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Jeanne d'Arc, portrait dit de l'Hôtel de Ville, 1581, Orléans

Jeanne d'Arc, portrait dit de l'Hôtel de Ville, 1581, actuellement au musée historique et archéologique d'Orléans. Ce portrait ne ressemble probablement pas à la Pucelle d'Orléans, mais il est un bon exemple de peinture de l'école française du XVIe. On note cependant que dans l'esprit de l'époque Jeanne devait être jeune, le portrait semble plutôt donner l'âge d'une fille de 16-18 ans.

 

- I - 6 Janvier 1412

- II - Quels sont les témoignages , au XVe, sur l'âge de Jeanne d'Arc

- III- La lettre de Boulainvilliers

- IV- Jeanne la Pucelle

Article connexeJeanne d'Arc 

 

Témoignages du XVe siècle sur l'âge de Jeanne d'Arc

 

L'âge de Jeanne d'Arc est depuis plusieurs siècles un sujet de discussion, mais la plupart des historiens les plus sérieux s'accordent à donner un âge de 17 ans environ ( à  un an près ) lors de la rencontre de la Pucelle à Chinon avec le futur Charles VII, d'un âge de 19 ans ( environ ) à Rouen comme elle le dira à son procès. Les légitimistes ou les complotistes donnent souvent un âge plus avancé de 4 à 5 ans ce qui est corroboré par qu'un seul témoignage ,  celui d'Hauviette une des amies d'enfance, témoignage par ailleurs fortement incertain ( voir plus bas ).

Cependant la centaine de témoignage parlant de l'âge de la Pucelle tourne généralement entre 16 ans et 18 ans pour la rencontre avec Charles à Chinon. L'autre témoignage d'un âge de 21 ans environ est totalement faux, selon certains complotistes elle aurait dit à Chinon " mon âge se compte par trois fois sept " , volontairement ou non, il s'agit soit  d'une manipulation, d'une erreur ou d'un mensonge grotesque dont le but est d'abonder en leur sens tout en évitant bien sûr la centaine d'autres témoignages , d'autant que le texte original a été publié et écrit à la fin du XVIe.

Il n'y a aucune raison, au vu de la diversité des témoins dont certains visuels, que cette centaine de témoignage ait une volonté prémédité de cacher l'âge de Jeanne d'Arc, d'autant que la question ne se posait guère à l'époque, c'est seulement au XIXe siècle qu'un sous-préfet en mal de scénario rocambolesque inventa de toute pièce une nouvelle histoire...reprise en choeur par les complotistes.

Rappelons aussi que Jeanne lors de son procès à Rouen indique qu'elle a 19 ans ou environ, ce qui n'a pas l'air démouvoir ,et  n'est pas contesté , les juges  qui n'y reviendront à aucun moment, laissant à penser qu'ils n'y voient pas un mensonge :

Pierre Cauchon :  "Votre âge ?"

Jeanne : "Dix-neuf ans, je pense, environ."

On peut donc être surpris que certains journalistes, auteurs à nouvelles et autres "passionnés d'histoires" tentent à chaque fois de ressortir deux à trois témoignages de leur contexte, en inventant même parfois ,soit des personnages ou des écrits, tout en cachant bien évidemment les autres témoignages qui eux sont bien réels.

Il faut rappeler également qu'elle s'identifiait généralement, ainsi que les chroniqueurs, comme étant Jeanne la Pucelle, Puella en latin, qui veut dire à l'époque Jeanne "la jeune fille", preuve s'il en est qu'elle n'était pas encore une jeune femme.

 

Les témoignages, les auteurs sont tous du XVe :

- le greffier de la Rochelle : "le 23ième jour du  mois de février (1429), vint devers le Roy notre seigneur, qui était à Chinon, une Pucelle de l'age de 16 à 17 ans". Le greffier de la Rochelle ne peut avoir vu la Pucelle d'Orléans, mais les textes écrits de sa main semble confirmer que la ou les sources de ses informations sont des personnes proches des évènements.

- Hérault de Berri : "en ce mesmes temps de karesme, arriva une jeune fille de l'age de 18 ou 20 ans par devers le roy ,au chastel de Chinon, nommée Jehanne la Pucelle." 

- Chronique de la Pucelle,"fille de Jacques Daix et d'Ysabeau,safemme,simple villageoise,qui avoit acoustumé aucunes fois de garder les bestes; et quand elle ne les gardoit ,apprenoit à couldre ,ou bien filoit. Elle estoit agée de 17 à 18 ans ,bien compassée de membres et forte"

Repris et publié par Denys Godeffroi sur la vie de Charles VII sans qu'on en connaisse l'auteur exacte. Jacques Daix est par fois écrit d'ay ou d'arc, sans qu'on en connaisse la raison. Il peut s'agir aussi d'une variante vu le pâtois champenois proche du français mais à l'accent différent. On remarquera que la description du corps de Jeanne, l'un des rares existant, ressemble un peu à celle de la statue de Jeanne dans la maison de Domremy, bien évidemment ça ne prouve rien au mieux ça étaye la possibilité de ressemblance, voir cette photo. La description « bien compassée de membres et forte » pourrait suggérer que la personne ait pu voir Jeanne.

- Greffier de l'Hôtel de Ville d'Albi : l'an1428 ,venc al dich noble rey de Franssauna filha ,Piuze la job ede l'atge de 14 à 15 ans.

- La lettre de Perceval de Boulainvilliers qui donne la date du 6 janvier sans préciser cependant l'année, lettre écrite le 22 juin 1429. Cependant, indirectement, il estime son âge à 17 ans. ( voir le chapitre sur la lettre de Boulainvilliers ).

Chevalier d'Aulon, intendant de Jeanne d'Arc, au procès de réhabilitation : « Dit que après cès paroles par ledit seigneur aux gens de sondit conseil déclairées, fut advisé interroger la-dicte Pucelle, qui pour lors estoit de l'âge de seize ans, ou environ, sur aucun poins touchant la foy.» Chevalier d'Aulon est un personnage important puisqu'il reste en permanence avec Jeanne depuis Chinon jusqu'à sa capture à Compiègne, il est enfermé avec la Pucelle au château de Beaulieu les Fontaines avant d'être libéré. Il est donc un des personnages les plus proches de Jeanne.

Perceval de Cagny : «  en l'an 1428, le 6e jour du mois de mars, une pucelle de l'âge d'environ de 18 ans, venant des marches de Lorraine et de Barrois rencontra le roi à Chinon », Perceval de Cagny a écrit ces textes en 1436, très tôt donc après la mort de Jeanne mais surtout tient ses informations du Duc d'Alençon, un des très proches compagnons et fidèles de Jeanne d'Arc. Cependant la date de 1428 est en fait 1429 aujourd'hui mais la raison de cette différence de date est que la nouvelle année était à Pâques à l'époque de Jeanne, pour le 6 mars , première rencontre avec le roi, la date semble fausse à priori à deux ou trois semaines près, sans certitude cependant.

- Jean Chartier, chantre de Saint-Denis «  En ce temps, vint une nouvelle qu'il y avait une pucelle de Vaucouleurs et de Barrois, laquelle était âgée de 20 ans ou environ. »

Enguerrand de Monstrelet, au service du Duc de Bourgogne et surtout de Jean de Luxembourg, est au siège de Compiègne en 1430, il aurait même selon ses dires vu et entendu Jeanne lors de la rencontre avec le Duc de Bourgogne. Entre 1440 et 1553 il écrit une chronique sur Jean de Luxembourg, particulièrement à son avantage. Sur l'âge de Jehanne voilà ce qu'il dit : « En l'an desusdit, vint devers le roy Charles de France, à Chynon où il se tenoit grand partie du temps, une pucelle josne fille eagie de vingt ans ou environ, nommé Jehenne, laquelle étoit vestue et habilliée en guise d'homme ». Donc selon Enguerrand , elle a 20 ans ou environ.

Registre de la chambre des comptes de Brabant: « le sire Rosethlaer, que nous venons de nommer » écrit à plusieurs seigneurs du conseil de Brabant  « plus tard ce même sire a écrit, toujours selon ce lui avait rapporté le chevalier ( un chevalier de Charles VII et conseiller du roi ) dit, qu'une jeune fille, née en Lorraine, nommée Jeanne et âgée d'environ 18 ans » Ce sire Rosethlaer est en fait un ambassadeur venu de Bruxelles dans le cadre d'un mariage avec une fille de Yolande, la lettre originale est écrite le 22 avril 1429 et retranscrite par la suite ( L3 p83 ) dans le tome X des registres de la chambre des comptes de Brabant.

- Le Pape Pie II, écrira lui-même ( sous le pseudonyme Jean Gobelin ) «  Puella sexdecim annos nata, nomine Joanna, pauperis agricolæ filia » « Une jeune fille de 16 ans, appelée Jehanne, née d'un père laboureur ». Ce texte est écrit entre 1462 et 1464, il comporte notamment des précisions importantes sur Charles VII, qui semble donc confirmer qu'il est très bien informé. Par ailleurs le procès en révision en 1458 sous son impulsion démontre qu'il est parfaitement au courant des faits. Si il y a bien un homme d'Eglise qui est au courant des secrets de Jeanne, c'est lui, il a très probablement accès à tous les procès y compris celui de Poitiers. Nier son témoignage, voir le cacher comme le font certains journalistes est faire preuve d'un aveuglement total voir pire d'une escroquerie intellectuelle.

- Lettre probable d'un Chevalier de Saint-Jean de Jérusalem « per Puellam, ætatis decem octo annorum » « par une vierge, âgée de 18 ans ». ( Quicherat – Tome V )

- La femme de lettre Christine de Pisan, née à Venise en 1364 mais décède à Poissy en 1430 dans l'abbaye. Il est à préciser que la fille d'Isabeau de Bavières et de Charles VI, Marie de Valois la sœur de Charles VII, vivait dans cette abbaye également. Elle devait donc être au courant des événements et il n'est pas impossible de penser que Christine de Pisan et Marie de Valois se fréquentaient, ce qui peut expliquer l'exactitude de ces vers notamment sur l'âge et les événements. C'est d'autant plus probable que Christine de Pisan a écrit un livre, à la demande de Philippe de Bourgogne, sur Charles V, ce qui a pu sûrement rapprocher les deux femmes. Dans l'un des derniers poèmes de sa vie, achevé le 31 juillet 1429, donc du vivant de Jeanne d'Arc, elle écrit ceci sur l'âge de Jeanne d'Arc :

« Une fillete de seize ans

(N'est-ce pas chose fors nature ? )

A qui armes ne sont pesans, »

 

Christine de Pisan , Jeanne d'Arc, Document de 1434

On note qu'elle donne le même âge que Pie II, 28 ans avant ce dernier. Ce qui par un curieux hasard de circonstances ne mènerait-il pas à la réflexion suivante ? pour l'Eglise elle avait 16 ans lors de la rencontre de Charles et Jeanne, un âge ressorti du procès de Poitiers ?

Témoignage de Hauviette :

« Étant petite fille, j'ai connu Jeannette. Son père et sa mère étaient d'honnêtes laboureurs, gens de bonne renommée et bons catholiques. Je ne sais rien que par ouï-dire sur ses parrains et marraines, parce qu'elle avait quatre ans de plus que moi » témoignage de Hauviette dans le procès de réhabilitation en 1456. Hauviette a peut-être 45 ans sans que son âge soit totalement certain, en effet on n'est même pas sûr qu'elle connaisse son âge. En tout cas son témoignage donnerait alors à Jeanne lors du procès de réhabilitation : 49 ans ou 24 ans lors de son exécution à Rouen, ce qui au vu des nombreux témoignages sur l'âge de Jeanne est fortement improbable.

C'est le seul témoignage contemporain donnant indirectement un âge très supérieur à celui supposé de Jeanne, on peut légitimement se poser la question comment un journaliste qui se dit sérieux peut prétendre donner un âge aussi lointain pour exprimer ses doutes sur la filiation de Jeanne et de Charles. En fait l'essentiel pour le journaliste est que la date tombe dans la période qu'il souhaitait, une sorte d'arrangement avec l'histoire pour la réécrire à sa façon.

En effet sous prétexte qu'elle donne un âge plus avancé que le sien, qui sert d'ailleurs d'excuse sur le fait qu'elle ne peut vraiment répondre à la question posée, le journaliste en déduit donc qu'elle est née en 1407 qui comme par hasard arrive exactement à la date de l'une des théories fumeuses : c'est-à-dire la naissance de Philippe fils d'Isabeau de Bavière...une non affaire Jeanne d'Arc que voilà ! La probabilité qu'elle se trompe est identique aux autres sur leur propre âge surtout presque 30 ans après les faits, rien de bien mystérieux dans une époque trouble sans acte d'état civil écrit.

Mais c'est surtout l'ensemble des très nombreux témoignages ( visuels ou non ), n'ayant d'ailleurs aucun intérêt à mentir ou travestir la réalité, dont certains ennemis de Jeanne, qui semblent converger vers une date très ultérieure à 1407 et se rapprocher de 1412. Au mieux nous pourrions avoir une date de 1411 à 1414, au-delà on entre dans une incertitude extrême qui n'est étayé par aucun fait suffisamment complet et qui ne peut servir qu'à des intérêts personnels en faisant barrage à la réalité historique.

 

 

La théorie absurde affublée de mensonge et transformation grotesque


 

Les "complotistes" prennent souvent  un autre témoignage pour donner son âge, ce témoignage serait donc de  Béroalde de Verville qui serait selon certains complotistes une femme et qui aurait été témoin de la rencontre de Charles avec la Pucelle à Chinon. Cette dame de Béroalde de Verville aurait dit alors que Jeanne avait répondu que son âge "se comptait par trois fois sept". 

C'est ce qui permet pour les "complotistes" de "prouver" ,en partie, que Jeanne serait donc née en 1407 et serait selon eux la fille d'Isabeau de Bavières, voir le livre "l'affaire Jeanne d'Arc" dans l'édition de poche page 55 ,   une théorie qui, si on les écoute bien, voudrait dire que toute personne née en 1407 est susceptible d'être un enfant d'Isabeau de Bavières.....si un de vos ancêtres est né en 1407 faite attention ! c'est peut-être un enfant d'Isabeau ! ( lol )

Mais là encore on a affaire à des sources largement étiolé , en effet  Béroalde de Verville est tout d'abord un homme, il s'agit de François Béroalde de Verville qui écrit en effet un récit , à la limite du fantastique mais avec quelques vérités, en 1599 ! soit plus d'un siècle après la rencontre entre Jeanne d'Arc et le futur roi Charles VII à Chinon. Vu son âge Il ne peut donc être le témoin, si son père fut écrivain également ses écrits ne concernent pas Jehanne...mais le pire est à venir !

Non seulement certains "complotistes" créent un personnage féminin à la place d'un homme,  donnent un âge à Bérolade de Verville largement centenaire alors qu'il est né en 1556 mais en plus ils transforment les écrits de l'écrivain ! il n'a jamais écrit qu'elle avait répondu que son âge se "comptait pas trois fois sept" :

Voici le texte en question, que j'ai modifié légèrement sur certaines parties dans un français plus courant, mais vous avez une copie juste en dessous de l'original :

"elle delivrera sous son bon plaisir partir dans sept jours, le Roy luy demanda pouquoy elle prenoit ce terme de sept plutôt qu'un autre :"

" sire , répondit la Pucelle, ce n'est point un mystère que je me suis arrêté à ce nombre, vous êtes le septième Charles, cette année est le septième de votre règne, mon âge se compte par sept et j'espère dans sept mois fait une grande preuve de ma vertu que deuant qu'il foit sept ans ces pays seront changez en mieux".

On peut comprendre que son âge est de 17 ans il faut remplacer " par sept " par " avec un sept " et surement pas un " trois fois sept " car sinon pourquoi pas un "deux fois sept" ou un " quatre fois sept" ?  Mensonge ou traduction hasardeuse de faux historiens. Mais là encore ce texte , qui est un roman à la gloire de la pucelle, contient énormément d'inexactitude.

Le chiffre 7 à une connotation particulière dans la religion chrétienne puisqu'elle définie souvent un chiffre du temps : les 7 jours de la semaine, les 7 jours de la création, les 7 âges de l'histoire de l'église, les 7 sceaux de l'Apocalypse, les 7 garanties de la vie chrétienne... Il est donc impossible qu'elle est 21 ans, Jeanne d'Arc, si le témoignage est véridique, se réfère donc au chiffre 7, donc probablement 17,  et non pas à 21 ans.

Sur le chiffre de 7 une erreur rends incertains ce qu'elle aurait pu dire, en effet selon le romancier charles VII serait donc, au rdv à Chinon,  "roi" depuis 7 ans, cependant à cette époque la nouvelle année commence le 28 mars 1429,  normalement la rencontre se passe avant  la fin février ou au début Mars ce qui conduit à l'année de 1428 et non 1429 donc 6 ans, bien sûr on est sur une base de quelques jours de différence. Il aurait été intéressant en tout cas de savoir sur quelle source l'écrivain a pris ses informations, rien ne dit qu'elle ne sont pas fiable pour une partie. Mais il me semble qu'il n'y aucune autre source qui parle d'un tel témoignage, surtout aussi précis, ce qui rends peu crédible son récit surtout au vu du texte dans son intégralité qui semble en tout cas, largement et volontairement, fantaisiste.

En tout cas voilà une preuve manifeste de transformation de la réalité, d'inventions, dont le seul objectif est de rendre crédible des théories farfelues.

trois fois sept jeanne d'arc

source du livre Gallica