le 23 mars,  Château-Thierry est donné en apanage à Louis d’Orléans, en effet Gaucher de Châtillon n'ayant que des filles préfère vendre ses domaines au frère du roi pour 50 000 écus d'or, qui possède déjà Pierrefonds et la Ferté-Milon notamment. Louis d’Orléans est le père du Comte de Dunois ainsi que le frère de Charles VI, mais il est assassiné en 1407 à Paris par Jean  dit « Sans Peur » Duc de Bourgogne. (2 - p6)
  • 1421, alors que la Hire en est le capitaine, la ville est prise par les Anglais.

 

Jeanne d’Arc
Porte Saint-Pierre
 
Porte Saint-Pierre, du XIIIe, selon la légende locale Jeanne d'Arc serait entrée par cette porte lors de la reddition de la ville devant les armées de Charles VII le  30 juillet, une erreur de date comme une grande partie des plaques commémoratives. Si  il est possible
qu'elle soit effectivement passée par cette porte rien d'historiquement permet de le confirmer avec certitude. Ce type de porte d'entrée est très fréquente à son époque de construction, elle fait place à une plus ancienne dont il reste les fondations des tours. Classée monument historique en 1886.
 

1429, 29 juillet, Château-Thierry fait acte de reddition devant les troupes de Charles VII, sans coup férir comme un grand nombre de villes dans la région. Jeanne d’Arc ne semble avoir joué aucun rôle particulier, aucun élément, aucune chronique n’en fait en tout cas état, il est donc inopportun de lui accréditer la libération de Château-Thierry ( comme j’ai pu le lire régulièrement ), même si ça présence, éventuelle,  a surement joué un rôle.

Quelques chroniques à ce sujet :

Chronique de Perceval de Cagny qui relate l’évènement :

« Le vendredi 24 ( juillet ) du même mois, le roi et son armée furent toute la journée devant Château-Thierry, et ses gens presque tout le jour en ordre de bataille, dans l'attente que le duc de Bedford devait venir les combattre. Sur le soir la place se rendit, et le roi y séjourna jusqu'au lundi, Ier jour d'août. » Notons que Perceval de Cagny décrit que Charles VII est présent devant Château-Thierry le 24 juillet, ce qui parait impossible vu qu'ils sont à Vailly sur Aisne le 22 juillet et à Soissons du 23 juillet au 26 Juillet.

Chronique d’Enguerrand de Monstrelet

« Et après s'en vint le Roy et ses gens devant Chasteau-Thierry, où était à l’intérieur le seigneur de Chastillon, Jean de Croy, Jean de Brimeu et des autres nobles de la partie du duc de Bourgogne, à tout quatre mille combattants* ou environ. Lesquels, tant pour ce qu'ils sentaient les habitants de la ville incliner à faire obéissance au Roi Charles, comme pour ce qu’ils n’attendaient pas de rapide secours et n’étaient mieux pourvu à leur plaisir, rendirent cette forte ville et Château en l'obéissance du Roi Charles, et s'en partirent sain et sauf, avec tous leurs biens. Si s'en allèrent à Paris à la rencontre du duc de Bedford, qui réunissait des soldats pour venir combattre le Roi Charles et sa puissance. »
* Ça semble beaucoup pour un château, il s’agit plutôt de quelques centaines de combattants environ à moins de prendre la population éventuellement, mais vu la situation c’est très peu probable.

Chronique de Tournay

« Et après être partie de la dite ville ( Reims ), prenant chemin vers Paris. Et, en cette voie, se rendirent à lui les villes qui s'ensuivirent, à savoir : Laon, Soissons, Compiègne, Château-Thierry, Senlis, Beauvais, Lagny-sur-Marne et plusieurs autres forteresses et châteaux. »

C'est cependant près de Château-Thierry qu'elle poursuivit une maîtresse d'un soldat selon Louis de Coules, dit Magot ou Imerguet seigneur de Novyon et de Reugles , page de Jeanne lors du procès de réhabilitation :

"Un jour, près de Château-Thierry, ayant aperçu, montée sur un cheval, une femme qui était la maîtresse d’un homme d’armes, elle se mit à la poursuivre l’épée à la main. L’ayant atteinte, elle ne la frappa point, mais l’avertit avec douceur et charité de ne plus se trouver dorénavant dans la compagnie des hommes d’armes; sinon, elle lui en donnerait regret."

 

C'est cependant à Château-Thierry, le 31 juillet 1429,  que Charles VII remis à Jeanne l'exemption d'impôts au villages de Domremy et Greux :

"Charles, par la grâce de Dieu, roi de France. Au bailly de Chaumont, aux élus et commissaires commis et àc ommettre à mettre sus et imposer les aides, tailles, subsides etsubventions audit bailliaige, et à tous nos autres justiciers et officiers, ou à leur lieutenants, Salut et dilection. Savoir vous faisons que, en faveur et à la requeste de nostre bien aimée Jehanne la Pucelle, et pour les grands, haults, notables et profitables services qu'elle nous a faits et fait chaque jour aurecouvrement de notre seigneurie,

Nous avons octroyé et octroyons la grâce spéciale, par ces présentes, aux manants et habitants des villes et villages de Greux et Domrémy, au dit bailliaige de Chaumont-en-Bassigny, dont la dicte Jehanne est native, qu'ils soient dorénavant francs, quittes et exemps de toutes tailles, aides, subsides et subventions mises et à mettre au dict bailliaige.

Sy vous mandons et enjoignons et à chascun devous, si comme à l'un qu'il appartiendra, que, de notre présente grâce, affranchissement, quittance et exemption vous faittes,souffrez, et laissez les dits manants et habitants jouir et user pleinement, sans leur mettre ou donner, ne souffrir être mis oudonnés aucun détourbier ou empêchements au contraire, lors ne pour le temps advenir ; et en cas que les dicts manants soient ouseroient assis et imposés les dictes tailles et aides, nous voulons que chascun de vous les en droit soit les en faites tenir quittes et paisibles. Car ainsi nous plait et voulons que ça soit fait,  quelquesoit les quelconques ordonnances, restrictions ou défenses et mandement à ce contraires.

Donnez à Chinon , le dernier jour de juillet l'an de grâce milquatre cens vingt-neuf et de notre règne le septième"

Par le roi en son conseil,

« BUDE.»

Ne pas se fier à "donnez à Chinon", car Charles VII était bien à Château-Thierry et vu la distance sa présence à Chinon est impossible.


 

 

  • 1468, le traité de Péronne donne la ville à son frère le Duc de Berry
  • 1473, à sa mort la ville est cédée à Saint-Pol en échange de l’île de Ré.
  • 1478, Saint-Pol, héritier de Jean de Luxembourg celui même qui captura Jeanne d’Arc, est décapité en décembre 1475 pour trahison envers Louis XI, la ville est donnée au Bâtard de Bourgogne.
  • 1502, Louis XII la reprends la ville

François Ier fait construire un nouveau pont en remplacement de l’ancien, deux foires sont ouvertes.

  • 1526, les Ducs de Bouillon, Robert de la Marche ( La Marck ), prince de Sedan et seigneur de Fleurange  prennent possession de la ville et prends la devise « nul ne s’y frotte ».
  • 1544, Charles Quint pille la ville
  • 1566, le Duc d’Alençon possède la ville après que Charles IX la constitua en duché-pairie.

Les guerres de religions font rages et Lanoue est nommé par Henri IV comme capitaine de la ville.

  • 1591, à peine le capitaine remplacé par un autre, par Pinard, que la ville est livrée au Duc de Mayenne
  • 1593, Pinard fini par la remettre à nouveau à Henri IV, ce dernier lui laisse la gouvernance.
  • 1621, 8 juillet, Jean de La Fontaine naît à Château-Thierry

Château-Thierry vers 1600, par Claude Chastillon

 
Château-Thierry vers 1600, par Claude Chastillon

  • 1652, Louis XIV échange les terres d’Albret et de Château-Thierry contre la principauté de Sedan
Révolution, la ville est obligée de prendre le nom « d’Egalité sur Marne » pendant un temps. Sous l’empire la ville est à plusieurs reprises saccagée par les ennemis de Bonaparte.

  • 18 juillet 1918, eut lieu la bataille de Château-Thierry. Les forces Américaines, 2e division d’infanterie commandée par John Pershing, ainsi que les forces Françaises de la VIe armée de Charles Mangin mènent une contre-attaque contre les forces Allemande commandée par Ludendorff celui-là même qui fit détruire le donjon de Coucy. Les combats très violents et intenses endommagent fortement la ville sans pour autant la raser totalement. source

 

Hôtel de Ville de Château-Thierry ( 1918 )

Photographe : Blineau Edgar - Origine : SPA - ECPAD - Hôtel de Ville de Château-Thierry ( au fond ) ( 1918 )


  • Le 10 juin 1940, Charles-Armand de Rougé défends le pont de Château-Thierry devant l’avancée allemande pendant la Bataille de France, pont qui prendra son nom après la fin de la seconde Guerre-Mondiale. Il est inhumé à la Nécropole Nationale "Chesneaux" avec une tombe individuelle qui porte le numéro 1378.

 

ville de Château-Thierry

Ville de château-thierry en 2012, au centre le château et à droite la Marne.




Photographies
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