Philibert de l'Orme, Architecte du Roi
 

 

 

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Philibert de l'Orme

Portrait de Philibert de l'Orme par lui même.

 

Chapitres

Les débuts de Philibert Delorme

L'Apogée

Architecte du roy

Disgrâce

Mort de l'architecte

Les oeuvres de Philibert Delorme

***

Les débuts des l'architecte Philibert Delorme

Né probablement vers 1510-1512 (1) à Lyon, Philibert de L'Orme (ou Delorme) fut l'un des plus grands architectes sous François Ier et Henri II, fils lui-même d'un architecte Jehan de Delorme qui décède en 1512. Son grand-père était tisserand, Matthieu Delorme, qui habitait en 1493 une « maison sur les terreaux, au coin de la rue des Anges, dont il était le propriétaire ».De 1533 à 1536, Philibert part étudier en Italie à Rome et travaille notamment pour le Pape Paul III et fait connaissance avec Marcello Cervini cardinal de Sainte-Croix ( qui deviendra le pape Marcel II ). Il étudiera à Rome les ruines antiques en faisant des recherches archéologiques et des mesures sur l’architecture romaine entièrement à ses frais, ce qui le fera remarquer par Marcello Cervini alors évêque. Malgré que Philibert de l’Orme soit d'un  jeune âge il dirige déjà une équipe dès 15 ans, selon son récit dans «  Nouvelles inventions pour bien bâtir et à petits frais », il a la charge et commande plus de 300 hommes.  Il rencontre à Rome François Rabelais pendant le court séjour de ce dernier entre Janvier et Avril 1534 source

 

L'apogée 

En 1536, alors qu’il est débauché ,selon ses dires, par Mons de Laugès et Guillaume de Belay, il s’installe à Lyon à seulement environ 20 ans. Il va construire deux « trompes » pour l’hôtel «  du général de Bretaigne, monsieur Billau, en la rue de Juifrie ». Cette construction existe toujours actuellement dans la galerie de l'hôtel de Bullioud à Lyon dans la rue des juiveries. C’est probablement la première construction connue en France de Philibert de L’Orme. En 1540 il vient sur Paris pour commencer le château de Saint Maur des Fossés qui sera en construction vers 1541, il est possible que dans cette période il travaille également sur le château de Plaisance à Nogent-sur-Marne.

Rabelais va le décrire de la manière suivante : « Un paradis de santé, d’air bienfaisant, de tranquillité sans nuage, de bien-être et de plaisirs, participant aux jouissances innocentes des champs et de la vie extérieure. » Il faut dire que la ville de Saint-Maur-des-Fossés est située sur les bords de Marne et semble donc jouir d'une exposition naturelle très agréable. Entièrement remodelé par Catherine de Médicis, ce château disparait totalement dans les méandres de la Révolution.

Le 3 Février 1545, par François Ier, il devient « maistre architecte et conducteur général de nos bastiments et édifices, ouvraiges et fortifications de nos dicts pays et duché, aux gaiges de cinq cent livres tournois de bretaigne par chascun an ». C’est une période importante pour Philibert de l’Orme qui obtint donc la charge de contrôleur militaire en Bretagne. C’est un point relativement méconnu de Philibert de l’Orme qui non seulement bâti pour des constructions civiles mais également militaire, cet oubli général sur ce point proviens probablement du fait qu’il n’a pas terminé l’ensemble de son œuvre littéraire dont les derniers tomes devaient justement faire référence.


C’est en tout cas avec un certain zèle qu’il va remplir sa tâche avec notamment des visites deux fois par an des forts et forteresses de Bretagne. En 1546 il va découvrir une probable trahison du capitaine la Chastre et du contrôleur Moyant. En effet les deux protagonistes,  toujours selon l’architecte, dépossédaient les fortifications des poudres, canons et autres armements pour le revendre à des navires. Au point que les anglais auraient pu prendre Brest avec peu de moyens et sans résistance importantes car désarmés. Selon le récit de Philibert de l’Orme, les anglais auraient alors armés plus d’une soixantaine de navires devant le château de Brest.

 

 Voilà comment Philibert de l’Orme va raconter les faits, ( texte que j’ai un peu modifié pour être plus lisible aujourd’hui ) «  par bonne fortune , je me trouvais à Brest, et fit si grande diligence à faire monter l’artillerie et encore des fausses artilleries pour montrer à l’ennemi sur les remparts et tranchés , et donné de tels ordres, faisant voir le peuple et faisant plusieurs fausses enseignes, et planter à forces picques ; et fit si bonne mine que l’ennemie ne nous assaillit point ». En résumé il fait construire de faux canons et une fausse armée avec le concours de la population locale. Il n’est pas inintéressant de voir comment il a su s’adapter et jouer de la ruse lors d’évènements somme toute assez confus. 

 

Pendant cette période de contrôleur militaire, il va faire la chasse aux escroqueries et diverses malversations financières lors des constructions militaire dont il fait mention : Saint-Malo, Concarneau, Nantes, d’autres forts et forteresses vont être très sévèrement contrôlés. A tel point qu’il va réussir à faire rembourser plus de 36 000 livres au trésorier Charron. Il interviendra aussi en Normandie.

En 1547, il bâtit le château d'Anet, rare œuvre de De L'Orme qui subsiste encore en partie, pour Diane de Poitiers favorite d'Henri II. Le château d'Anet est terminé vers 1552.

 

Architecte du roy

Le 29 janvier 1548, un procès-verbal, signifie qu’il devient « architecte du roy » et le 3 avril  Henri II le nomme inspecteur des Bâtiments royaux de Fontainebleau, de Saint-Germain-en-Laye et d’autres châteaux du roi. C’est le début pour de l’Orme d’une reconnaissance et surtout d’un enrichissement personnel qui lui sont reprochés ultérieurement.

Il prend la direction des manufactures des tapisseries de Fontainebleau, il devient également conseiller et aumônier du Roy.

Il recevra également plusieurs Abbaye quasi simultanément en 1548 :

- l’abbaye de Geveton en Bretagne avec un revenu annuelle de 300 livres.
- l’abbaye de Saint-Barthélemy-lès-Noyon à la faveur de Diane de Poitiers, rente annuelle de 1700 livres.
- l’abbaye d’Ivry d’un revenu de 1300 Livres.

Cette situation très enviable, la protection réelle de Diane de Poitiers et par ricochet amoureux d’Henri II, son orgueil, son avare modestie mais surtout son intransigeante loyauté et son infatigable morale très pointilleuse contre toute forme de corruption et malversations, va lui créer un nombre important d’ennemis à la cours. Il va s’attirer les foudres également de Ronsart qui le dépeins en forme «  de truelle crossée »  et dans un texte à Charles IX lui lègue les vers suivants :

« j’ai vue trop de maçons

Bâtir les Tuileries

Et en trop de façons

Faire les momeries » 


Un autre poète écrivain, Bernard Palissy,  va le critiquer sévèrement dans ses « discours admirables » : «  aussi je sais qu’il y a eu de notre temps un architecte français qui se faisait appeler le dieu des maçons ou architectes, et d’autant qu’il possédait 20 000 livres en bénéfices et qui se s’avait bien accommoder à la cour » Très clairement il lui est reproché son approche très prétentieuse de sa personne  et ,dans une moindre mesure, son enrichissement personnel pour l’époque très importante.

Philibert de l’Orme va se défendre, œil pour œil et dent pour dent, de ces accusations réelles ou supposées ,  il sera cependant moins loquace sur les reproches fait de sa personnalité considérée, parfois peut-être à juste titre, comme assez prétentieuse et vantarde. Dans ces livres notamment sur l’architecture, il y a peu de pages qui ne détiennent pas une phrase vengeresse, une allusion à ces critiques acerbes et violentes contre lui. Il a la rancune tenace. Au point d’ailleurs que lors de sa conclusion ,sur le bon et le mauvais architecte, va devenir une allégorie du bon architecte, forme de caricature soignée de sa vision des choses.

Vers 1550, il invente la charpente dite "à petits bois".

En 1551, il possède une maison  la rue des carmes comme le laisse entendre une taxe de 15 livres dans le registre des taxes de la ville de Lyon. Delorme est reconnu surtout pour avoir gardé l'architecture à la 'française', mais l’avoir modernisée à 'l'italienne' dans un style antique.

Il édite le premier traité d'architecture, ce qui donna à son auteur une réelle confirmation d'architecte pour son livre en 1561 "Nouvelles inventions pour bien bastir et à petits frais "Note : livre fini fin septembre 1561 et après acceptation du Roi à Saint Germain en Laye le 15 septembre 1561, il fut publié.

 

La disgrâce


À la mort subite et tragique d'Henri II le 10 juillet 1559, Philibert de l'Orme tombe rapidement en disgrâce notamment par une pression de la "faction italienne" , il ne participe plus à de grandes œuvres architecturales pendant 8 ans environ jusqu'à son retour en grâce avec Catherine de Médicis. Pour le château Neuf de Saint-Germain-en-Laye notamment il est remplacé dès l'arrivée de François II par Francesco de Primadicis et dès le lendemain de la mort d'Henri II il doit stopper son travail à Fontainebleau.

C’est donc le 22 juilet 1559, soit quelques jours après la mort d’Henri II, qu’il est évincé officiellement par lettres patentes mais il ne perd pas cependant le bénéfice de ses abbayes et autres revenus annexes.

 

On peut résumer sa disgrâce fulgurante par une sucession de faits  :

  1. - La mort d'Henri II , qui va mettre très rapidement sa maitresse Diane de Poitiers en disgrâce, entrainant avec elle Philibert de l'Orme.

  2. - La faction italienne très influente contre l'art français : La faction italienne, soutenue principalement par Catherine de Médicis , est une guerre ouverte avec les artistes d'arts français ,soutenue par Diane de Poitiers et Henri II. La mort de ce dernier va entrainer rapidement une influence grandissante de la faction italienne au détriment des artistes français qui pour certains ont failli tomber dans l'oublie : je pense notamment à Pierre Chambiges l'architecte du château vieux à St Germain en Laye, Bullant etc. Les luttes intestines, qui vont parfois prendre des proportions rocambolesque, entre les deux courants laisse à penser que Philibert de L'Orme aura eu fort à faire et se disant le "Lyonnais" , on peut estimer qu'il était assez patriote et se sentait très "français" un point sur laquelle Diane de Poitiers devait se sentir assez proche comme probablement Henri II . 

  3. - Le cardinal du Bellay : sa mort en 1560 et ses ennuis très importants quelques années avant son décès ,avec les intrigues du duc de Lorraine, vont faire perdre à Philibert de l'Orme un soutien de poids.

  4. - Le caractère de Philibert de l'Orme dont sa modestie n'égale pas son talent semble aussi en cause , lui vaut des querelles , voir une cabale par des  d'artistes dont le plus féroce étant Ronsard. Pour autant de l'Orme avait aussi des amis artistes comme Rabelais, une amitié relativement constesté aujourd'hui  source page 25, même si ils ont pu se rencontrer lors de son voyage à Rome entre 1533 et 1536. Difficile en tout cas d'établir leurs liens réels ou supposés, tous les deux en tout cas s'inscrivent dans une forme littéraire et architecturale très françaises. Notons cependant que Rabelais, directement ou indirectement, fait plusieurs fois référence à Philibert de l'Orme.

  5. - Son intransigeance morale,son honnêteté, sa rigueur ne plairont pas à tout le monde, surtout pendant sa période de contrôleur militaire qu'il excercera avec vigueur et rigueur.

  6. - Claude Binet , le biographe et ami de Ronsard, écrit à son sujet un évènement assez étrange aux Tuileries mais qui peu expliquer en lui même la confrontation et la relation entre Catherine de Médicis, Ronsard et Philibert de l'Orme. Ronsard accuse notamment Philibert de l'Orme de l'avoir empêché de rentrer aux Tuileries alors qu'il suivait  Catherine de Médicis, une vengeance selon Ronsard de l'architecte : " mais Ronsard ; qui estoit piquant et mordant quand il vouloit, à l'instant fit crayonner, sur la porte que le sieur de Sarlan lui fait aussitôt ouvrir, ces mots en lettre capitales : Fort, reverent. Habe. Au retour de la Royne, voyant cest escrit en présence ce que cestoit en l'occasion. Ronsard en fut l'interprète, après que de l'Orme se fut plaint que cest escrit le taxoit; car Ronsard lui dit qu'ils accordoit que par une douce ironie, il prist ceste inscription pour luy, la lisant en françoys, mais qu'elle luy convenoit encore mieux la lisant en latin, remarquant par icelle les premiers mots raccourcis d'une epygramme d'Aussonne, qui commence Fortunam reverenter habe, le renvoyant pour apprendre à respecter sa première et vile fortune et ne fermer la bouche aux Muses. La Royne aida Ronsard à se venger, car elle tança aigrement l'abbé de Livry ( Philibert de l'Orme ) après quelque risée et dit tout haut que les Tuileries étoient dédiées aux Muses ".

  7. - Ronsard , encore lui, toujours dans la biographie de Claude Binet , va attaquer de l'Orme sur son enrichissement personnel de la manière suivante dans un épygramme : " maintenant je ne suis ni veneur ni maçon, pour acquérir du bien en si basse façon, et si ay faict service autant à ma contrée, qu'une vile truelle à trois crosses timbrée" Epitre à Odet de Coligny le 1er janvier 1559, de l'Orme possédait à cette époque le bénéfice de plusieurs abbayes depuis 1548 principalement.source  Cet enrichissement , certes réel mais pas forcément immérité, va peser régulièrement sur lui, pour autant à la mort d'Henri II aucun bénéfice ne lui fut retiré ce qui à mon sens prouve qu'aux yeux de la royauté rien d'illégitime n'était acquis.

 

Ses activités cependant, certes réduites, ne disparaissent pas puiqu'il s'occupe des modifications militaires du Château d'Angers en 1562.
 

Mort de Philibert Delorme 

Il décède à Paris le 8 Janvier 1570 vers 19h dans sa maison du cloître Notre-Dame, et son inhumation est faite dans la grande nef de Notre-Dame de Paris.

Une copie de son testament du 21 décembre 1569, laisse supposer qu’il s’attendait à mourir  dans un avenir relativement proche. Si il fut de son vivant, parcimonieux sur l’argent voir radin ou avare selon les témoignages, son testament semble assez généreux pour l’ensemble de sa famille. Notons qu’il n’a jamais été marié mais qu’il eut deux enfants « naturels » ( hors mariage ) : Jehan et Charlotte. Ses deux sœurs Jehanne et Anne, un neveu et trois petits arrières neveux recevront plusieurs sommes d’argent.

Sa devise était : Ne quid nimis : que l’on peut traduire par "juste ce qu'il faut". Son blason était un orme accompagné d’un croissant, très probablement en référence à Henri II et son nom de famille.

Statue de Philibert Delorme au Musée du Louvre

 

Source principale : Marius Vachon - Philibert de l'Orme - 1887



Les œuvres de Philibert de l'Orme

(liste non exhaustive)
1547 - Château de Saint Maur des fossées (état actuel : détruit)
1547 - Tombeau  de François Ier dans la Basilique Saint-Denis sur lequel travailla également Pierre Bontemps , voir ci-dessous
1548 - Château royal de Saint-Léger-en Yvelines (état actuel : détruit) ( 1548 )
1548 - La Sainte Chapelle de Vincennes (une partie) 
1540-1552 : Château de Folembray ( déruit )
1550 - Château de Madrid, bois de Boulogne, ( une partie, état actuel : détruit ) 
1550 - ( Entre 1541 et 1545 ou 1548 à 1550 ) Château de Nitray, visitable et en bon état
1552 - Château d'Anet, les écuries  & la chapelle royale 
1554 - Sa maison rue de la Ceriseraie
1555 - Transformation au château de Montceaux, en seine et marne, (état actuel : ruine) 
1556 - Pavillon la Muette à Saint Germain en Laye, une partie seulement qui concerne le jeux de paume et la charpente, l'architecte principal étant Pierre Chambiges ( état actuel : détruit, voir ruine en dessous ) 
1556 - Extensions et intérieur d'une partie du Château de Villers-Cotterêts.
1556 - Pavillons au château de Beynes ( rasés vers 1732 ), date incertaine.
1557 - Château Neuf de Saint Germain en Laye (état actuel : détruit) 
1557 - Pont du château de Chenonceau, d'après un devis de la même année qui comprenait également la galerie.
1559 - Château de Fontainebleau (il s'occupa surtout de l'aménagement du château et de la chapelle royale) du 3 avril 1548 au 11 juillet 1559.
1562 - Château d'Angers, modification militaire.
1563 - Palais des Tuileries ( état actuel : détruit ) ( 1563 )
 
 
Château de Meudon ( état actuel : détruit)
Le Louvre (en partie)
Château d'Acquigny
Escalier en vis de l'Abbaye de Saint-Gilles du Gard ( source )
 
 
Bâtiments, monuments ou autres, qui lui sont ou peuvent être attribués, sans certitude, à Philibert de L'Orme
 
~1547 - château de Plaisance à Nogent-sur-Marne, ( état actuel : détruit )
Pavillon Henri II à Villers-Cotterêts ( vers 1556 )
Ecuries du château du Rivau ( vers 1550 )
Grand Temple de La Rochelle (1603)
Porte de l'Arsenal à Compiègne, 1550 mais érigée en 1586, s'inspire de la porte de l'avant-cour de l'Arsenal à Paris, restaurée en 1876.
 

 

 
( 1 ) La date de naissance de Philibert de l’Orme est sujette à caution, cette date de 1515 est à rapprocher avec la bataille de Marignan mais semble avoir été étudiée par Adolphe Berty. D’autres dates supposées sont de 1510 ou entre le 3 juin 1514 et 9 juin 1514 selon Jean-Marie Pérouse de Montclos source, mais on peut estimer sa date de naissance entre 1510 et 1515 environ.

 

 

Château de Nitray et sa façade dissymétrique

Château de Nitray

 

Pavillon la Muette - Ruine - Philibert de l'Orme

Château  la Muette de Saint-Germain-en-Laye, ruine datée de 1665.

 

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Château d'Anet, dessin  Androuet du Cerceau 

 

Château de Saint-Maur-des-Fosses,

Château de Saint-Maur-des-Fossés, dessin Androuet du Cerceau

 

Tombeau de François Ier à Saint-Denis, par Philibert de l'Orme

Tombeau de François Ier à la basilique de Saint-Denis, par Philibert de l'Orme

 

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Écuries du château du Rivau

Ruine Montceaux Lés Meaux

Ruine du château de Montceaux-Lés-Meaux

 

Entrée du Château d'Anet

Château d'Anet en Eure et Loir